"Je ne veux plus tricher" : les leçons de réussite d'un grand frère



Enfant de la banlieue, l'élève Emmanuel Kinzonzi a longtemps préféré la triche à l’effort. Aujourd’hui diplômé et entrepreneur, il raconte son parcours dans un livre et adresse à la génération Z un message coup de poing : pour réussir, stoppez la triche et n'esquivez plus le travail !




La vie d’Emmanuel Kinzonzi ressemble sans doute à beaucoup d’autres. Car ce qu'il raconte dans son livre Je ne veux plus tricher, des milliers, et même des dizaines de milliers de jeunes l’ont vécu comme lui.

C’est l’histoire d’un garçon puis d’un étudiant qui n'a pas envie de travailler et se débrouille toujours pour passer dans la classe ou le niveau supérieur. En tout cas jusqu'au bac. A force de triche, de tchatche, mais aussi d'audace et de plus en plus de volonté, il parvient jusqu’en école de commerce.

Alors de ce parcours semé d'échecs et de réussites, il tire de vraies leçons. Pour lui, désormais, rien ne sert de tricher dans la vie… Et ce grand frère de partager ses secrets de sagesse à ceux qui seraient tentés de suivre ses traces.
"Je ne veux plus tricher" : les leçons de réussite d'un grand frère

Une famille unie qui ne lui lâche pas la bride

Emmanuel est né en 1993 à Saint-Denis, puis a grandi à Villiers-le-Bel dans le Val-d’Oise, en banlieue parisienne.

Petit dernier trois enfants, il reste très proche de son frère et de sa soeur ainés malgré un écart d'âge important. Ses parents, d’origine congolaise, sont arrivés en France au début des années 1970. Son père est agent de l’Education nationale à la retraite et sa mère opératrice de saisie.

"Pour me la raconter auprès des copains, écrit-il non sans humour, je disais que papa était prof de français dans un lycée parisien". En fait, la situation familiale est très modeste et son père, raconte son petit dernier, "travaillait dur pour nourrir [sa famille] et grâce à ses efforts, même si on n’avait pas tout le temps ce qu’on voulait, on a toujours eu un toit au-dessus de notre tête et de quoi manger".

Mais c'est surtout une famille aimante qui ne lui lâche pas la bride et compte bien le voir réussir. 

Partisan du moindre effort…

Pourtant malgré la vigilance de sa maman et l’autorité paternelle, Emmanuel s’investit peu dans ses études. Au collège puis au lycée , pour avoir de bonnes notes, il est maître en anti-sèches, et souvent partisan du moindre effort : "Comme tout paresseux qui se respecte, écrit-il, j’aimais le facile, le vite fait, le non-compliqué et surtout le rapide".

En même temps, il envie les premiers de classe, ceux dont il pense qu'ils apprennent et se mettent au travail facilement. Et en fin de seconde, il supplie ses profs de le laisser passer en filière générale pour faire un bac ES, orientation plus prestigieuse à ses yeux que le bac technologique qui lui est proposé. Il passe en première ES, il se croit "sauvé".

Comme beaucoup de jeunes de sa génération, le luxe et l’argent le font aussi rêver. "Je [voulais] tout faire, se souvient-il, et surtout des métiers qui ramène du pognon : trader, agent sportif, acteur ou homme d’affaire". Il aime ce qui brille et il veut briller. Mais sans vraiment travailler. Vous voyez l'erreur ?

… Mais doué pour les relations humaines

En parallèle, il se rend compte que sa "tchatche" et sa facilité à entrer en contact avec les autres peuvent le servir. Il fait le pitre en classe et fait rire les autres et même les profs à leurs dépens.

En école de commerce, il deviendra même en deux semaines la coqueluche du campus... avant de faire ses valises faute d’avoir trouvé une entreprise en alternance.

"Si j’avais eu la même rage pour travailler à l’école que pour vendre des Nike, j’aurai eu le bac avec mention"

Autre talent : autant il "ne parvient pas à [se] concentrer [en cours], à délaisser les antisèches, à apprendre", autant il est à l’aise pour vendre des Nike à 50 euros dans tout Villiers-le-Bel. "Parfois, se souvient-il, il n’y avait pas moins de cent personnes autour de ma cargaison".

Avec le recul, il affirme aujourd’hui : "Si à l’époque j’avais eu la même rage pour travailler à l’école que pour vendre des Nike, j’aurai eu le bac avec mention. Car pour vendre, je ne lâchais rien : tant que je n’avais pas écoulé toutes mes paires, je n’étais pas bien."

