Ados : Faut-il (forcément) être en couple ?



Parce qu’ils sont tombés amoureux, certains s’engagent très jeunes dans une relation amoureuse, parfois dès le collège. Est-ce pour autant le moment idéal pour construire un couple ? Ne faut-il pas se connaître soi-même avant de vivre une histoire à deux ?




Ados : Faut-il (forcément) être en couple ?
"J'ai peur de finir seule avec un chat comme ma prof d'anglais", s'inquiète Mistinguette sur un forum de discussion. La lycéenne résume ainsi l'angoisse qui en traverse certains à l'âge où se forment les premiers couples.

A voir ses amis s’installer dans des relations amoureuses, il est tout à fait normal de s’interroger : "Quelqu'un va-t-il s’intéresser à moi ?", "Vais-je moi aussi tomber amoureux (se) ?", "Garderai-je mes amis s'ils se mettent en couple et que je reste seul(e)?"

Si vous êtes de plus en plus nombreux à vous poser des questions, voire à vous impatienter, c'est que le couple est particulièrement en vogue chez les adolescents.

Un désir de stabilité dans un monde où la vie de famille est agitée

Le grand spécialiste de la jeunesse Michel Fize explique cet engouement par un "désir de stabilité" dans un monde où tout va terriblement vite et où l'on zappe à tout-va.

Beaucoup d'adolescents sont également marqués par le divorce de leurs propres parents. "En classe de quatrième, certains élèves sont ensemble depuis deux ou trois ans, relate Amélie, professeure de français en collège. Ce qui est assez surprenant ! Ils ont souvent des familles compliquées et pour contrer cela se cherchent des repères. Ils veulent construire vite une famille, un peu pour se rassurer et se dire qu'ils ne feront pas les mêmes erreurs que leurs parents".

Mais l’adolescence, avec tous ces bouleversements, est-elle vraiment propice à la construction d’un couple ? Ne faut-il pas attendre d'être soi-même "quelqu'un" avant de "se mettre avec quelqu'un" ? 

Bien se connaître soi-même

Ados : Faut-il (forcément) être en couple ?
De fait, l'adolescence est une période riche en transformations, en émotions et en questionnements. Une étape idéale pour faire face à soi, apprendre à se connaître et à construire sa personnalité.
"Il n'y a que dans l'expérience fondamentale de la solitude qu'on devient un sujet libre et pour cela, quand on est adolescent, rien de tel que le célibat", explique Thérèse Hargot, philosophe et sexologue, dans son livre "Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque)"

Selon elle, la véritable quête de l'adolescence doit donc être d'abord celle de l’identité : "Nous devons aider les adolescents à trouver une réponse à la question du "Qui suis-je", à développer leur personnalité pour qu’ils soient capables un jour, qui sait – parce que ce n'est pas une fin en soi – de vivre une relation conjugale durable."
"Si on se lie avant d'apprivoiser et affirmer sa personnalité, la croissance personnelle s'arrête".
Ce n’est donc qu'après avoir bien affirmé sa personnalité que l'on serait, réellement, en mesure de partager et de s'épanouir au sein d’un couple. Sans cela, on risque de se perdre dans des relations un peu trop fusionnelles. "Si on se lie avant d’apprivoiser, développer et affirmer sa personnalité, autrement dit avant d’avoir une certaine maturité, on risque de se laisser porter par l'autre, de vivre ces qualités qui nous sont chères par procuration au travers de l’autre, ajoute Thérèse Hargot. Dans ce cas, la croissance personnelle s’arrête."

Et la thérapeute de donner l'exemple de Cindy, une jeune femme de 21 ans, en couple depuis quatre ans, venue lui confier son désarroi: "Je ne sais plus qui je suis, je me suis perdue dans mon couple."

Se fixer des priorités

L'adolescence rime aussi avec découvertes et opportunités. A l'abri dans le cocon familial, il est possible d’expérimenter bien des choses ! Est-ce quand il faudra songer à remplir son frigo ou à aller chercher le petit à la crèche qu'il sera possible de se lancer dans la natation ou l’escalade ? De passer du temps avec ses frères et soeurs ? Ou d’apprendre à vraiment connaitre ses amis ?

De son côté, Emma, lycéenne à Toulouse a tranché : "Il y a tellement de choses à faire ! Avant d’être avec quelqu'un, j’ai envie de me faire de nouveaux amis, de rencontrer des gens et aussi de profiter de ma famille !"
"Quand tu es seule tu travailles tes cours, quand tu te mets avec quelqu'un tu travailles... ton couple !"

