L'abbé Pierre : ami des sans-logis et voix des sans-voix



Dix après sa mort, il vaut le coup de se souvenir de l'abbé Pierre et de son inlassable combat contre la misère. Mais qui était-il ? Enfant, il voulait être "marin, missionnaire ou brigand". Il fut prêtre catholique, résistant, député, fondateur du mouvement Emmaüs, défenseur des sans-logis et des sans-voix.




L'abbé Pierre à la fin de sa vie. Crédit photo : Fondation Abbé Pierre
L'abbé Pierre à la fin de sa vie. Crédit photo : Fondation Abbé Pierre
L'abbé Pierre, ça vous dit quelque chose ? Peut-être pas. Le 22 janvier 2017, beaucoup de personnes en France ont pourtant célébré les dix ans de son départ.

L'abbé Pierre s'est en effet éteint le 22 janvier 2007 à l'âge de 94 ans. Et si l'on n'entend plus sa voix dans les médias, son héritage reste bien vivant, notamment grâce aux associations ou mouvements qui poursuivent son combat contre la misère  : la fondation Abbé Pierre qui lutte contre le mal-logement ou le mouvement de solidarité Emmaüs qui permet à des hommes et des femmes de sortir de l'exclusion.

Oui, des années après, il est des personnalités dont la voix continue à résonner. Et dont il vaut le coup de connaître l'histoire parce qu'elle est inspirante. L'abbé Pierre, c'était plus que la silhouette d'un vieil homme en béret et cape noire. Vous voulez découvrir une vie engagée et accomplie ? Voici.

A 12 ans : chaque dimanche, il voit son père épouiller les pauvres

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Henri Grouès, c'est son nom, est né à Lyon en 1912. Il est le cinquième d'une famille de huit enfants de milieu assez aisé.

A 12 ans, il commence à accompagner son père qui se rend chaque dimanche dans une confrérie chrétienne où l'on rase et coiffe les pauvres. Il est profondément impressionné par cette expérience et se souviendra toute sa vie de son père en train de débarrasser ces hommes de leurs poux.

A 15 ans : il découvre le petit pauvre d'Assise

En 1927, il fait un pèlerinage en Italie. Il va à Rome et à Assise. Là, il découvre le saint de la ville, ce François qui était lui-aussi fils d'une riche famille avant de tout donner et d'épouser "dame pauvreté".

Le jeune Henri est ébloui, il a trouvé sa voie : il sera religieux, dans l'ordre des capucins, des religieux qui cherchent à vivre dans l'esprit du "petit pauvre d'Assise" et vont même jusqu'à mendier pour partager le dénuement des plus pauvres.

A 29 ans, il renonce à l'héritage familial et donne tout ce qu'il possède

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En 1931, il prononce ses voeux chez les capucins. Il renonce à sa part de l'héritage familial et donne tout ce qu'il a. Et il entre au couvent, car il veut être moine pour prier Dieu dans le silence.

Il est loin de se douter qu'il deviendra un homme d'action immensément célèbre. Mais il dira plus tard : "Si je n'avais pas eu ce désert de vie, de renoncement permanent dans l'Amour, dans la perception de l'Adorable, je n'aurais pas pu traverser ma vie ultérieure sans être brisé. "

A 31 ans, il participe à la Résistance et aide des Juifs

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En 1943, il est prêtre à Grenoble, une région où les réseaux de Résistance à l'occupation nazie sont très implantés. Il aide la Résistance en cachant des jeunes qui refusent d'aller travailler en Allemagne et fonde un journal clandestin. Il est arrêté par la Gestapo et s'évade deux fois. Il est un peu le "brigand" qu'il rêvait de devenir étant enfant.

Sans l'avoir voulu, il commence ainsi à s'engager dans la vie politique de son pays. C'est à ce moment qu'il prend le nom clandestin d'abbé Pierre.

A 37 ans, il accueille un ancien bagnard, le premier compagnon d'Emmaüs

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En 1949, poussé par ses amis de la Résistance, il a été élu... député. Il veut surtout défendre les plus pauvres qui ne manquent pas dans la France d'après-guerre.

