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Jean et Yvonne D. : ils se souviennent de 1940


En juin 1940, Yvonne a 19 ans. Elle a 5 frères et soeurs dont Jean, plus jeune qu'elle. Sa famille vit dans une grande maison à Saint-Germain-en-laye mais dès la déclaration de guerre en septembre 39, leur vie est bouleversée.




Parade des troupes allemandes à Paris en juin 40 © CC /Wikimédia
Parade des troupes allemandes à Paris en juin 40 © CC /Wikimédia
"Comme chaque année, l'été 1939, raconte Yvonne, nous passions les vacances à la montagne, dans notre chalet des Tines, près de Chamonix. Or en septembre 39, notre chalet a été réquisitionné par l'armée française, car nous avions 4 garages où les cavaliers pouvaient installer leurs chevaux et leurs mules... Au début, cela nous amusait d'ailleurs beaucoup, car les officiers nous promenaient à cheval dans le bois dit  "de Paradis".

Et puis un jour, à la déclaration de guerre avec l'Allemagne, le capitaine nous a dit que nous devions partir dans les 24 heures, car on pensait que l'Italie allait déclarer la guerre à la France. Mon père était reparti à Paris pour son travail, et ma mère s'est retrouvée avec ses six enfants et une nièce dans le train pour Saint-Gervais, puis on nous a mis dans un wagon à bestiaux ! Il était décidé que nous irions à Chateauroux où vivaient nos grands-parents. Le voyage a duré trois jours et trois nuits, car le train s'arrêtait tout le temps ! Je me souviens qu'à Saint-Etienne, le quai était plein de soldats qui venaient d'être mobilisés, et dont un bon nombre étaient ivres. Un officier est venu nous protéger, et nous avons fini par arriver à Chateauroux".

Le lycée avait été réquisitionné comme hôpital militaire

"On a donc repris l'année scolaire 39-40 à Chateauroux, mais le lycée avait été réquisitionné pour servir d'hôpital militaire, et les cours avaient lieu dans un centre social et au Palais de justice. Avec les réfugiés, les classes pouvaient être de 60 à 100 élèves. Il y avait un tel désordre, que l'on m'a finalement retirée du lycée et donné des cours par correspondance. J'aimais beaucoup car nous avions tous les après-midis libres !"

"Il faut dire que nous étions jeunes et malgré la situation, on essayait toujours de voir les bons côtés et de s'amuser, raconte Jean, le frère d'Yvonne, qui a l'époque n'a que 14 ans. Le soir, par exemple, on ne devait laisser aucune lumière filtrer des fenêtres, soi-disant pour que les Allemands ne puissent pas repérer la ville, et la défense passive patrouillait dans les rues avec des sifflets pour contrôler. Nous trouvions cela très drôle et avec mon frère, on s'étaient acheté un sifflet..."

L'exode, c'était un spectacle de détresse profonde

"Et puis, la guerre s'est vraiment déclenchée au printemps, et en juin 40, à Chateauroux, nous avons vu arriver beaucoup de Français qui fuyaient devant l'avancée allemande. Ils étaient à pied, en vélo, en voiture avec des matelas sur le toit, et c'était un spectacle de détresse profonde ! Les gens ne savaient pas du tout où ils allaient, ils campaient entre la gare et l'église, sur la place Voltaire derrière l'église Saint-André, et des organismes de bienfaisance leur distribuaient de la soupe."

"Je me souviens, dit Jean, que l'on voyait aussi passer des camions de militaires. Ils étaient sans armes, quasiment sans uniforme, on ne savait plus s'ils étaient démobilisés ou pas, c'était la pagaille. J'ai le souvenir terrible d'une pauvre femme belge, assez jeune, qui s'est mise à courir après un camion parce qu'elle avait cru reconnaître son mari. Le camion ne s'est pas arrêté, et elle était dans un état pitoyable. Nous l'avons recueillie durant deux-trois semaines chez nous, puis elle a dû être hospitalisée et on ne l'a jamais revue".

