Révisions d'examen : gare aux pilules miracles !



A l'approche des examens, des étudiants tentent de booster leur mémoire ou de vaincre la fatigue à coup de médicaments : sont-ils efficaces ? Risqués pour la santé ? Le point avec Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).




Révisions d'examen : gare aux pilules miracles !

Aux Etats-Unis, le dopage intellectuel d'étudiants en période d’examens est connu. Quelle est l'ampleur du phénomène en France ?

Danièle Jourdain-Menninger : "On parle, depuis de nombreuses années, du dopage dans le sport, mais très peu du dopage intellectuel. Il pose pourtant également un problème en termes de santé mais aussi une vraie question éthique. Afin de mieux appréhender l'étendue du phénomène en France, la Mildeca vient de lancer une grande enquête* nationale, qui va durer 30 mois.

Cette étude va nous permettre de recueillir l'avis des étudiants, de comprendre qui sont ceux qui ont recours au dopage, s’il y a des filières plus touchées que d’autres, et de savoir quelles types de substances sont utilisées, etc.
 
"Tout le stress et les exigences du monde professionnel
se retrouvent chez les étudiants"

Ce que l’on constate déjà c’est que ces conduites se développent en lien avec le culte de la performance dans nos sociétés. Tout le stress et les exigences du monde professionnel se retrouvent chez les étudiants. Pour le moment, nous avons peu de chiffres fiables car les études qui ont été menées sur ce sujet sont déjà anciennes, mais l'on sait, par exemple, que 41% des jeunes de 17 ans déclarent avoir déjà consommé un produit psychotrope.

* : En partenariat avec le Centre d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance (CEIP) et en collaboration avec des spécialistes dans des centres hospitaliers universitaires (CHU) français.

Quels sont donc ces produits utilisés par les étudiants ?

Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Mildeca. Crédit : DR
Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Mildeca. Crédit : DR
Il y a d'abord les anti-asthéniques, ce sont des vitamines comme par exemple le ginseng. Ils promettent de donner de l'énergie, mais les effets réels sont souvent faibles, les médecins parlent de "placebo" sans conséquence pour la santé.

Il y a également tous les produits excitants, comme la caféine ou encore la nicotine, qui vont lutter contre la fatigue et augmenter la vigilance. Si certains effets sont réels, il y a des risques de crises d’angoisse, de palpitations cardiaques, d’insomnies et bien sûr de dépendance.

Plus dangereux encore, les amphétamines et la cocaïne qui masquent la fatigue et donnent une impression de confiance en soi. Les risques sont importants : épuisement, anorexie, bouffées délirantes, troubles nerveux…
 
"Les anxiolytiques induisent des effets de somnolence et de la dépendance"

Certains jeunes utilisent également des bêtabloquants qui jouent notamment sur le trac en modifiant le rythme cardiaque. Dans ces cas là, on peut voir des étudiants, qui ont une fragilité, faire des accidents cardiaques.

Il y a aussi les anxiolytiques qui induisent des effets de somnolence et de la dépendance. Et enfin, les vasodilatateurs que certains consomment pour doper la mémoire mais qui, en réalité, sont destinés à des pathologies bien spécifiques et n’ont pas d’effets sur un cerveau sain.

Comment les étudiants parviennent-ils à se procurer ces substances ?

Les lycéens et étudiants ont souvent un accès très simple à ces produits qu'ils trouvent dans la pharmacie familiale. Il ne faut pas oublier que la France est le premier pays consommateur de psychotropes. C’est là une difficulté supplémentaire dans la lutte contre le dopage intellectuel. Les jeunes se repassent facilement ces médicaments entre amis.

Pour d'autres produits dopants, tels que les amphétamines, il y a bien évidemment un marché parallèle, comme pour toutes les drogues.

Comment peut-on prévenir le dopage intellectuel?

Il faut beaucoup communiquer, alerter sur les dangers du dopage intellectuel. Il est aussi important d’envoyer un message aux parents, en leur demandant de ne pas transmettre leurs angoisses à leurs jeunes. Certains établissements ont bien conscience du problème et mènent des actions, c’est le cas par exemple au lycée Louis-le-Grand, particulièrement à destination des classes préparatoires.

La Mildeca mène également des actions de prévention au sein de la Conférence des grandes écoles et des universités où nous sommes en contact avec des "étudiants-relais" que nous sensibilisons aux dangers du dopage intellectuel sur la santé.
Ce n'est pas grave de dormir moins ou d’être stressé en période d'examens
Nous leur demandons de passer auprès des autres un message simple : ce n’est pas grave de dormir moins ou d’être stressé en période d'examens. La Mildeca finance aussi des journées de formations, comme à l’Ecole des Mines, où nous apprenons, entre autres, aux étudiants à repérer les élèves qui sont dopés.

Concernant la prévention, nous attendons beaucoup des résultats de cette grande étude que nous venons de lancer, elle va nous permettre de bien cibler nos actions de prévention et d’adapter nos politiques.

Les bonnes méthodes pour tenir le choc

Plutôt que de compter sur des médicaments ou de forcer sur le café, appliquez donc les méthodes qui permettent de rester en (assez) bonne forme de façon naturelle :

- Protégez le tryptique sommeil, exercice physique et alimentation : notre cerveau ne peut fonctionner correctement que s'il est nourri, oxygéné et régénéré par un temps de sommeil suffisant.

- Pour lutter contre le stress qui peut provoquer des insomnies et bloquer la mémoire, pratiquez les exercices psycho-sensoriels basés sur la respiration et certains mouvements du corps : voir les conseils anti-stress d'une thérapeute Vittoz

- Pour des apprentissage efficaces, appliquez les conseils de méthodologie pour entretenir sa mémoire

- Pour aborder vos examens avec un moral de gagnant(e), organisez vos révisions en anticipant et en faisant un planning : Révisions d'examens : comment bien s'organiser ?

Vendredi 20 Mai 2016
Anne-Louise Sautreuil

Psycho | Corps et sexualité | Amour | Couple | Un bébé ? | Addictions





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