Ingrid Betancourt : une femme libre


Ingrid Betancourt est libre. Le 2 juillet, la nouvelle a envahi les ondes du monde entier. Le 30 novembre dernier, une vidéo la montrant épuisée et une lettre poignante adressée à sa mère avaient enfin apporté les preuves que l’otage franco-colombienne était en vie. Depuis, les opérations pour la faire libérer s'étaient heurtées à un mur jusqu'à ce jour de juillet 2008. Mais qui est cette Ingrid Betancourt qui est apparue, rayonnante, après plus de six ans de détention ? Qui est cette femme dont le sourire est devenu le symbole de la lutte pour la Colombie ?




Une lettre d'une profondeur incroyable : ici, nous vivons comme des morts

Ingrid Betancourt : une femme libre
Elle est devenue en quelques temps l’icône de la lutte pour la libération des quelques 3000 otages détenus par les guerilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Depuis 2002, sa famille et beaucoup de ceux qui la soutenaient se battaient pour obtenir sa libération. Le 30 novembre 2007, on avait retrouvé sur un membre présumé des FARC arrêté à Bogota, une vidéo d’Ingrid et une lettre adressée à sa mère. On y lisait et voyait l’otage épuisée, tant physiquement que moralement. « Ici, nous vivons comme des morts », dit-elle dans sa lettre d’une profondeur incroyable. Des rumeurs la disent ensuite très malade, à bout de forces même et l'on du mal à croire que c'est la même femme qui apparaît, rayonnante et émue, au matin de sa libération le 2 juillet 2008. Encore une fois, Ingrid surprend. Qui est-elle donc ?

Fille de l'ambassadeur de Colombie à l'UNESCO

Ingrid Betancourt : une femme libre
Née à Bogota en 1961, Ingrid Betancourt suit son père à Paris où celui-ci est ambassadeur de Colombie à l’UNESCO. Elle y passera la plus grande partie de son enfance. Après de brillantes études de sciences politiques à Paris, Ingrid épouse un diplomate français, Fabrice Delloye. La mère d’Ingrid, Yolanda Pulecio, est députée et conseillère du futur candidat à la présidence, Luis Carlos Galan, un homme intègre qui prône l'extradition des narcotrafiquants et qui sera assassiné en 1990. Très affectée par cet événement, Ingrid comprend que son cœur est toujours resté en Colombie. Elle décide alors de rentrer à Bogota avec ses enfants, et divorce de son mari Fabrice Delloye.

Députée, elle se bat contre la corruption

Ingrid Betancourt : une femme libre
Elle n'a que 29 ans lorsqu'elle est engagée au ministère des Finances et qu'elle y découvre la toile de fond d'une gigantesque corruption. Le chemin à suivre est clair : s'infiltrer dans le milieu politique pour mieux dévoiler aux Colombiens les causes profondes de la guerre civile et de la pauvreté. Elle se présente aux élections législatives et c'est le succès immédiat car sa foi en l'avenir et son intégrité séduisent des milliers d'électeurs. Candidate à la Chambre des députés en 1994, elle mène sa campagne contre la corruption jusque dans les rues les plus malfamées de la capitale et défraie les médias avec un score exceptionnel. Au parlement comme à la télévision, la jeune député dénonce sans détours les dirigeants compromis avec la mafia. « Le montant de la corruption, déclare-t-elle, atteint 18 milliards de francs… l'équivalent de deux fois le budget social, éducation, santé et logement, prévu pour l'an 2000. »

Elle fonde un nouveau parti, Oxigeno, et porte l'espoir de tout un peuple

Ingrid Betancourt : une femme libre
Mais Ingrid va plus loin, plus haut. Ses investigations la conduisent jusqu'au président de la République, Ernesto Samper. Preuves à l'appui, elle prétend qu'il a financé sa campagne électorale grâce aux narcotrafiquants. Et lorsqu'elle découvre par la suite que la corruption s'est infiltrée au cœur même du procès de Samper, elle entame une grève de la faim dans les couloirs du Parlement provoquant immanquablement une immense prise de conscience au sein de l'opinion publique. C'est l'époque où elle fonde un nouveau parti au nom révélateur, Oxígeno. Car tel est l'incroyable défi de cette jeune femme qui porte désormais l'espoir de tout un peuple : assainir le pays le plus corrompu d'Amérique latine.

