Educateurs auprès des migrants hispanos


Le jeune couple vit dans une caravane, à "Little Mexico", un quartier d'immigrés hispanos de la banlieue d'Atlanta aux USA. Envoyés pour deux ans par une ONG catholique (FIDESCO), Romain et Renaildes tentent d'aider ceux qui échouent aux portes du plus riche pays du monde. Romain est architecte de formation. Renaildes, elle, est brésilienne, familière des favelas latino-américaines. Loin de les avoir freinés, l'arrivée d'un bébé, en mai 2007, les a aidés à s'intégrer à la vie des migrants. Ils racontent.




Pouvez-vous nous raconter votre arrivée et votre installation ?

Educateurs auprès des migrants hispanos
Nous avons eu une installation un peu particulière puisque nous avons trouvé notre maison lors des visites du quartier "Little Mexico", un quartier de souffrance de Gainesville, petite ville de la banlieue d'Atlanta. Il est peuplé en quasi totalité d'immigrés hispanos. Notre arrivée a donc suscité des réactions. Certains sont restés méfiants pendant un moment. Un blanc aux cheveux blonds avec une femme latino, ça ne pouvait être selon eux que la police... D'autres ont pensé que nous étions des représentants d'une église protestante venant ouvrir un nouveau lieu de culte. Après avoir eu la certitude que nous n'étions ni de la police, ni des pasteurs, ni des trafiquants, mais bien des éducateurs au service de l'Eglise catholique, la majorité nous a ouvert grand les bras et le coeur. En posant nos deux sacs à dos dans notre mobil home vide, nous avons expérimenté la providence à travers la générosité des petits et des humbles aux Etats-Unis.
La grossesse de Rena et notre état relativement démuni nous ont valu une adoption expresse. Pendant quelques semaines, nous avons vu défiler les voisins, les paroissiens et les gens rencontrés dans la mission qui venaient nous apporter des meubles, des ustensiles de cuisine et des habits pour l'hiver.

Quelle est votre mission ?

Les éducateurs proposent des activités aux enfants souvent livrés à eux-mêmes.
Les éducateurs proposent des activités aux enfants souvent livrés à eux-mêmes.
C'était pour nous une interrogation quand la FIDESCO (1) nous a envoyés aux Etat-Unis. Trouverions-nous des démunis au milieu d'un pays comblé de richesses matérielles, de sécurité, de bien-être extérieur ? Cela a été une surprise pour nous de retrouver ici des enfants qui jouent dans la rue, des mamans qui vivent dehors, des maisons aux portes grandes ouvertes pour ceux qui savent y frapper ! Nous avons retrouvé cet éclat de la vie "pauvre mais heureuse" de ceux que nous appelons à tort "les plus démunis". Oui, "l'éclat des humbles" est bien le même ici dans notre quartier de Little Mexico aux Etats-Unis, que dans nos favelas du Brésil ou dans nos cités de France. Mais grande aussi a été notre surprise de découvrir la profondeur de leur blessure. Les symptômes de la pauvreté sont similaires à ceux des pays du tiers-monde que nous connaissons : l'alcool engendrant la violence familiale, la drogue piégeant tant de jeunes avec dans son sillage, armes, argent facile et guerres de gangs, la prostitution à l'air libre blessant hommes et femmes dans leur dignité. Il y a urgence. C'est donc avec empressement que nous nous sommes mis au travail. Oui, un peuple de démunis existe bel et bien aux Etats-Unis, et comme le rappelle Benoit XVI, "L'amour sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste. Il y aura toujours de la souffrance, qui réclame consolation et aide. Il y aura toujours de la solitude. De même, il y aura toujours des situations de nécessité matérielle, pour lesquelles une aide est indispensable, dans le sens d'un amour concret pour le prochain."

Comment une telle précarité est-elle possible aux Etats-Unis ?

Le matin, Romain et Renaildes servent un café aux migrants sur la route.
Le matin, Romain et Renaildes servent un café aux migrants sur la route.
Pour vous en parler, voici une anecdote. Nous servons un café le matin à des travailleurs immigrés attendant sur le bord de la route une éventuelle embauche. Ce matin, nous avons rencontré Jay et Nicky, un couple d'Américains dénotant quelque peu au mileu de tous les Mexicains. Jay a 37 ans, il est né en Floride, Nicky en a 21 et a fui la maison pour suivre Jay. Ils sont arrivés à Gainesville il y a quelques semaines. Pensant trouver du travail rapidement, Jay a opté pour la solution de dépannage : habiter un mobil home de notre quartier ! Les jours ont passé mais personne n'a embauché Jay. Aux Etats-Unis, on paye moins un Mexicain (pour un travail qu'un Américain ne voudrait pas faire et pour lequel il demanderait un salaire plus élevé). Jay et Nicky n'arrivant plus à payer leur modeste loyer, ils ont dû quitter leur mobil home. Ils se sont adressés au foyer de l'Armée du Salut mais n'ont pu fournir le certificat de mariage nécessaire pour pouvoir partager une chambre.
Jay et Nicky nous ont confié qu'ils dormaient depuis une semaine dans les bois à quelques minutes de chez nous, sans tente, ni de quoi faire cuire leur nourriture. Ce matin, Jay a trouvé du travail pour la journée ! Nous étions heureux de le voir partir travailler mais ce n'était pas tout à fait le cas pour Nicky. "Jay m'a laissée toute seule, je ne sais pas où aller, je parle pas espagnol et je sais trop bien ce que la rue est capable de me réserver. Je peux rester avec vous ?" Nous avnos donc passé la journée avec Nicky. A son retrour du boulot, Jay est venu chez nous retrouver Nicky. Il a pu manger à sa faim et prendre une douche !
Nous les avons laissés repartir tous les deux. Jay avait trouvé une voiture dans laquelle ils pourront dormir ce soir... Notre mission ne fait que commencer.

(1) : Renseignements www.fidesco-international.org

Mardi 7 Août 2007

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