Christian et Marie-France des Pallières : rendre le sourire aux enfants cambodgiens



En 1995, un couple de retraités français découvrent que des centaines d'enfants travaillent sur la décharge d'ordures de Phnom Penh au Cambodge. Bouleversés, Christian et Marie-France décident de les sortir de cet enfer. Ils fondent "Pour un Sourire d’Enfant" (PSE).




Christian et Marie-France des Pallières, fondateurs de "Pour un sourire d'enfant"  © 2016 Aloest Films Bonne Pioche Cinema
Christian et Marie-France des Pallières, fondateurs de "Pour un sourire d'enfant" © 2016 Aloest Films Bonne Pioche Cinema
En octobre 2016, la France découvre dans un documentaire projeté au cinéma, "Les Pépites", leur histoire étonnante. Christian et Marie-France des Pallières pourraient mener une retraite tranquille en France, au milieu de leurs petits-enfants. Mais non, leur patrie, c'est le Cambodge, où ils vivent depuis 1995 et dont ils ont acquis la nationalité.

Et les petits enfants qui courent autour d'eux, ce sont les centaines et même les milliers d'enfants qu'ils nourrissent et scolarisent dans les écoles de l'ONG qu'ils ont fondée, "Pour un sourire d'enfant" (PSE). Tous les appellent "papy et mamy" et ont ici trouvé plus que la nourriture et le vêtement. En quittant la décharge où ils triaient les ordures, ils ont pu recevoir attention et tendresse, guérir leurs blessures et s'ouvrir à nouveau à la joie d'être enfant. 

Belle histoire, mais comment ce couple a-t-il pu réaliser un tel miracle ?

La découverte de la décharge : un véritable choc

Le film revient sur cette année où tout a commencé. 1996. Il faut dire qu'à l'époque, Christian des Pallières travaille déjà pour une ONG française à Phnom Penh.

Cet ancien cadre d'IBM vient d'être mis en préretraite et son âme de "nomade" le démange. Une soif de rencontre aussi qu'il partage avec Marie-France. N'ont-ils pas déjà fait un tour du monde en camping-car en 1977 avec leur quatre enfants ?

En 1995 donc, Christian s'occupe d'apporter une aide pédagogique aux écoles du Cambodge. Choqué par le nombre d’enfants dans les rues de Phnom Penh, il va à leur rencontre. Et découvre alors la décharge où beaucoup travaillent. "Ce fut un véritable choc ! Cela donnait envie de crier… ou de pleurer !".

Rien de tel que la bande-annonce du film Les Pépites pour en percevoir l'horreur.


Des centaines d'enfants de 6 à 15 ans qui fouillent les ordures

Voilà ce que décrivent alors Christian et Marie-France :

"Sur un immense terrain d'ordures fumantes, dans une odeur pestilentielle et au milieu de myriades de mouches, des centaines d’enfants de six à quinze ans fouillent dans les ordures. En loques, couverts de plaies infectées, un grand sac crasseux sur le dos et pieds nus dans les ordures dans lesquelles ils s’enfoncent jusqu'aux genoux, ils cherchent des bouts de plastique, de carton, de métal à récupérer. Ils cherchent aussi de quoi se nourrir car aucun d’entre eux n’a mangé depuis la veille."
Enfants sur la décharge © 2016 Aloest Films Bonne Pioche Cinema
Enfants sur la décharge © 2016 Aloest Films Bonne Pioche Cinema

"Pour un sourire d'enfant" : de la paillote aux premiers bâtiments

Du choc de cette horreur, Christian et Marie-France tirent la force d'agir. Et de se donner à fond. Dès 1996, ils revendent tous leurs biens en France et installent une "paillote" au pied de la décharge pour offrir aux enfants un repas, de quoi se laver et les premiers soins.

"Surtout, on leur a demandé ce qu'ils voulaient, raconte Christian dans le film. Car il ne s'agissait pas d'agir en fonction de nos idées".
"Les enfants ont demandé un repas par jour"
"Et vous savez ce qu'ils nous ont demandé ? Avoir un repas par jour, et pouvoir aller à l'école. vous vous rendez compte : tout ce qu'ils voulaient, c'était un repas par jour..."

Christian et Marie-France passent alors à la vitesse supérieure. Ils fondent l'association "Pour un sourire d'enfant" et partent en France faire une grande tournée pour récolter des fonds. Le camping-car reprend du service. Ainsi, chaque année, ils vont sillonner la France durant deux mois pour proposer à leurs amis et leurs amis d'amis de parrainer un enfant.

En 1997, ils peuvent ainsi acheter un terrain situé à 1km de la décharge - pas trop près à cause de l'odeur et pas trop loin pour que les enfants puissent venir à pied. Là, ils construisent les premiers bâtiments d'une école pour les petits chiffonniers. 

Pour les enfants de PSE, Christian et Marie-France voient grand

Christian et Marie-France des Pallières : rendre le sourire aux enfants cambodgiens
Dès lors, les enfants retrouvent vraiment le sourire. Les images où on les voit arriver tout crasseux et revivre en se lavant à grande eau et revêtir les uniformes de PSE sont plus que parlantes. 

