Que faire avec une licence en droit ?



Les études de droit offrent de multiples débouchés à condition de forger rapidement son projet professionnel : métiers de la justice, de la police, du système pénitentiaire, carrières de juristes d'entreprise ou de l'administration publique... Le choix est vaste mais l'accès à chacun de ces métiers exige un parcours bien précis et beaucoup de motivation.




Que faire avec une licence en droit ?
"Tu sais pas quoi faire ? fais une licence en droit, c'est toujours utile"... Beaucoup d'étudiants s'engagent ainsi chaque année en première année de droit (L1) sur ce vague conseil.  Pourtant, "pour réussir, il faut beaucoup de travail et de motivation", dit Céline Combette, maître de conférence à Paris 2 Assas. Autrement dit, avoir rapidement un objectif voire une passion pour affronter des études longues et difficiles.

Certes, vous ne vous voyez peut-être pas juge ou avocat, mais il existe une foule d'autres professions à dominante juridique auxquelles vous n'avez peut-être pas pensé : commisseur-priseur, conseiller pénitentiaire en insertion et probation, fiscaliste, administrateur de biens immobiliers, directeur d'hôpital, administrateur territorial, juriste d'entreprise... Des métiers bien distincts qui peuvent vous permettre de travailler dans un tribunal, mais aussi un cabinet privé, une prison, un commissariat, une grande entreprise, l'administration d'une mairie ou d'un département.

Pour vous aider à vous y retrouver, nous avons regroupé les débouchés en trois grandes catégories : les métiers de la justice et de la police, les métiers de l'administration publique, les métiers de l'entreprise. Et pour vous aider, une question subsidiaire : quel master choisir ?

Les métiers de la justice et de la police
Les métiers de l'administration publique
Les métiers de l'entreprise
Quel master choisir ?

I- Les métiers de la justice et de la police

Que faire avec une licence en droit ?
Vous êtes attiré par l'univers du tribunal, vous rêvez d'être avocat depuis toujours, ou les séries policières vous passionnent...

Les études de droit sont tout indiquées, mais sachez que la plupart des métiers de la justice exigent de poursuivre des études longues au-delà de la licence : il vous faut atteindre le niveau du master (bac+5) puis passer en général un concours, parfois très sélectif.


- Avocat : pour entrer en formation, il faut réussir l'examen d'entrée dans un des 11 centres régionaux de formation professionnelles des avocats (CFPA) ou "écoles du Barreau". On peut le passer à partir du M1, première année de master validée, mais dans les faits, les admis ont souvent un master 2 (M2) voire plus. 40% de réussite. L'examen peut se préparer dans un "institut d'études judiciaires" (IEJ), sorte de prépa publique dans les universités qu'il faut suivre en parallèle du master.
La formation dure ensuite 18 mois dont 6 mois de stage et se conclut par le Certificat d'apitude à la profession d'avocat (Capa). Ce cursus recouvre en fait une multitude de spécialisations (droit des affaires, droit pénal, doit social) car l'avocat peut être amené à défendre des particuliers, des entreprises, des salariés... La spécialité de master prépare cette orientation.

Magistrat : tous les postes de juge exigent une fomation à l'Ecole nationale de la magistrature (ENM). Accès sur concours très sélectif (8-10% d'admis) à partir du niveau M1 ou un diplôme d'un Institut d'études politiques (IEP) ; formation de 31 mois alternant théorie et pratique. Vous choisissez ensuite votre affectation future sur une liste de postes vacants, en fonction de votre classement de sortie. Juge d'instruction, juge d'instance, substitut du procureur, etc... Attention : il faut être très mobile car vous pouvez être nommé sur tout le territoire et un juge ne reste pas à la même Cour toute sa vie.

- Chef d'établissement pénitentiaire : Là encore, il faut passer un concours théoriquement ouvert à niveau licence, mais exigeant dans les faits un master, pour entrer à l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire (Enap) à Agen. La formation dure deux ans.

- Commissaire de police : le concours de l'Ecole nationale supérieure de la police (ENSP) est ouvert aux titulaires d'un bac+5 et un master de droit est tout indiqué... La formation dure ensuite 18 mois et un classement final conditionnel le choix du poste. Dans la Gendarmerie nationale, on peut aussi passer à même niveau le concours de gendarme enquêteur pour faire l'Ecole des officiers de la Gendarmerie de Melun. Deux ans de formation.

