Bizutage : quatre étudiants lourdement condamnés



Le tribunal correctionnel de Paris a condamné quatre étudiants à huit mois de prison avec sursis et 8000 euros d'amende pour des actes de bizutage intervenus en octobre 2011 à l'université Paris-Dauphine. Un verdict sévère qui veut servir d'avertissement.





Bizutage : quatre étudiants lourdement condamnés
Le verdict est tombé le 7 juillet pour les quatre étudiants, et il est plutôt sévère. Le tribunal les a bien reconnus coupables de "bizutage", un délit puni par la loi depuis 1998 mais souvent dissimulé derrière des "rituels" potaches.

Cette fois, les quatre étudiants écopent de huit mois de prison avec sursis et de 8000 euros de dommages et intérêts qui seront à verser à la victime. De plus la condamnation restera inscrite sur leur casier judiciaire, contrairement à ce qu'avaient requis leurs avocats.

Les juges ont manifestement voulu marquer le coup. En octobre 2011, les jeunes condamnés avaient soumis un arrivant de première année qui voulait intégrer leur association étudiante (la Japad) a un traitement plutôt spécial : le jeune homme avait dû enlever sa chemise, baisser son pantalon, boire des bières cul-sec... les mains attachées dans le dos sur un manche à balais, il s'était vu graver dans le dos avec une capsule de bouteille le mot "Japad" en lettres de sang.

Dès le lendemain, l'étudiant portait plainte pour bizutage.

Un rituel débile

En 2011, l'affaire avait alors fait grand bruit. A Paris-Dauphine, l'association étudiante Japad avait été dissoute et de nombreuses activités de loisirs annulées au grand dam des étudiants.

Le président de l'université, Laurent Batsch, avait alors rapidement pris ses distances avec ce type de pratique, et les bizuteurs avaient été traduits en conseil de discipline.

Mais la justice, toujours lente à faire son oeuvre, n'a rendu son verdict final que deux ans et demi plus tard. Lundi 2 juin 2014, les prévenus et l'étudiant bizuté se sont donc retrouvés en audience, devant la 10ème chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Certes, les accusés ont tous présenté leurs excuses à la victime. Ils ont bien reconnu les faits. Mais leur ligne de défense n'a pas adouci les juges bien au contraire : ils ont invoqué la "tradition", un "rituel débile" qui leur avait été infligé à eux-mêmes et qu'ils ont reproduit sans se poser de question, "sans prendre de recul", parce qu'on ne leur avait pas donné l'ordre d'arrêter !

La fin de l'impunité pour les bizuteurs ?

C'est sans doute cette impression d'impunité, une forme d'inconscience face aux gestes posés ("On n'avait pas l'impression d'être des délinquants) qui a poussé les juges à choisir un verdict sévère, pour que les actes de violence caractérisés ne soient pas banalisés.

Le pro­cu­reur avait requis trois mois de pri­son avec sur­sis et 1.000 euros d'amende contre cha­cun d'entre eux, esti­mant que leur res­pon­sa­bi­lité était "la même". Le tribunal a forcé la sanction, et condamné plus sévèrement l'étudiant ayant scarifié le dos de son camarade en le reconnaissant coupable de "violences aggravées", ses camarades de "complicité de violence".

Sans doute le tribunal a-t-il voulu que son verdict ait valeur d'exemple et fasse réfléchir les bizuteurs potentiels au sens de chacun de leurs gestes. Le "on a toujours fait comme ça" ne passe plus, qu'on se le dise.


Mardi 8 Juillet 2014

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