La période qui conduit de la fin du lycée aux premières années de fac est aussi une étape cruciale qui définit les contours de votre vie d’adulte. "Ai-je envie d’étudier l’histoire ou les lettres classiques ?" "De me former en alternance ou de partir en Erasmus à l'étranger?", "De devenir plutôt prof ou traducteur ?" Tels sont les choix déterminants qui attendent, l’air de rien, les jeunes bacheliers.

Plus vous aurez pris du temps pour vous, pour vous écouter, vous renseigner et vous décider, plus vous aurez de chance de faire des choix judicieux que vous ne regretterez pas dans le futur. Pour Juliette, interne en classe de seconde en Lozère, l'équation est simple : "Quand tu es seule tu travailles tes cours, quand tu te mets avec quelqu'un tu travailles... ton couple !"

Profiter de sa liberté

Ados : Faut-il (forcément) être en couple ?
Etre en couple, c’est aussi, bien entendu, renoncer à une part de liberté. Pas toujours facile à accepter lorsqu'on a 17 ans ! Alors que papa et maman commencent tout juste à lâcher du lest, il faudrait à présent rendre des comptes à un copain ou à une copine?

"Il faut quand même préciser qu'être en couple, c'est pire que d'être marié, écrit ironiquement Thérèse Hargot. Tu ne peux plus parler avec qui tu veux, danser avec qui tu veux, partir en vacances avec qui tu veux sans devoir en rendre compte à l'autre, qui inévitablement te fait la gueule parce que tu ne passes pas assez de temps avec lui, parce qu'il a peur d'être trompé, parce qu'il a peur de te perdre... " Bref, est-ce bien raisonnable, s'interroge la philosophe, de vivre à l’adolescence "comme des retraités" ?

Témoignage
"Dès que tu te mets en couple, le comportement des autres change, a remarqué Juliette. Avec mes amis, nous sommes habituellement très tactiles, mais lorsqu’ils ont appris que j'avais quelqu'un, ils m'ont dit : ‘Tu ne peux plus chahuter, prendre des gens dans tes bras, etc. Maintenant tu dois avoir tel ou tel comportement ‘.
Cela ne me plait pas du tout ! J’ai beaucoup d'amis que leur couple a isolés. Récemment, une d'elle, qui devait participer à un stage de théâtre avec nous pendant les vacances, a annulé pour rester avec son copain. C'est dommage !"

 

Le "célibat" de l'adolescence permet au contraire de faire des choix pour soi, en toute liberté, sans compromis. C'est un espace de liberté et d'affirmation de soi, et comme le dit encore Thérèse Hargot "pas seulement une salle d’attente !"

Pourquoi ne pas partir étudier à l'étranger ? Découvrir l’Islande ou le Québec ? Choisir une licence qui nous passionne à l’autre bout du pays ?
"Il est vrai qu'une fois en couple, beaucoup ne conçoivent pas la séparation géographique, ce qui, souvent, ferme des portes", constate Amélie auprès de ses élèves.

Prendre garde aux déceptions...

Et puis, de par sa fragilité, le couple adolescent est souvent éphémère. "Il y a encore quelques années, j'étais très fleur bleue, reconnait Audrey, étudiante parisienne. Je tombais amoureuse très souvent, alors j'avais régulièrement envie d’être en couple. A chaque fois, je croyais vraiment à une histoire." Il est vrai que l'adolescence est souvent propice à ces emballements du coeur.
 
"Quand ce qu'ils prenaient pour leur grand amour se termine, c'est une très grosse déception"

"Beaucoup veulent en effet être en couple, mais c'est une période où l'on se cherche beaucoup, où l'on change vite et où l'on prend des chemins différents, ajoute Amélie, l'enseignante. Alors, souvent, ce désir de stabilité leur revient comme un boomerang en pleine figure. Ce qu'ils prenaient pour leur grand amour se termine et c’est une très grosse déception."

... pour éviter les blessures

Et Juliette de résumer : "On ne réfléchit peut-être pas assez ! Beaucoup se blessent et blessent aussi." Pour la psychologue Adeline Rousseau, qui travaille auprès d’enfants et d’adolescents, c’est une des particularités des amours adolescentes : "La spécificité du couple adolescent réside dans l'expérimentation d'un amour autre que filial, un amour qui peut laisser place à une désillusion. Les parents peuvent d'ailleurs être méfiants à l'égard du couple de leurs adolescents, dans l'optique de les protéger de cette désillusion."