- Notaire : cet officier public est nommé par le ministère de la Justice. Il est le garant des contrats, en matière familiale ou immobilière. La formation, longue, peut se faire soit après un master pro de droit notarial : il faut faire un stage de deux ans en office notarial pour obtenir le Diplôme supérieur de notariat et présenter sa demande de nomination au ministère. Ou bien, après un M1 validé de droit (notarial de préférence), vous pouvez tenter l'examen d'entrée dans un centre de formation professionnelle notariale (CFPN) qui délivre en un an un diplôme d'aptitude aux fonctions de notaire. Il faut ensuite faire les deux ans de stage en office notarial.

- Huissier de justice : Il porte les convocations en justice, assure le recouvrement des créances, établit des plans de remboursement, procède aux saisies, établit des contats pouvant servir aux tribunaux. Formation ouverte aux diplômés d'un M1 de droit (de préférence en droit privé avec spécialisation en procédure civile et voie d'exécution). Il faut faire deux ans de stage dans une étude d'huisser et suivre en parallèle une formation avant de passer l'examen d'aptitude aux fonctions d'huissier de justice (25% de réussite). Puis l'huissier doit acheter sa charge avant d'être nommé par le ministère.

Des débouchés dans la justice dès la licence ?

Ils sont peu nombreux, mais quelques concours et métiers sont accessibles dès le niveau bac+2/3. Notez toutefois que les admis ont souvent un niveau supérieur au minimum requis :

Accès à bac+2 de droit :
- Educateur de protection judiciaire de la jeunesse. La formation se fait à Roubaix en deux ans.
- Greffier des services judiciaires : le greffier est vraiment la cheville ouvrière des tribunaux, il assiste aux audiences et en fait les compte-rendus, constitue les dossiers, contacte les parties. Formation rémunérée en 18 mois à l'Ecole nationale des greffes de Dijon. Les diplômés choisissent leur affectation sur une liste de postes vacants en fonction de leur rang de sortie.
- Conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation : un métier de l'administration pénitentiaire peu connu à dimension sociale. L'accès se fait sur concours, la formation dure un an à l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire d'Agen.

Accès à bac+3 :
- collaborateur de notaire : il doit obtenir le diplôme de l'Institut des métiers du notariat (IMN) délivré par 18 instituts.  Le titulaire d'une licence entre directement en 4ème année de l'IMN pour se former en un an. Attention: l'accès est réservé en prorité aux licences professionnelles métiers du notariat, mais les diplômés d'une licence en droit peuvent postuler sous certaines conditions (notamment avoir fait un stage en étude notariale).
- lieutenant de police : Le concours permet d'entrer à l'Ecole nationale supérieure des officiers de police (Ensop), une excellente condition physique est requise. Formation de 18 mois, puis les élèves jugés aptes sont nommés lieutenant de police, et affectés en fonction de leur classement. Ils doivent s'engager à servir l'Etat pendant cinq ans.
- commissaire -priseur : il faut avoir une double licence droit-histoire de l'art, puis passer un examen : les admis accèdent au stage obligatoire de deux ans au sein de sociétés de ventes et d'offices. On peut travailler dans le privé ou être commissaire-priseur judiciaire pour procéder aux ventes publiques d'objets saisis par décision de justice.

Accès à bac+4 :
- Clerc expert : c'est le bras droit de l'huissier de justice. Formation sur deux ans à l'Ecole nationale de procédure (ENP), 25 centres en France.

II- Les métiers de l'administration publique

Que faire avec une licence en droit ?
Mairie, département, hôpitaux, douanes... les divers services publics de l'Etat (et pas seulement les services juridiques) recrutent des fonctionnaires sur concours. On distingue les fonctionnaires de catégorie A (responsabilité et salaires les plus élevés), B ou C. Une licence de droit vous donne accès à un certain nombre de ces concours pour les catégories A et B. Les admis ont ensuite accès à une école spécialisée comme "élève fonctionnaire" souvent rémunéré. L'école se conclut par un stage puis par l'accès quasi "automatique" à un poste (en fonction des postes disponibles) puisque le nombre de places au concours correspond souvent aux postes vacants. Pour la fonction publique territoriale toutefois, il faut s'inscrire sur une liste d'aptitude et trouver soi-même son poste.