Rattrapé peu à peu par le réel

Au lycée, par contre, il joue le moindre effort jusqu'au bout. Le spectre d'un échec au bac se rapproche... mais contre toute attente, il l'obtient de justesse. Ensuite, il décrochera un BTS Commerce international puis une licence et enfin un master en marketing.

Sur le papier, le cursus peut sembler linéaire. Mais en réalité, il n’en est rien. Que de galères ! Tout à la fierté d'avoir eu son bac, il s'embarque, sur la proposition d'un prof, vers une classe préparatoire aux grandes écoles pour des jeunes issus de quartiers populaires. Faire une prépa, c'est classe (!), et il continue de rêver, se mentant encore à lui-même sur son niveau scolaire.

L'échec est d'autant plus rude. Non admis en deuxième année, il se retrouve à Villiers-le-Bel, le nez dans ses faiblesses, ne sachant que faire.

Un parcours étudiant en forme de course d'obstacles

Commence alors pour lui un long chemin semé d'obstacles : pour faire son BTS, puis sa licence, il prend la voie de l'alternance qui lui parait, finalement, la plus adaptée à son profil. Il compte sur sa "tchatche" pour convaincre les recruteurs, mais doit se rendre à l'évidence : le bagout ne suffit pas toujours !! 

Il multiplie alors les désillusions, doit lâcher, faute de contrat, l'école de commerce qui l'avait accepté, se résoudre à des chemins moins brillants, moins rapides, moins faciles.

Mais au final, le jeune homme finit par avancer. Petit pas par petit pas, comme un sportif à l'entraînement, il muscle sa volonté. Les expériences en entreprise le font grandir, il s'accroche, il rebondit, et finit par découvrir, à sa façon, les grandes vertus du... travail.

Ce sont tous les enseignements de ce parcours mouvementé qu'il a voulu transmettre aux plus jeunes dans son livre. 

"Je ne veux plus tricher" : les leçons de réussite d'un grand frère
Un récit sensible et plein d'humour

C'est un récit qu'on dévore à toute vitesse tant il est savoureux. Dans les cent pages de son livre autoédité Je ne plus tricher, Emmanuel Kizonzi raconte son marathon scolaire et estudiantin, ses tricheries, ses galères, ses rêves et ses mésaventures. On le suit dans ses envois de CV, ses recherches de contrat d'alternance, ses premiers pas en entreprise et ses réorientations... 

C'est vivant, authentique, inspirant, et aussi plein d'humour car l'auteur sait rire de lui-même. On y glane de précieux enseignements sur la façon de mener son parcours et de trouver sa voie.

A lire si vous avez besoin d'un coup de boost pour rebondir ou tenir la distance.

Conseil 1 : Arrêtez de penser que vous pouvez réussir sans travailler !

Premier conseil du grand frère : "Quand tes parents te balancent : « Ce n’est pas en regardant la télé que tu vas y arriver » ou « Arrête de sortir et va étudier ! » : ils ont raison !" ; "Je n’aurais jamais cru pouvoir dire cela un jour !", témoigne aujourd'hui le jeune diplômé qui avoue cependant qu’il ne "prétend pas tout savoir" et qu’il a "encore beaucoup à apprendre".

En tout cas, à la lumière de son parcours, il est sûr d'une chose : il ne veut plus tricher car la triche est une solution de très court terme. Vient un jour où on est au pied du mur. Et la vie, elle, ne ment et ne triche pas.

Donc mieux vaut ne pas faire semblant et se mettre au travail avec honnêteté. "On ne réussit pas sans efforts" et croire que l'on peut "réussir sans travailler est totalement irrationnel", assène Emmanuel. 

Conseil 2 : A l'école, trouvez votre méthode de travail pour réussir

Deuxième conseil : les difficultés scolaires ne sont pas une fatalité, on peut les surmonter. Comme lui-même a connu des phases de découragement, il ne se fait pas moralisateur mais donne quelques pistes

Ainsi il invite ainsi chacun à "trouver sa propre méthode de travail". Bien des fois au lycée, puis lors de sa calamiteuse classe prépa, il se désole de ne jamais avoir "appris à apprendre".

Cela a rendu sa scolarité pénible et peu gratifiante. Et dans son récit, on lit entre les lignes quelques regrets... Le talent avec lequel il raconte son parcours montre d'ailleurs qu'il avait toute les aptitudes et la sensibilité pour réussir en classe.

Conseil 3 : Pour l'orientation, ne suivez pas les autres, faites vos propres choix

Mais "le plus important, dit-il, est d’accomplir les choses pour soi et non pour faire plaisir à ses parents ou à la société", écrit-il. On arrive sans doute là au coeur du message du grand frère.