Pour Thérèse Hargot, ces souffrances peuvent parfois conduire à des vengeances particulièrement douloureuses sur les réseaux sociaux. "Quand la fusion cesse, note-t-elle, (...) la rupture est fatale. La violence est proportionnelle à l’amour propre blessé. (...) L'ex-amoureux possédant sur son téléphone assez de contenu sexuel peut assouvir sa soif de vengeance. Le ‘revenge-porn’ (Le "porno-vengeur") est devenu un véritable phénomène."

Prendre le temps de (vraiment) découvrir l’autre

Pour éviter ces désillusions, mieux vaut donc ne pas se précipiter. "Plusieurs fois, des garçons que je ne connaissais pas m'ont demandé de sortir avec eux, confie Emma, la lycéenne toulousaine. Mais je ne leur ai jamais adressé la parole ! J'ai des amies qui se mettent en couple avec des garçons qu'elles ne connaissent pas du tout. Généralement, ça ne donne pas envie, ils ne font que s'embrouiller ! Personnellement, je veux prendre le temps de découvrir l'autre avant que l’on se mette vraiment ensemble."

Un cheminement qui peut prendre un peu plus de temps que de répondre par oui ou par non à une demande formulée par SMS ou par l'intermédiaire d’un courageux copain. Laissez-vous donc le temps de savoir si, au-delà de l'attirance physique, vous avez des points communs ou des centres d'intérêt à partager.

Vous découvrirez également vos différences qui seront une source d’enrichissement mutuel. Prendre votre temps vous épargnera bien souvent des déconvenues, car une fois engagés dans une relation, il est toujours plus délicat de revenir en arrière. Et contrairement aux idées reçues, il n’est d’ailleurs pas rare que des couples solides naissent d’une histoire qui a débuté par une amitié.

Quand est-on prêt à s’engager ?

Ados : Faut-il (forcément) être en couple ?
Il est vrai que depuis la plus tendre enfance, nous rêvons presque tous du grand amour. Mais voilà, la maturité affective qui permet d’aimer ou d’être aimé(e) se construit au fil des années.

Il n’y a certes pas d’âge pour tomber amoureux, mais pour savoir donner, recevoir, écouter, communiquer, respecter et accepter l’autre avec ses différences, les psychologues ont repéré une dizaine d'étapes à franchir (Lire Suis-je prêt pour le grand amour ?), même si chacun évolue à son rythme.

Alors, comment sait-on que l’on est enfin prêt ? C’est par exemple lorsque l’on se connait suffisamment pour choisir quelqu’un qui nous correspond, que l’on se sent capable de créer une relation qui grandit dans le dialogue, le partage et l’écoute. Alors, on est aussi souvent prêt à prendre des décisions importantes comme s’engager à être fidèle et présent, à renoncer à d’anciennes relations et à toutes ses habitudes de célibataire, sans pour autant, bien sûr, sacrifier son jardin secret, ses amis et les activités grâce auxquelles nous nous épanouissons.

Une fois en couple, trouver le juste équilibre

Ça y est, vous pensez être prêt ? Avoir rencontré votre moitié ? C’est un vrai tsunami qui vous emporte et il n’est pas toujours facile de garder la tête froide. Mais voici quelques conseils pour ne pas mettre en péril votre vie sociale, vos études et même votre relation amoureuse.

Si votre cher et tendre est dans votre classe, dans votre collège ou lycée, ne vous asseyez pas systématiquement à ses côtés. Gardez des intercours et des après-midis pour voir vos amis. Essayez aussi de conserver vos activités, sportives, culturelles, associatives, si vous en aviez. Dites-vous bien qu’une relation étouffante a toutes les chances de se consumer d’elle-même.

Respectez la liberté de l’autre, comme vous souhaitez qu’il respecte la vôtre. Essayez de créer un climat de confiance plutôt que de vivre dans l’ère du soupçon ! Même si les amoureux doivent partager de grands moments à deux, il est nécessaire de conserver, pour chacun, une bulle d’intimité. Et Juliette de conclure : "c’est important de garder son identité, sinon c’est horrible, parce que même si on s’aime, on risque d'étouffer, non ?"

1 Décembre 2016
Anne-Louise Sautreuil

Psycho | Corps et sexualité | Amour | Couple | Un bébé ? | Addictions




Vos articles préférés !

S'abonner à la newsletter gratuite