Candidate aux présidentielles : No mas secuestros, plus d'enlèvements !

Ingrid Betancourt : une femme libre
En 1998, à l'âge de 37 ans, Ingrid devient le sénateur le mieux élu de Colombie mais en même temps le plus exposé. Car malgré la protection de ses gardes du corps qui lui ont permis d'échapper à deux attentats, Ingrid sait qu'elle peut succomber à chaque instant aux balles d'un “sicarios”. Mais prête à donner sa vie pour l'avenir de son pays, elle défie la peur et poursuit son combat « la rage au cœur ». « Je crois trop en ce que je fais pour que même le risque de la mort puisse m'arrêter écrit-elle. Je porte sur mes épaules l'espoir de beaucoup de Colombiens, trop de Colombiens ». Une responsabilité qui l'a poussé à faire « les choix les plus douloureux » dont celui de se séparer régulièrement de ses enfants... Elle, la libérale, soutient la candidature du conservateur Andrès Pastrana aux présidentielles de 1998 et lui permet d’être élu de justesse président de la République de Colombie. Mais le nouveau président ne tient pas les promesses qu’il avait faites à Ingrid, et celle-ci passe très vite dans l’opposition.
C’est en 2002 qu’elle se présente à son tour aux présidentielles colombiennes. Sa politique vis-à-vis des FARC est claire : d’accord pour négocier, d’accord pour un échange de prisonniers, mais avant toute chose, « no mas secuestros », « plus d’enlèvements », comme elle le dira encore au chef historique des FARC, le général Marulanda, et ce dix jours avant son propre enlèvement. Pourtant il y a 5 ans, cette femme pouvait encore sourire. Elle est alors l’étoile montante de la politique colombienne. La plus jeune député élue du pays. L’espoir de beaucoup de Colombiens.

Le 21 février 2002, elle part soutenir des habitants de la zone des FARC

Ingrid Betancourt : une femme libre
Le 21 février 2002, le président Pastrana, après l’enlèvement spectaculaire d’un sénateur colombien par un commando des FARC, lance une offensive sur la zone démilitarisée accordée à l’époque aux FARC. Les combats sont violents, l’armée gagne du terrain. Le surlendemain, samedi 23 février 2002, Ingrid se lève tôt, et part avec son équipe de campagne pour aller soutenir les habitants de San Vicente del Caguán, la capitale de la zone des FARC au cœur des affrontements. La petite troupe prend tout d’abord l’avion, et se retrouve quelques heures plus tard à seulement 150 km de San Vicente, à l’aéroport de Florencia. Alors qu’Ingrid essaie de négocier un hélicoptère de l’armée pour se rendre en toute sécurité à San Vicente, l’avion présidentiel atterrit à son tour, en sort le président, qui passe devant Ingrid en faisant mine de ne pas la voir, monte dans son hélicoptère et s’envole direction San Vicente, tandis qu’Ingrid reste au sol.

Elle pense pouvoir convaincre les FARC de la laisser passer...

Ingrid Betancourt : une femme libre
Comprenant qu’on l’empêche d’aller à San Vicente et qu’elle n’obtiendra rien du gouvernement, elle prend la voiture avec une partie de son équipe de campagne, dont sa plus proche collaboratrice Clara Rojas, et prend la route cabossée de San Vicente. Elle sait qu’ils seront d’un moment à l’autre stoppés par un barrage des FARC. Mais elle pense pouvoir les convaincre de les laisser passer, car elle sait la bonne opinion que les guerilleros ont d’elle. Au bout d’une centaine de kilomètres, ce qui devait arriver arrive, et les voilà bloqués par un barrage des FARC, qui leur demande de faire demi-tour. Elle demande à parler au commandant. C’est alors qu’un des jeunes guerilleros du checkpoint saute sur une mine dans un fossé du bord de route. C’est cet évènement qui sera à l’origine de la fin tragique de l’équipée d’Ingrid. Immédiatement, Ingrid se propose d’emmener le mourant à l’hopital. Deux guerilleros prennent place à l’arrière du pickup, et la guident en direction d’un hôpital de campagne.

