Jeunes, intellos, Altercathos : le monde a des questions, ils cherchent des réponses



A l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, un groupe de jeunes catholiques fait dans la provocation. Mais pas n’importe quel genre. Ils ont fondé les "Alternatives Catholiques". Un lieu étrange où ces "AlterCathos" se creusent la tête pour répondre à toutes les questions fondamentales qui vous passent sous le nez.




Parmi les AlterCathos, Marguerite Saccoman et Paul Colrat, le fondateur, son bébé dans les bras.
Parmi les AlterCathos, Marguerite Saccoman et Paul Colrat, le fondateur, son bébé dans les bras.
Nous y avons jeté un œil, et garantissons une chose. Les alternatives catholiques sont un lieu où bazarder les conventions semble la règle du jeu. Lorsqu'ils annoncent une conférence sur le féminisme, attention. Leur flyer arbore une Jeanne d'Arc… à bras d'honneur ! Lorsqu’ils montent un spectacle sur la fête religieuse de la Toussaint, le titre est forcément rentre-dedans et le ton loufoque : "Montrez-nous vos saints". 

Paul Colrat, 25 ans, agrégé de philosophie et fondateur, et Marguerite Saccoman ont accepté de répondre à nos questions. Nous nous sommes rendus rue de la charité à Lyon, au local des "Alters". Une rue qui porte bien son nom. Ce sont de sacrées tronches, mais ils sont surtout doux et attachants. La fraicheur sur les visages et l'espérance nichée dans le fond des yeux.

Comme ils n’ont peur de rien, ils nous parlent sans langue de bois. Accrochez vos tapis de souris.

A qui s'adresse les Alternatives catholiques?

Paul et Marguerite : "Pour commencer, cela s'adresse à tous les chrétiens qui se posent des questions. L'idée principale est de développer le laïcat. Un "gros mot" pour désigner l’engagement des jeunes catholiques dans la vie publique. Beaucoup d'entre eux ne sont pas formés. Notamment en histoire, en théologie, et puis, cela a son importance, en rhétorique ! Nous organisons donc des séries d'ateliers, des conférences-débats et des forums sur différents sujets.

Par exemple, cette année, on avait quatre ateliers de dix séances chacun :
- Sur la DSE (en venant au premier atelier vous apprenez que c'est le petit nom de la "doctrine sociale de l’Eglise", car l’Eglise a une doctrine sociale !),
- le genre (mais si vous savez ! ce sacré morceau dans les débats l'an dernier !),
- les mythes historiques anticatholiques (parce que c'est fou le nombre de gens qui pensent que Galilée a été brûlé et que Pie XII aimait beaucoup Hitler),
- L'action directe. Là pour le coup, on cause de manifestations, des différents types de manifestations, et d'action de rue, comme les tags.
 En plus de ça (je vous ai dit qu’on était partout), nous avons une conférence par mois sur un sujet un peu casse-tête, type l'euthanasie, les Roms, ou l'école privée.

Mais n'allez pas croire qu'il faut être baptisé pour venir nous voir ! Il y a quelques jours, nous avons fait un atelier avec la communauté étudiante musulmane du coin !

Qu’avez-vous fait concrètement pour que le projet prenne forme ?

A la base, c'était une demande du Vatican, qui voulait prendre le pouvoir en France (Rires). Non, en fait, c'était en 2011, une année électorale où tout nous poussait à réfléchir à la politique. On ne voulait pas tomber dans la schizophrénie qui consiste à dire : je suis catholique chez moi dans ma chambre fermée à double tour, mais à l’extérieur je suis un individu neutre et aseptisé.

Après, tout s'est fait naturellement. Au début on se réunissait une fois par mois  pour réfléchir à divers sujets d’actualité (l’école, la laïcité, le libéralisme, la prison, le respect de la vie, etc.). Puis les choses ont pris de l'ampleur, et on se retrouve maintenant à organiser des formations chaque semaine sur les sujets les plus divers. Il y a même une formation à Twitter !
Jeunes, intellos, Altercathos : le monde a des questions, ils cherchent des réponses

Réunir des jeunes catholiques autour d’un atelier de formation intellectuelle est un pari. Comment expliquez-vous que les jeunes aient tant besoin d'être formés ?