Ne pas poursuivre des rêves de réussite dictés par les autres, mais trouver sa propre voie : "Ton choix d’orientation ne doit pas être influencé par ton orgueil, tes proches ou la société : ne te fais pas avoir par les paillettes", prévient le jeune homme.
 
​"Il n'y a pas qu'un seul chemin pour réussir"

Lui qui a tant souffert en filière générale puis en classe préparatoire sait de quoi il parle : "L’ambition ne veut pas forcément dire suivre les études les plus ardues", mais plutôt : "Choisis ce qui correspond à tes facultés réelles", assure-t-il

Il est en effet légitime d’avoir des rêves et de l’ambition. Mais, on ne peut les entreprendre qu’en étant libre. D’ailleurs, glisse-t-il, "il n’y a pas qu’un seul chemin pour réussir". Sous-entendu, les portes s’ouvrent quand on sait frapper aux bons endroits et qu’on sait ce qui est le plus adapté pour soi.

Conseil 4 : Apprenez à vous connaitre pour trouver ce qui vous convient

"Je ne veux plus tricher" : les leçons de réussite d'un grand frère
Pour savoir à quelle porte frapper, il faut apprendre à mieux se connaître. Savoir ajuster ses ambitions à son intérêt réel. Le parcours d'Emmanuel en est un bel exemple. Très vite, éclairé par son talent de vendeur de Nike, il sait qu'il veut "faire du commerce".
Mais pour trouver la route à emprunter, il doit  changer plusieurs fois de formation, d'école, voire même de pays.
 
"Ce n’est pas grave si tu ne sais pas toujours où tu vas dans tes études. Ça arrive aussi de se tromper et de s’en rendre compte en fin d’année."

"Au moins, poursuit Emmanuel Kinzonzi, cela t’apprend à savoir ce que tu aimes et ce que tu n’aimes pas".

Mais pour cela, il faut petit à petit découvrir qui l’on est et parfois ajuster ses objectifs. Emmanuel Kinzonzi, lui, a fini par trouver sa voie à travers un parcours de formation en alternance, un excellent moyen de tester un job sur le terrain et d'apprendre par le "faire".

Conseil 5 : Ne vous laissez pas réduire à vos échecs

Des échecs, Emmanuel en a connu depuis sa douloureuse année de classe prépa. Et des mauvaises notes, il en a récolté plus d’une.

Fort de son expérience, il délivre aujourd’hui un message assez clair là-dessus : Il faut savoir accueillir ses échecs sans se décourager. "Il ne faut pas prendre un 4/20 comme étant la définition de tout ce que tu es", écrit-il.

Autre exemple : quand on se décourage parce qu’aucun des CV que l'on a envoyés n’intéresse qui que ce soit. Dans ce cas, tempère Emmanuel, "même si on n’est pas pris, cela ne signifie pas qu’on est nul, mais qu’on ne possède tout simplement pas ce que l’entreprise recherche.
Il ne faut [alors] surtout pas tomber dans le défaitisme, ce n'est pas la décision d’un employeur qui détermine ce que l'on est."

Conseil 6 : Découvre ta vocation et acomplis-la !

Celui qui a grandi à Villiers-le-Bel l’assure : "La réussite n’est pas réservée à certains, on peut tous y arriver, cela n’a rien à voir avec l’obtention d’un diplôme". Car s'il ne dénigre pas les diplômes, les talents que l'on a priment selon lui sur l’obtention d’un sésame, aussi reluisant soit-il.

Finalement, l’être prime sur l’avoir. Autrement dit, ce que je suis (les talents que j’ai et que j’exploite) est plus important que ce que j’ai (la note qui sanctionne des connaissances).

"Travaille [donc] pour découvrir quel est ton don et quelle est ta vocation", conseille l’ancien "cancre". "En ce qui me concerne, j’ai compris que j’avais un bon relationnel et que je pouvais rassembler du monde. J’ai [ainsi] découvert mes passions : la mode et le sport entre autres. De même j'aime parler et encourager : je savais donc que mon futur métier se baserait sur le relationnel".

Il a fondé sa marque de montre et est devenu entrepreneur

La preuve qu'il ne s'était pas trompé, c'est qu'Emmanuel Kinzonzi a finalement mis tous ses talents au service d'un projet collant à 100% aves ses passions.

Aujourd’hui, il est entrepreneur. A la fin de ses études en 2018, il s’est associé avec un ami pour lancer une nouvelle marque de montre : Safnath Panéa, ce qui veut dire "Celui qui se révèle" en égyptien.

Comme si l’entrepreneur voulait montrer en acte que chacun a la possibilité de se révéler. A condition de se mettre au travail et de saisir sa chance.

 

22 Juin 2021
Joseph Vallançon


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