- le concours d'attaché territorial (fonction publique territoriale, cat. A) : accessible avec un bac+3. L'attaché choisit d'abord entre cinq grands domaines de l'administration (animation, sanitaire et social, informatique, urbanisme ou administration générale. Il rejoint une équipe qu'il peut parfois diriger et a un rôle administratif et de management un peu comme dans une entreprise mais pour un service public : il peut être secrétaire de mairie, chargé des ressources humaines, de la communication, des services sociaux d'une collectivité...

- le concours d'administrateur territorial (fonction publique territoriale, cat. A) est aussi accessible à niveau licence mais dans les faits, les admis ont un master ou un diplôme d'IEP. Il occupe en effet l'emploi le plus élevé dans la hierarchie administrative locale. Il peut diriger le développement économique d'une région, diriger un gros service juridique, superviser la formation professionnelle, etc.

- le concours de contrôleur des finances publiques (fonction publique d'Etat, ca. B) est théoriquement accessible dès le bac mais dans les faits les admis ont souvent une licence. Il s'agit de travailler dans un service des impôts des particuliers ou des entreprises pour analyser des documents comptables. Mieux vaut aimer la réglementation et les chiffres.

- les concours de contrôleur du travail (accès à bac+2, cat. B) ou d'inspecteur du travail (bac+3, cat. A). Fonctionnaire du ministère du Travail, il renseigne les patrons et les salariés sur le droit du travail et intervient auprès des entreprises où il peut effectuer des contrôles. C'est un métier de contact et de terrain.

- le concours de conseiller des affaires étrangères (fonction publique d'Etat, cat. A) conduit à des postes de "diplomate" c'est-à-dire de fonctionnaire au sein du ministère des Affaires étrangères. Dans les faits, les diplômés de masters, d'IEP, et la maîtrise de plusieurs langues aident à la réussite.

- le concours de directeur d'hôpital (fonction publique hospitalière, cat. B) conduit à des postes de directeur ou directeur adjoint dans un hôpital qui consiste à piloter la structure, un peu comme un patron de PME. Il faut être bon gestionnaire, bon manager et avoir le sens du service public !

D'autres concours : la fameuse Ecole nationale d'administration ou ENA (cat. A), directeur d'établissement sanitaire, social et médico-social (cat. A), carrières de l'Ecole nationale supérieure de Sécurité sociale (cat. A), inspecteur (cat. A) ou contrôleur des fraudes (cat. B), inspecteur (cat. A) ou contrôleur des douanes (cat. B), inspecteur des finances publiques (cat. A), secrétaire des Affaires étrangères (cat. A)... Se renseigner sur les carrières sur les sites des ministères concernés.

Important : le bagage des études de droit ne couvre pas totalement le programme des concours d'où la nécessite de suivre une préparation au sein d'un organisme spécialisé comme les Ipag (concours catégorie A), les Cpag (A et B), ou les Instituts régionaux d'administration (IRA). L'accès est sélectif, la préparation dure un an.
 

III - Les métiers de l'entreprise

Que faire avec une licence en droit ?
Dans un monde où le droit et les réglementations se complexifient, les entreprises emploient de plus en plus de juristes. Les débouchés sont surtout à rechercher dans les très grosses entreprises (multinationales, banques, assurances, groupes industriels, groupes immobiliers) pour des postes qui exigent des compétences très pointues par exemple sur le droit des contrats, le droit social, le droit fiscal, le droit immobilier, le droit de l'environnement, le droit des assurances... Le droit des contrats et des contentieux sont en tête des spécialités recherchées.