Comme on l'a dit dans le teaser (voir ci-dessous) qui annonce la saison 2014-2015, on vit une époque où "le monde a des questions, et les chrétiens doivent avoir des réponses". En ce qui me concerne, je ne peux mettre les pieds nulle part avec ma médaille autour du cou sans qu'on vienne me demander de rendre personnellement des comptes sur les Croisades ou la pédophilie des prêtres. Moi, je ne me débrouille pas trop mal, parce qu’au fil du temps, je me suis formée à répondre à ce genre d'attentats.

Mais je pense que de nombreux catholiques sont encore dans un désarroi total et n'en savent pas plus que leur interlocuteur. Il faut  donc démarcher, se former à la théologie, à la doctrine sociale de l'Eglise, à l'histoire, essayer de comprendre comment mon interlocuteur pense, et lui expliquer notre vision des choses. Accessoirement, lui en mettre plein la vue aussi. C'est un sacré boulot.


Mais n'avez-vous pas peur d'une saturation des ateliers de formation (il y en a plein), au risque d’oublier l’essentiel pour un chrétien, la charité ?

Qu'on soit clairs : il faut qu'il y en ait pour tous les goûts dans les associations. Tout le monde ne peut pas tout faire. Est-ce qu'on va reprocher au Secours Catholique de ne faire que de la charité et aucune formation ? On ne reproche pas non plus à une association qui défend les animaux de ne pas s’occuper des enfants qui meurent de faim, même si elle trouve ça scandaleux aussi. Tout le monde ne peut pas tout faire, et c’est normal !

Par ailleurs, je vous trouve bien prompt à opposer la formation et la charité… La notion de charité n'est pas le nom poli qu’on donne à l'aide financière accordée aux autres. Invitez-vous à un atelier DSE, vous comprendrez que former les catholiques à diffuser le message de l'Eglise est aussi une œuvre de charité ! La charité c'est "l'essentiel", mais Jésus-Christ notre grand manitou a aussi dit "Allez parmi les nations". C'est ce que nous essayons de faire.

Vous dites que la question sociale est importante pour vous, mais la plupart d'entre vous sont étudiants à la prestigieuse Normale Sup : des intellos pour qui mettre la main à la pâte n'est pas la chose la plus évidente ?

Jeunes, intellos, Altercathos : le monde a des questions, ils cherchent des réponses
Il ne faut pas vivre dans l'illusion que les gens qui sont à l'ENS sont des intellos purs et durs. A vrai dire, ils sont capables de changer une ampoule ou de discuter avec un mécréant qui n'a pas fait les mêmes études qu'eux. Plusieurs d’entre nous ont beaucoup de frères et sœurs, ont été scouts, ont fait des missions humanitaires bénévoles et cumulent avec d’autres engagements associatifs.

"L'idée, c'est de partager socialement l'intelligence, qu'elle ne soit pas réservée à une élite"

Les Alternatives catholiques est un groupe qui ne se pense pas  comme un "crew" de normaliens. C'est sûr que pour animer certains débats, avoir une bonne formation est évidemment de rigueur.

Mais l'idée fondamentale, c'est tout de même de partager socialement l'intelligence et d'empêcher qu’elle soit réservée à une pseudo-élite.

Vous avez choisi de vous appeler Alternatives catholiques. Mais que peut bien signifier "alternatives", quand on sait que "catholiques" est déjà lui-même un mot un peu obscur ?

"La mort est morte" tag réalisé par l'atelier d'action de rue au matin de Pâques
"La mort est morte" tag réalisé par l'atelier d'action de rue au matin de Pâques
Catholique veut dire "universel" en grec. Notre devise est : "tout ce qui est universel est nôtre". Cela veut dire que lorsqu'on réfléchit à la politique, quand on lit des penseurs politiques, on ne se dit pas "est-ce qu’il est catho ?", mais "est-ce que c’est vrai ?". Ou encore "en quoi ça peut faire progresser la situation actuelle ?".

C'est pour ça que le mot "alternatives" nous convenait bien : on ne veut pas être dans une attitude d'opposition systématique, du genre "les cathos contre la monde moderne", mais plutôt "quelles propositions politiques les cathos peuvent-ils faire à la modernité ?"

Et puis dans "alternatives", il y a "altérité" : les cathos sont toujours un peu différents, jamais totalement à droite, ni totalement à gauche. Je crois que la modernité a besoin de cette altérité.

Pour en savoir plus : http://lesalternativescatholiques.fr/

15 Juillet 2014
Paul Piccarreta

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