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Jacques Baranger : il se souvient de 1940


En 1940, Jacques fêtait justement ses 21 ans, l'âge de la majorité. La France étant entrée en guerre, il devait être mobilisé et rejoindre les troupes françaises. Mais la défaite étant là, il n'a pas hésité à rejoindre les premiers résistants en Angleterre.




Le port du Conquet où le jeune Jacques Baranger embarqua pour l'Angleterre. © http://recherches.historiques-leconquet.over-blog.com
Le port du Conquet où le jeune Jacques Baranger embarqua pour l'Angleterre. © http://recherches.historiques-leconquet.over-blog.com
"En 1940, j'avais 21 ans et j'habitais Nantes. Je préparais une licence de sciences sur la dérive des continents, un sujet qui me passionnait... Mais la guerre  a tout chamboulé.

Dans ma famille, on était très patriote : mon grand-père avait fait la guerre de 1870 et un de mes oncles était militaire. Alors au printemps 40, quand on commencé à voir que ça n'allait pas très bien pour la France, comme j'avais fait ma préparation militaire, on se disait avec mes amis que si les Allemands arrivaient à Nantes, on se replierait vers le sud !

"Accepter la défaite était inimaginable"

Normalement, j'aurais dû être mobilisé dans l'armée mais j'ai eu une pleurésie, et mon incorporation avait été retardée à août 1940. Et voilà que le 15 juin 40, j'ai été convoqué par l'armée pour passer une visite médicale à Brest, dans l'aviation. J'allais rentrer à Nantes, quand on a appris que les Allemands étaient déjà arrivés en Bretagne à Landerneau, et que toute l'armée était démobilisée !

Alors j'ai décidé de ne pas rentrer à Nantes. Pour moi, c'était inimaginable que l'Allemagne occupe comme cela la France ! Je n'ai pas entendu l'appel du général de Gaulle le 18 juin, mais j'ai entendu dire que des jeunes Bretons partaient pour l'Angleterre et le 19 juin, j'ai cherché à embarquer.

"On est partis en Angleterre sur un chalutier"

"On nous a dit que des bateaux de pêche embarquaient des jeunes Bretons au Conquet, un petit port à 20 km de Brest. Je suis parti à pied, j'ai fait de l'auto-stop et j'ai utilisé tous les moyens de transport possibles ! Arrivé au Conquet, il y avait un gradé de la Marine qui m'a demandé si j'étais militaire. "On prend les militaires en premier, les civils après", disait-il. Comme j'étais encore civil, il ne voulait pas me prendre, mais finalement, j'ai insisté, j'ai montré mes papiers d'incorporation et il a accepté.

On est parti le soir sur un chalutier, il faisait très beau. On n'allait pas vite, on a navigué toute la nuit, et quand j'ai demandé pourquoi c'était si long on m'a dit que la passe d'Ouessant était minée. On a alors regroupé tous les militaires sur des bateaux, et les civils sur d'autres soi-disant plus confortables. Nous avons fait escale à Ouessant et là-bas on nous a accueilli en nous disant : "vous êtes trop nombreux, on n'a plus de pain à vous donner, mais on a des langoustes !"

'Le 14 juillet 40, nous avons défilé en civil dans les rues de Londres'

On est repartis et on a débarqué à Plymouth en Angleterre, où la Croix-Rouge nous a accueillis et nous a donné à manger. On était affamés parce que les langoustes, c'est bon mais pas très nourrissant ! On nous a aussi obligés à envoyer un message à nos parents pour dire qu'on était sains et saufs.
Ensuite, on nous a conduits à Londres, puis nous avons pris un bus à impériale pour aller dans un "camp de concentration" où les Anglais ont vérifié qu'on n'était pas de la 5ème colonne. Un délégué de l'ambassade de France est venu nous voir de la part du maréchal Pétain pour nous dire qu'il fallait cesser le combat et puis 8 jours plus tard, un jeune lieutenant est venu de la part du général de Gaulle pour nous dire qu'il  regroupait ceux qui voulaient se battre. C'est là que j'ai entendu parler de l'appel du 18 juin...

Vers le 30 juin, on nous a regroupés dans l'Empire hall, un lieu très grand, très inconfortable, mais on était toujours civils ! Et le 14 juillet 40, on a quand même fait un défilé dans les rues de Londres, en civil mais avec de petits insignes bleu-blanc-rouge... Puis on nous a envoyé en camp d'entraînement militaire au sud de Londres. Là je n'ai pas pu rejoindre l'aviation car l'Angleterre avait réquisitionné tous les avions. Alors j'ai choisi d'être parachutiste et l'on m'a entrainé pour un débarquement sur la France, au cas où les Allemands arrivent en Grande Bretagne"....

Jacques Baranger est resté en Angleterre jusqu'en 1942, puis a été envoyé en Afrique où il a participé aux combats en Libye, en Afrique de l'Ouest et en Egypte. Il a été renvoyé en Angleterre pour faire le débarquement : il débarque en Normandie en juillet 44, et retrouvera sa famille quelques mois plus tard. Le 18 juin 2010, à 91 ans, il a pu assister à la cérémonie anniversaire de l'Appel du 18 juin à Nantes.

Retour aux autres témoignages : J'avais 20 ans en 1940

4 Juin 2019
Témoignage recueilli par Michèle Longour


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