Laurent et Marie-Hélène de Cherisey : 'Nous sommes tous des passeurs d'espoir'



Elle est reporter télé, lui pro de la communication. En 2004, avec leurs cinq enfants, ils ont fait le tour de monde et tourné 14 reportages sur des initiatives s'attaquant à de grands défis planétaires : l'eau, les génocides, l'environnement, le partage de l'économie... De retour depuis plusieurs mois, ils continuent à témoigner qu'aucun problème n'est insurmontable pour peu que quelques-uns s'unissent pour agir : "Il faut passer de la peur de l'autre à la confiance, et croire que la vie peut jaillir partout".




Laurent et Marie-Hélène de Cherisey, la quarantaine, mariés depuis 15 ans.
Laurent et Marie-Hélène de Cherisey, la quarantaine, mariés depuis 15 ans.
Au départ, leur projet de tour du monde n'était qu'un rêve un peu lointain. Et puis un jour, leurs enfants - Olivier, Solène, Marie, Blanche et Maud - ont mis les pieds dans le plat : "Alors, ce voyage, on le fait ou pas ?"

"A ce moment-là, on s'est demandé ce qu'on allait faire de notre rêve, raconte Laurent. On avait envie de renconter les autres. Marie-Hélène était journaliste de télévision mais avait raccroché la caméra depuis quelques années. Je travaillais aussi dans la communication et on se posait beaucoup de questions sur l'utilité de nos métiers. En même temps, le monde de l'information est un chemin extraordinaire pour développer une culture de vie".

Cuture de vie, c'est quoi ? Laurent explique : "La première loi de la vie, c'est que chaque individu est unique... et cette loi nous fait passer d'un monde où on dit 'y'a pas de place pour moi', à un monde où chacun est irremplaçable. Et la deuxième loi, c'est que la vie ne peut jaillir que quand nous avons l'audace de rencontrer l'autre dans sa différence."

La présence des enfants permet de passer de la peur à la confiance.
La présence des enfants permet de passer de la peur à la confiance.
Cette deuxième loi, c'est leurs 14 mois de voyage dans 14 pays et les centaines de personnes rencontrées qui leur permettent d'en parler. "Dès le début, on a voulu partir avec nos cinq enfants et aller avec eux à la rencontre des gens pour voir le monde à travers leurs yeux. Mais quand on arrivait quelque part avec nos enfants, nos caméras et nos 90 kilos de bagages, on n'en menait pas large ! On se demandait souvent comment ça allait se passer car souvent, dans la vie, on est dans une dynamique de peur. Mais comme on avait nos enfants avec nous, les gens comprenaient qu'on n'avait pas peur, et on passait à une dynamique de confiance !"

Secouer le sentiment que l'on ne peut rien faire pour le monde

Le projet consistait à rencontrer des hommes et des femmes qui avaient agi
Le projet consistait à rencontrer des hommes et des femmes qui avaient agi
Restait à trouver les sujets de reportages, le fil rouge du projet. Pour cela, les Cherisey s'accrochent à leur idée de "culture de vie", ils veulent s'affranchir de la peur de l'autre et du terrible sentiment d'impuissance qui pèse souvent comme une chape de plomb : "Le problème, c'est qu'on est plongé dans une communauté de 6 milliards d'êtres humains... Et le sentiment qu'on ne peut rien faire se développe... C'est tellement gigantesque, que ça peut donner l'impression qu'on ne peut rien faire"... Sentiment illusoire explique Laurent en prenant l'image d'un enfant de 4 ans au bord d'un lac : "Cet enfant est fragile, mais s'il lance un caillou dans l'eau, l'onde de choc se répandra sur tout le lac". On peut donc agir sur le monde et ses grands défis -pauvreté, violence, pollution - avec peu, du moment qu'on est libre et créateur.
"Et dans nos 14 reportages, on a voulu rencontrer des hommes et des femmes qui ont agi concrètement pour relever ces enjeux, car comme ils ne savaient pas que c'était impossible, ils l'ont fait !" CQFD.