Un jour, il rencontre un ancien bagnard qui a tenté de se suicider. "Moi, je n'ai rien à te donner, lui dit l'Abbé Pierre. Toi, tu n'as rien à perdre puisque tu veux mourir. Alors, donne-moi ton aide pour aider les autres".

Avec ce premier compagnon, il fonde Emmaüs, une petite communauté qui rassemble des paumés, des alcooliques, des miséreux. Mais tous travaillent pour aider les autres : ils récupèrent tout ce qu'ils peuvent trouver, rafistolent, bricolent et revendent. Ils bâtissent des baraquements en bois et des abris pour ceux qui n'ont pas de logement.

A 42 ans, il lance son appel à la radio : Mes amis, au secours !

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Durant l'hiver de 1953-54, les sans-logis et les pauvres à la rue sont encore nombreux. Le froid particulièrement vif fait des ravages. Un bébé de trois mois meurt parce qu'il couchait dans la carcasse d'une voiture. Une femme est aussi retrouvée morte de froid son avis d'expulsion entre ses doigts gelés.

L'abbé Pierre ne peut supporter cela sans agir. Il lance un appel à la solidarité de tous à la radio : "Mes amis ! Au secours !" (Lire le texte de l'appel de 54 )
Le résultat est impressionnant : les dons arrivent en masse, des couvertures, des vêtements, et des chèques, beaucoup de chèque. Un petit homme lui remet 2 millions de francs en liquide : "je ne les donne pas, je les rends. Ils appartiennent au vagabond que j'ai été et que j'ai incarné". Il s'appelle Charlie Chaplin.

Grâce à son appel de l'hiver 54, L'abbé Pierre récolte un demi-milliard de francs : un résultat inespéré qui va permettre de construire des logements, des foyers, et d'aider de nombreuses familles.

L'histoire de l'appel de l'abbé Pierre racontée par lui-même :


A 82 ans, il se bat toujours pour le Droit au logement

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En 1994, il est l'une des personnalités les plus connues des Français. Il soutient des militants de l'association "Droit au logement" (DAL) qui envahissent un bâtiment à Paris. Le Premier ministre le reçoit.

Il rencontre les hommes d'Etat et continue de se battre pour l'égalité et le respect des droits des plus pauvres. Et cela alors que ses forces l'abandonnent et qu'il souffre de la maladie de Parkinson, une expérience qui l'affaiblit mais renforce en lui une certitude : "Il faut servir et aimer en premier le plus souffrant".

Ses citations

"Il ne faut pas faire la guerre aux pauvres, mais à la pauvreté".

"Sur ma tombe, à la place de fleurs et de couronnes, apportez-moi les listes de milliers de familles, de milliers de petits enfants auxquels vous aurez pu donner les clés d’un vrai logement. "

"Malgré toutes les atrocités, malgré la soufrance de tant d'hommes et de femmes (...), oui , je crois que l'Eternel est Amour quand même, que nous sommes aimés quand même, et que nous sommes libres quand même".

"Sur ma tombe, mettez seulement : il a essayé d'aimer".

A 94 ans, il part pour 'ses grandes vacances'

Dans les dernières années de sa vie, l'Abbé a pris la peine de transmettre ce qu'il avait de plus précieux : le souci de l'action efficace en faveur des plus pauvres.

Le mouvement Emmaüs est présent partout en France : accueillies dans des communautés, des personnes démunies retapent une multitude d'objets qui peuvent être revendus. Belle illustration de l'économie sociale et solidaire en train de naître. Il a aussi passé le relais du combat contre le mal-logement à la Fondation Abbé Pierre.
 
"Pour lui, avec l'Amour, tout était possible"

Le 22 janvier 2007, à 94 ans, il part confiant et apaisé pour ce qu'il appelait "ses grandes vacances". C'est son ami prêtre, son collaborateur et confident Jean-Marie Viennet qui célèbre ses obsèques à Esteville, en Normandie.

Dix ans plus tard, Jean-Marie Viennet écrit dans la revue de la Fondation Abbé Pierre : "Malgré le poids des questions qu'il se posait et des événements qu'il vivait, pour lui, avec l'Amour, tout était possible".

Pour en savoir plus

- Fondation Abbé Pierre : www.fondation-abbe-pierre.fr

Lundi 23 Janvier 2017

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