J'ai vu mon grand-père pleurer pour la première fois

"Et puis, poursuit Jean, il y a eu ce jour terrible de juin où à la radio, le maréchal Pétain a dit : «J'ai été avec vous dans les jours glorieux, je suis avec vous dans les jours sombres» et il a annoncé que l'on avait signé l'armistice. Nous écoutions ça en famille, et là, mon grand-père s'est mis à pleurer. Je n'avais jamais vu mon grand-père pleurer !
C'était une déception horrible. Imaginez que mes deux oncles avaient été tués à la guerre de 14, alors que la France ait pu rendre les armes... On se disait qu'on ne capitule pas comme ça ! Nous étions tous profondément
abattus.

Nous avons aussi appris qu'un de mes oncles, qui avait été mobilisé, avait été fait prisonnier. Il était en Allemagne, à l'oflag 17A où étaient regroupés des officiers. On était très tristes car on l'aimait beaucoup, sa femme et ses enfants s'étaient aussi réfugiés à Chateauroux.
Notre père, lui, n'avait pas été mobilisé car il travaillait pour les industries de la grosse forge française chargées de fournir à l'armée des blindages d'acier pour les armements.
Il était donc « affecté spécial  ».

Les Allemands chantaient d'une façon extraordinaire

Ensuite, on a entendu à la radio que les Allemands étaient à Paris et qu'ils défilaient sur les Champs-Elysées. C'était horrible ! Mais ce qui nous a surpris malgré l'humiliation, c'était la qualité de leurs chants. Ils chantaient  d'une façon extraordinaire, et avaient une tenue, une discipline. ç'a aussi été un choc. On commençait à comprendre pourquoi on avait perdu la guerre.

Il faut dire que notre père était souvent allé en Allemagne avant 1939 et il nous avait prévenus. Il était effrayé de voir comme les Allemands étaient bien armés et il nous disait toujours qu'ils préparaient la guerre et que notre ligne Maginot ne servirait à rien car ils la contourneraient par la Belgique. Malheureusement les ministres qu'il rencontrait ne l'ont pas écouté et c'est ce qui s'est passé....

Notre maison était occupée par les Allemands

"Malgré tout cela, en août 1940, mes parents ont décidé que nous allions rentrer à Saint-Germain-en-laye, pour que la famille soit rassemblée avec mon père, et que nous puissions poursuivre nos études. Un camion de déménagement de la société Dudeffand de Chateauroux a accepté de nous prendre avec toutes nos affaires et nous avons passé la ligne de démarcation. Nous avons été contrôlés par les autorités françaises, puis une patrouille allemande. C'était la première fois que nous voyions des soldats allemands en France. Ils ont été très discrets, ont peint une marque rouge et blanche sur notre camion, et nous ont laissé passer...

Arrivés à Saint-Germain, notre maison était occupée par les Allemands, comme toutes les maisons du quartier d'ailleurs. Mon père s'est présenté à un officier allemand et a expliqué qu'il était le propriétaire. "Cette maison est la vôtre, monsieur, nous la quittons immédiatement", a répondu l'officier. Et nous sommes rentrés chez nous. Mais en descendant à la cave, nous avons vu que les Allemands avaient fracturé notre cave à vin et bu toutes nos bouteilles. Un détail nous a bien fait rire : ma mère conservait de l'huile d'olive dans des bouteilles de vin. Les Allemands avaient dû essayer d'en boire, car nous avons retrouvé les bouteilles cassées : ils les avaient écrasées de rage contre les murs !"

( Yvonne, Jean et leur famille sont restés à St-Germain-en-laye jusqu'à la fin de la guerre. Dans leur quartier, ils ont assisté à la construction par les Allemands  d'un abri qui devait servir à tout l'état-major  allemand qui contrôlait le front ouest jusqu'au mur de l'Atlantique. Un jour, avec un camarade, Jean s'est amusé à voler aux Allemands quatre émetteurs-récepteurs qui avaient servi à la Résistance. Ils les ont remis à un musée à la Libération et les émetteurs-récepteurs sont exposés au Mémorial de Caen.)

Retour aux autres témoignages : J'avais 20 ans en 1940

4 Juin 2019
Propos recueillis par Michèle Longour


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