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Qu'est-ce qu'un chef ? Les leçons de leadership d'un général


Tags : engagement

Comment entraîner les autres vers un but commun ? Avec quelles méthodes, quelles valeurs ? Ancien chef d’Etat-major des Armées, Pierre de Villiers livre sa vision de l'autorité. Des pépites pour ceux qui rêvent de devenir des leaders.




© Sergey Nivens
© Sergey Nivens
"Cette jeunesse, je la sais d'un humanisme sincère, animée par de grands desseins, éprise de sens. (…) Les jeunes lycéens, étudiants, professionnels, attendent qu’on leur propose un avenir enrichissant, exaltant, et pas seulement une carrière pour gagner leur vie".

Qui parle ainsi ? Un sociologue de la jeunesse ? Un expert terrain, éducateur ou enseignant ? Non, c’est le général Pierre de Villiers, en conclusion de son ouvrage Qu’est-ce qu’un chef ? paru en novembre 2018 chez Fayard. L’auteur, aujourd'hui retourné à la vie civile après une carrière militaire de 43 ans terminée au grade le plus élevé, y instille sa vision de l’autorité.

Dans le monde du management et de l'entreprise, on parle plutôt de "leadership". Mais l'expérience et la vision de l’ancien chef  d’Etat-major des Armées sont assez larges pour parler à tous. Que l'on soit manager, militaire, entraîneur sportif, enseignant ou chef d'équipe, jeune pro ou plus expérimenté.

Etre d'abord celui qui fixe le cap, le sens de l'action

Cliquez sur l'image pour aller à la librairie
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Pour lui, devenir chef présuppose d'avoir une vision, qui permet de donner un sens et de fixer un cap. La finalité, le sens de l'action sont au cœur de son livre. Il reprend ainsi à son compte la phrase de Sénèque : "Il n'y a point de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va".

Cette vision et ce cap doivent s'inscrire dans "le temps long". Cela demande de la réflexion et de l'intelligence et surtout des temps de "pause et de respiration" pour laisser mûrir les choses.

Ce cap que tient le chef et qui le caractérise est, selon l'auteur, celui du stratège : "Pour entraîner derrière soi un ou deux collaborateurs, ou des dizaines, des centaines, des milliers, des millions de personnes, mieux vaut se préoccuper d’abord de stratégie...".

La stratégie, qui détermine la vision - elle-même jaillie de la réflexion ou de la contemplation - répond à la question du "quoi ?" ;  on peut alors chercher les moyens d'atteindre l'objectif. C'est la tactique qui résout la question du "comment ?".

Fixer la stratégie avant de choisir la tactique

La stratégie est donc au service de la vision et du cap à tenir quand la tactique ne vient qu’en support. Attention à ne pas mettre la charrue avant les bœufs.

Dans une société qui se digitalise et qui "à certains égards éjecte par anticipation tous ceux qui ne se sentent pas capables de suivre"(chap. 4), à une époque où "le temps presse… et stresse" (chap. 1), il est donc essentiel, selon le général de Villiers, de retrouver "de la profondeur, de la hauteur, du champ par rapport au quotidien".

"Revenons à la stratégie dans l’espace et dans le temps !" assène même l’auteur, qui a rejoint en 2018 un grand cabinet de conseil en stratégie d'entreprise.

Rester naturel et sincère

Mais le chef n’est pas seulement celui qui tient un cap. Loin de là. Autrement, il peut facilement rester bloqué et droit dans ses bottes. Ce n’est pas l’homme (ou la femme) raide qui s’agrippe coûte que coûte à l’objectif. Autrement, la fin justifierait tous les moyens et l’échec serait au tournant de cet entêtement.

Non, un chef, serine le général de Villiers, est un homme "d’équilibre", humain, soucieux des hommes et des femmes qu’il doit mener à la victoire ou au succès. En un mot, les vrais chefs sont ceux qui ne se départissent pas de leur humanité : ils savent "rester naturels" et sincères.
"Etre sérieux sans se prendre au sérieux"


"Le chef ne se distingue pas par la force de ses maxillaires ou encore par la distance qu’il instaure entre ses équipes et lui (…). [Il doit] être sérieux sans se prendre au sérieux".