Pour eux, Christian et Marie-France voient grand. Ils recrutent des enseignants cambodgiens et veillent à ce que les méthodes d'enseignement soient bienveillantes. N'ont-ils pas toujours été non conformistes ? Contrairement à la tradition asiatique, les élèves doivent pouvoir poser des questions aux maîtres, ils doivent reprendre confiance en eux et croire en leur avenir !

Quelques années plus tard, ils ouvrent même pour les plus grands des formations professionnelles : "nous nous étions rendu compte qu'après être allés à l'école, certains retournaient travailler sur la décharge", raconte Marie-France. L'intuition était juste puisque vingt ans après la fondation, 7000 élèves suivent une scolarité grâce à PSE et environ 3500 anciens sont déjà entrés dans la vie active.

Comme des grands-parents pour des enfants privés d'amour

Et pourtant, Christian et Marie-France sont bien plus que de bons "travailleurs humanitaires". "S'ils sont appelés «Papy, Mamy» par ces jeunes, ce n’est pas pour rien, explique Xavier de Lauzanne, le réalisateur du film Les Pépites. C’est qu'ils ont su créer un lien émotionnel, familial et affectif, puissant avec les enfants. C'est rare de rencontrer au sein d’une institution un lien aussi fort !"

Le réalisateur s'explique : "Dans certains milieux, la misère affective est immense au Cambodge (...)  Il évoque les séquelles du génocide khmer rouge de 1979, la destruction des repères moraux, la pauvreté et violence qui règnent dans les familles :

"Personne ne faisait attention aux enfants sur cette décharge. Ils n'étaient que des gagne-pains pour leurs parents qui vivaient dans une misère absolue (...) Dès lors, ils avaient besoin d’un lien affectif que Christian et Marie-France leur ont apporté. Et ils ont alors acquis une sorte de statut de grands-parents !

Christian adopte Leakhéna

Leakhena de Pallières. © DR
Leakhena de Pallières. © DR
L'histoire de Leakhéna témoigne bien de ces blessures. En 1996, Christian et Marie-France rencontrent cette petite fille près d’un pont sous lequel elle habite avec sa mère qui cherche à s'en "débarrasser". Ils l'accueillent dans leur école et Leakhena apprend toute seule le français en quelques mois. 

Très vite, elle accompagne Christian sur la décharge pour lui servir d'interprète. En danger à cause de sa mère qui la bat et veut la vendre, elle se place sous la protection de Christian et lui demande de l’adopter. Il hésite ("Il ne fallait pas que tous les enfants demandent la même chose !) mais il sent que cette relation est singulière et il accepte.

Quinze ans plus tard, c'est Leakhéna des Pallières qui dirige le service le plus stratégique de l’école : l’équipe sociale qui identifie les enfants à scolariser, offre une compensation en riz aux parents et règle les conflits familiaux. Et Leakhena a commencé elle-même à adopter des enfants : "ce sont aussi nos petits-enfants", disent Christian et Marie-France.

Sur la décharge, la végétation repousse, l'espoir renaît

Un passage des Pépites témoigne de cette tendresse si particulière. Marie-France et Christian se reposent dans leur salon, au coeur du centre de PSE où ils vivent quand des enfants frappent à leur porte. "Entrez, entrez"... Le petit groupe pousse un garçon en fauteuil roulant.

Comme des grands-parents tout heureux, Marie-France et Christian prennent les plus petits sur leurs genoux, font place au fauteuil, et tous regardent ensemble les albums-photo.

Avec les plus grands aussi ils regardent le chemin parcouru : la décharge où les enfants pataugeaient dans les immondices est aujourd'hui fermée, la ville de Phnom Penh ayant ouvert en 2009 une autre décharge à 18 km de la capitale. La végétation commence à recouvrir le terrain vague mais les souvenirs, terribles, sont toujours là et les adolescents les évoquent encore en parcourant cette terre avec Christian.

Grâce à la formation reçue, beaucoup ont cependant retrouvé confiance en eux-même, la joie de vivre et surtout, d'espérer vivre leurs rêves. N'est-ce pas ce que Marie-France et Christian des Palllières leur ont transmis de plus précieux ?

Vie réussie et mission accomplie

Christian et Marie-France des Pallières : rendre le sourire aux enfants cambodgiens
En 2000, Christian et Marie-France ont reçu le Prix des Droits de l’Homme de la République Française. Et ils ont aussi reçu la plus prestigieuse reconnaissance du Cambodge des mains du Roi.

Il leur restait à raconter l'aventure de leur vie, de PSE et de ces enfants cambodgiens. Ils l'ont fait dans le film de Xavier de Lauzanne sorti début octobre 2016. Ah, au fait : le film a été réalisé avec la collaboration des élèves de la filière "cinéma" du centre professionnel de l'ONG.

Quelques jours avant la sortie du film, Christian de Pallières s'est éteint à l'âge de 82 ans. Marie-France poursuit sa route au Cambodge aux côtés de tous ses "petits princes et petites princesses" à qui elle a permis de retrouver le sourire. Mission accomplie.

Pour en savoir pluswww.pse.ong/fr

Mercredi 19 Octobre 2016


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