C'est en sauvant l'homme qu'on sauvera la planète

Les initiatives concernent le manque d'eau, la déforestation, la pauvreté...
Les initiatives concernent le manque d'eau, la déforestation, la pauvreté...
14 reportages sur tous les continents sont donc ciblés. L'aventure démarre au Brésil, chez Suzanna. "On n'a pas voulu parler seulement des solutions, mais expliquer tous les problèmes rencontrés pour ne pas voir le monde qu'avec des lunettes roses".

Suzanna mène donc au départ une vie bourgeoise et confortable avec Claudio, son mari docteur. Mais Claudio décide un jour de reprendre des études et de partir dans le sud du Brésil pour étudier une espèce de singe en voie de disparition. Suzanna et les trois enfants le suivent. Là-bas, Suzanna déprime. Elle crée alors un club de gym pour les femmes du village et apprend peu à peu à les connaître. Un jour elle part découvrir la forêt avec son mari. Les tamarins, les jaguars, les mille espèces animales et végétales... elle est fascinée. Au village, les gens ont faim. ils doivent braconner et défricher pour vivre. Alors elle incite ses amis villageois à stopper la déforestation. Ils développent de nouvelles cultures dans la forêt... "C'est en sauvant l'homme et en lui redonnant sa dignité qu'on pourra sauver la planète", commentent Laurent et Marie-Hélène.

Un garçon de 27 ans crée 600 écoles d'informatique dans les bidonvilles

La famille Cherisey sur une décharge d'ordures.
La famille Cherisey sur une décharge d'ordures.
A Rio, ils rencontrent un garçon de 27 ans, Rodrigo, informaticien. Rodrigo a la chance d'avoir une vie agréable et paisible tandis qu'à quelques mètres, sur les collines de Rio, 30 kilos de drogue sont échangés chaque jour. Et des milliers de jeunes vivent dans la peur et la violence. "Une nuit, raconte Laurent, Rodrigo a fait un rêve. Il a vu des gosses du bidonville en train de faire de l'ordinateur". Au réveil il décide de créer une école d'informatique dans le bidonville. "Et en dix ans, il a développé un réseau de 800 écoles dans les favelas et 600 000 jeunes ont été formés" !

Marie-Hélène de Cherisey, caméra en main.
Marie-Hélène de Cherisey, caméra en main.
Des histoires comme celles-là, ils en ont une bonne vingtaine à raconter : en Inde, c'est ce médecin ophtalmologiste qui à la retraite décide d'ouvrir des cliniques bon marché pour pouvoir opérer à la chaîne les millions d'Indiens menacés de cécité par la cataracte. C'est Laxman qui dans son village, lutte contre la désertification en creusant des bassins durant des années. Et bien d'autres encore en Thaïlande, au Kenya, en Chine...

les enfants participent aux rencontres sur chaque lieu de reportage.
les enfants participent aux rencontres sur chaque lieu de reportage.
Pendant le voyage, des reportages sont diffusés sur de grandes chaînes de télé. Toute la famille trime dur pour préparer les sujets, filmer et refilmer, discuter, rencontrer, comprendre. "Nous avons voulu prendre un mois pour rester à chaque endroit et rencontrer les gens".

Après de telles rencontres on ne peut pas se taire

Le deuxième tome du livre racontant le voyage.
Le deuxième tome du livre racontant le voyage.
"Un jour, raconte Laurent, on était au bord du lac Baïkal en train de lancer un sujet, quand j'ai repensé que 15 ans auparavant, à cet endroit, il y avait le goulag... Et 5000 associations ont germé là depuis... Alors quand on revient d'un voyage comme ça, on se rend compte qu'on ne peut pas se taire. Le monde nous apparaît comme un extraordinaire champ de bonnes pratiques, et je rêve d'une société qui sache moissonner tout cela".
Au retour, les Cherisey ont voulu témoigner et raconter l'histoire de ceux qu'ils avaient rencontrés dans les deux tomes d'un livre, Passeurs d'espoir, quel monde pour nos enfants ? aux Presses de la Renaissance. On peut aussi retrouver le récit de leur voyage et se procurer les DVD de leurs reportages sur leur site www.passeursdespoir.org

Samedi 8 Juin 2013

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