A tout prix, et même si cela lui demande un effort, le chef doit toujours garder cet équilibre personnel : éviter le surmenage en restant "lucide et conscient de ses propres limites".

Préserver l'équilibre du corps, de l'esprit et de l'âme

Le général de Villiers en 2014 © Wikipédia
Le général de Villiers en 2014 © Wikipédia
Pour cela, il doit d'abord préserver l’équilibre physique, celui du corps, grâce à une bonne hygiène de vie. Et préserver une hygiène mentale en revenant toujours au "bon sens qui simplifie la complexité". "Trop d’intelligence nuit parfois à l’intelligence", avertit l’auteur.

Enfin, il ne faut pas nier le "besoin transcendantal inhérent à tout Homme pour être en paix totale, quelles que soient ses convictions en la matière". Corps, esprit et âme, c'est un être humain total qu'il faut unifier et équilibrer...

Une exigence qui s'impose d'autant plus à ceux qui veulent exercer une juste autorité. Car pour être chef, il ne suffit pas d’être aux commandes. Il y faut une pâte humaine, une étoffe. C’est là, sans doute, l’apport majeur du livre pour tous ceux qui désirent parvenir aux responsabilités. 

Agir toujours en vérité pour rester libre

Pour entraîner derrière soi et mériter la fidélité de ses équipes et de toux ceux dont on a la responsabilité, il y a pourtant une condition : être en vérité. "La vérité rend libre" : c'est le titre d'un des chapitres de "Qu'est-ce qu'un chef ?".

En toute circonstance, un bon chef est celui qui pense, agit et se comporte en vérité. Il peut se tromper. Mais il ne trompe pas autrui et ne se ment pas à lui-même. "Il reste un esprit libre sans être conditionné par l'air du temps."

Cela demande parfois du courage, car il est plus facile de flatter (son chef ou son N+1) ou de plaire (à ses subordonnés ou à ses collaborateurs) que de leur dire la vérité.

Les leçons d'une démission

Difficile de ne pas appliquer cette "leçon de vérité" à la démission fracassante du général d'armée le 19 juillet 1917. Dans un communiqué, il explique alors son désaccord avec le chef de l'Etat, le président Macron, sur la réduction du budget de la défense : " j’ai estimé qu’il était de mon devoir de leur faire part de mes réserves, à plusieurs reprises, à huis clos, en toute transparence et vérité".

Faire passer la vérité avant sa carrière

Et il poursuit : "Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd'hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays."

Cette conviction est assez forte pour le conduire à présenter sa démission et à quitter l'armée. Du jamais vu à un tel niveau de responsabilité. Mais le "chef" ne doit-il pas mettre sa "vérité" avant la réussite de sa carrière ? Accepter de se mettre en danger pour ne pas mettre en danger ceux dont il est chargé ?
Au soir de ce 19 juillet, Pierre de Villiers quitte le ministère des Armées sous les applaudissements de ses hommes qui, pour la dernière fois, forment une haie d'honneur jusqu'à sa voiture.

Sans négliger le savoir-faire, le devoir de compétence

Et puis, bien sûr, il y a le travail. Le savoir-être doit s’allier au savoir-faire. De là, peut jaillir cette étoffe propre au chef ou au responsable. "Les grands chefs, rappelle le général de Villiers, ont toujours été de gros travailleurs, y compris les plus géniaux".

Il s’agit donc, pour devenir chef, de devenir compétent. "Sans compétence, pas de crédibilité", note l’ancien chef d’Etat-major des armées. "Il ne faut pas se limiter à un survol rapide des aspects techniques du métier, au motif que d’autres sont payés pour être des spécialistes (…). Il faut aussi "mettre la main à la pâte".

Napoléon lui-même ne disait-il pas : "La plus grande immoralité est de faire un métier qu’on ne sait pas" ?