Le recrutement se fait en général à niveau bac+5 et les spécialités du master ainsi que les stages effectués sont scrutés à la loupe : c'est dire que là encore, il faut préparer son insertion professionnelle en choisissant le plus tôt possible les orientations en cohérence avec votre projet et aussi vos goûts. Dans certaines spécialités le fait d'avoir un double diplôme est un "plus". Ainsi Ingrid est diplômée d'un master de droit des contrats (option droit des affaires) à Bordeaux et d'un Master of Laws de droit international obtenu au Québec. Elle est aujourd'hui juriste d'entreprise, spécialisée en droit des contrats au sein d'une filiale d'EADS : son rôle est de finaliser de A à Z les contrats avec les partenaires internationaux, en tenant compte de toutes les contraintes techniques et du droit des pays partenaires : elle doit beaucoup voyager et savoir quel droit appliquer à un contrat.

Onze universités préparent par ailleurs à un "diplôme de juriste-conseil d'entreprise" (DJCE) qui forme des juristes d'affaires généralistes très appréciés des entreprises. On peut le préparer en parallèle à un master 2 de droit des affaires.

Mais vous voulez aussi peut-être vous échapper du droit et vous ouvrir d'autres carrières en entreprise : avec votre licence en droit, vous pouvez alors rejoindre une école de commerce par la voie des admissions parallèles (par exemple le concours Passerelle ou les procédures spéciales prévues par de très grandes écoles comme l'EM Lyon ou l'Essec).
Autre choix judicieux : passer les concours d'entrée en Institut d'études politiques (IEP) pour y préparer votre master et disposer d'un diplôme reconnu, notamment celui de l'IEP Paris. Sachez cependant qu'il faudra là aussi choisir une voie entre l'international, le droit, les affaires publiques,le journalisme ou le monde des affaires.

Quel master choisir ?

Il existe des milliers d'intitulés de master 1 et plus encore de masters 2 et le choix est d'autant plus délicat que cet intitulé est basé sur la spécialité de l'enseignement et non sur les carrières auquel il peut ouvrir... C'est donc à vous d'explorer à la fois le contenu du master pour voir s'il correspond bien à vos centres d'intérêt mais aussi ses débouchés réels.

Quelques repères :
- les juristes distinguent trois grandes familles de masters calés sur les grands champs du droit : les masters de droit privé, de droit public et de droit international. Le droit privé regroupe l'offre la plus vaste avec des spécialités "phares" comme le droit des affaires ou le droit fiscal, mais aussi le droit social, ou la criminologie... Un futur avocat ou notaire priviléliera souvent le droit privé. Le droit public, plus ciblé, concerne davantage la gestion et la vie des services publics et des collectivités et pourra préparer aux carrières de l'administration. Le droit international aborde le droit européen ou le droit du commerce international et pourra être exploité dans le privé (entreprises multinationales) comme dans le public (débouchés en organismes internationaux, concours des affaires étrangères, de l'Union européenne, etc.)
Dès la licence, vous avez souvent le choix entre un parcours en droit privé et un en droit public, mais des passerelles sont encore possibles pour changer en master1.

- On distingue aussi comme dans toutes les disciplines les masters professionnels (qui préparent normalement à la vie active) et les masters recherche qui permettent de poursuivre en doctorat et préparent notamment aux carrières de l'enseignement. Mais les frontières ne sont pas si étanches et l'on peut de plus en plus s'insérer avec un master recherche ou poursuivre des études après un master professionnel.

- L'entrée en première année de master (M1) se fait sans sélection (à condition d'avoir décroché sa licence) si vous restez dans la même université. Si vous changez d'université, votre dossier sera examiné et l'admission sera conditionnée aux places disponibles.
Par contre, l'entrée en deuxième année de master (M2) est sélective et parfois très sélective. Votre dossier scolaire, les spécialités choisies, les stages, les échanges internationaux sont pris en considération et parfois un entretien de motivation sont pris en compte.

- Plusieurs éléments sont donc à croiser pour faire votre choix : le goût pour un domaine du droit, mais aussi le choix d'un métier ou d'une carrières ou aussi, parfois, un centre d'intérêt particulier. Ainsi Jean s'intéressait aux débats sur le droit d'auteur ce qui l'a amené à choisir un master du droit de la propriété intellectuelle. Il s'est inséré rapidement chez un grand éditeur puis une entreprise culturelle.

 


Mardi 26 Janvier 2016
la rédaction

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1.Posté par avis le 20/02/2015 09:48
la fac de droit seule ne sert à rien.(hors filière pro).

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