Clara Rojas, l'assistante d'Ingrid Betancourt
Clara Rojas, l'assistante d'Ingrid Betancourt
Ce qu’Ingrid et ses amis ne savent pas, c’est qu’ils se dirigent tout droit vers le cœur de la région FARC, vers leur quartier général. C’est alors que les guerilleros font arrêter la voiture, séparent Ingrid des deux hommes avec elle et de Clara Rojas. Tout le monde a compris ce qui vient de se passer. Clara Rojas exige et obtient de pouvoir rester comme otage avec son amie. Les deux hommes doivent marcher et partir sans se retourner. Ingrid et Clara sont désormais prisonnières des FARC. Leur calvaire ne fait que commencer.

Une vidéo alarmante, une lettre, et beaucoup d'espoirs déçus

Ingrid Betancourt : une femme libre
Ses proches restent d'abord des mois sans nouvelles. Nul ne sait exactement où se trouvent les deux femmes. Au milieu de la jungle colombienne, dans un campement de fortune, derrière des barbelés installés à la hâte, dormant dans des hamacs sous des toiles camouflées… Mais où ? Le 30 août 2003, une cassette la montrant vivante et en bonne santé rassure ses proches et ses enfants. Puis, plus aucune preuves de vie, uniquement des rumeurs, des promesses de la part des FARC, des témoignages d’anciens otages. Et cela durant quatre ans ! Jusqu'à ce 24 octobre dernier, date approximative de la cassette du 30 novembre 2007, où l'on redécouvre Ingrid. Amaigrie, méconnaissable, mais en vie. Mais pour combien de temps ? Fin décembre, les FARC annoncent finalement leur décision de libérer quelques otages. Le 10 janvier, deux femmes dont Clara Rojas, qui a eu un enfant en captivité sont libérées (lire notre article). L'espoir renaît, les négociations s'intensifient, jusqu'à ce que le gouvernement français, alerté par des mauvaises nouvelles sur l'état de santé critique d'Ingrid envoie en avril 2008 un avion humanitaire pour tenter de l'arracher aux griffes de la guerilla. Encore une fois, ce qui paraît être la mission de la dernière chance échoue.
Le seul espoirt semble être alors l'affaiblissement progressif des FARC dont on apprend en mai 2008 que leur chef historique, Manuel Marulanda est mort, en mars 2008. Malgré l'arrivée d'un successeur, Alfonso Cano à la place de chef suprême, il est clair que les guerilleros sont las d'un combat qui n'aboutit pas. Les désertions se multiplient et, comble, le président vénézuélien, Hugo Chavez, annonce en juin 2008 qu'il ne soutient plus cette lutte armée, lui qui avait été très proche.

Enfin libérée, en juillet 2008 !

C'est dans ce contexte que tombe, le 3 juillet au matin, la nouvelle de la libération d'Ingrid. Libérée avec 14 autres otages dont trois Américains par l'armée colombienne que l'on n'attendait plus ! (lire le récit de l'opération). Encore une fois, Ingrid surprend : on l'attendait malade et accablée, elle apparaît rayonnante et forte. Aussitôt arrivée sur le tarmac de Bogota où l'a conduite l'hélicoptère qui l'a libérée, elle donne une conférence de presse. Elle remercie. Dieu d'abord, puis sa famille, le monde entier, les moyens de communication en particulier dont elle dit que sa libération est leur "victoire". Elle dit son émotion. Elle n'a pas fini de raconter.

Jeudi 3 Juillet 2008
Alexis

Témoignages | Initiatives | Coin philo | Portrait | Citations | Spiritualité





Vos articles préférés !


S'abonner à la newsletter gratuite