Ne pas céder à la dictature de l'argent

Enfin, pour ceux qui ambitionnent d’être chef ou responsable, on trouve, au fil des pages du livre, en particulier dans le dernier chapitre, quelques pistes à creuser et qu’on pourrait nommer "l’humilité du chef".

Humilité par rapport à l’argent, d’abord. "Nos élites civiles sont généralement plus intéressées par l’Inspection générale des finances ou les grandes écoles de commerce que par le social ou le tissu associatif", note l’auteur. "Je ne porte pas de jugement sur ces voies qui sont tout à fait nobles. Mais je rappelle, toujours au titre du bon sens (…) qu'il faut de l’argent pour vivre et non pas vivre pour l'argent."

Quand on est chef, "l'unique critère financier ne devrait donc présider seul et en premier à aucune décision". L’argent est donc bien un moyen pour tout chef digne de ce nom, ce n’est pas une fin.

Rester à sa place mais occuper toute sa place

Si le charisme est propre au chef et contribue à son rayonnement, s’il est inné aussi, "il peut, assure l’ancien militaire, se travailler et il doit être entraîné pour grandir et prendre toute sa mesure". Ainsi faut-il au chef de savoir humblement "rester à sa place mais occuper toute sa place". Ni vaniteux ou crâneur. Ni raseur de murs.
 
"Ce n'est pas parce que l'on est chef que l'on est infaillible"

Il se sent légitime sans pour autant écraser les autres de cette légitimité. L'humilité du chef s'exerce aussi vis-à-vis de lui-même témoigne l’auteur : "Ce n'est pas parce que l'on est chef que l’on est infaillible. D'ailleurs, cette humilité, si elle n’est pas feinte ou démagogique, peut assurer au chef la confiance de ses équipes et accroître auprès d’elles son autorité.
 
Vision et sens, humanité et équilibre, savoir-être et compétences, humilité, le tout enveloppé d'une juste confiance et d'un sain optimisme, voilà donc quelques ingrédients qui peuvent faire d'un (jeune) homme  "ordinaire" ou d’une "jeune" femme lambda, un chef respecté. Et suivi.

Vidéo : PIerre de Villiers présente lui-même son livre

Invité sur le plateau de l'émission de télévision "On  n'est pas couché", Pierre de Villiers revient sur les raisons qui l'ont conduit, après sa démission, à écrire pour transmettre ses convictions, fruit de son expérience.


Pour aller plus loin

- Pierre de Villiers a aussi écrit un autre livre, tout de suite après sa démission : dans cet ouvrage intitulé "Servir" (éditions Fayard), il revient sur le sens de son engagement militaire et aussi sur les enjeux de la défense française ainsi que les raisons de son départ.

 - Toujours en 2017, il a publié de passionnantes "Lettre à un jeune engagé ou Pensées du terrain" : des textes courts qu'ils adressent à de jeunes militaires sur la confiance, l'agilité, la surprise, la persévérance, la mission, la cohérence, l'unité...

Le document est en accès libre sur le site de l'ASAF. Vous pouvez le télécharger ci-dessous :

 

Un extrait de "Lettres à un jeune engagé"

La confiance
"La confiance en soi, d’abord. Vertu essentielle qui se construit dès l’enfance. Vertu qui naît des obstacles surmontés. C’est le cas dans les stages d’aguerrissement, que certains d’entre vous ont vécus. Ils vous révèlent vos capacités réelles qui dépassent, de beaucoup, ce que vous auriez pu imaginer. La confiance en soi est un moteur. Elle libère les énergies et encourage à l’action. Les fausses excuses tombent. Tout ce dont je suis capable devient possible !

La confiance dans l’autre, ensuite. Celle par laquelle je reconnais que je ne peux pas tout ; que le salut passe autant par mon camarade, mon chef, mon subordonné que par moi-même. Par cette confiance, je m’assume dépendant. Cette reconnaissance est le ciment de nos armées. La confiance mutuelle fait notre unité, en même temps que notre assurance. C’est elle qui fait dire au capitaine de Borelli, considérant ses légionnaires : « Par où pourrions-nous bien ne pas pouvoir passer ? ».
 


4 Avril 2019
Joseph Vallançon


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