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Elle dénonce l'hypersexualisation et la culture porn chez les ados



A peine bachelière, Blanche Martire a trempé sa plume dans les blessures de son adolescence pour écrire un livre choc : dans "Chair et âme", elle dénonce l'hypersexualisation qui sévit dès le collège et dérobe aux jeunes filles le droit de s'éveiller doucement à l'amour.




Elle dénonce l'hypersexualisation et la culture porn chez les ados
Elles sont quatre filles qu'on dirait sorties d'un roman jeunesse. Mais non. Même si elle a changé les prénoms, Blanche n'a rien inventé. "Tout ce que je raconte dans Chair et Âme est autobiographique", explique-t-elle. Peut-être simplement lui fallait-il croire à une fiction pour mettre des mots sur son histoire.

Au départ donc, on découvre 4 filles inséparables. Aurore, Julie, Isabelle et Louise sont comme les cinq doigt de la main. Elles se passionnent pour l'écologie, sont premières de classe et font des blagues au téléphone. Déjà, des copines leur reprochent de ne pas s'habiller sexy et de ne pas être populaires. Mais elles résistent. Elles vivent leur âge d'or : le CM2.

Au collège, le sexe devient un bien de consommation courante

Puis arrivent le collège et le temps de l'adolescence. D'un coup, l'ambiance fraîchit. Sans transition, il faut nager dans ce nouveau bain, entre blagues salaces et fausses rumeurs. Les sens en ébullition, les collégiens n'ont plus qu'amour et désir en tête. Mais la culture porno règne, et "le sexe devient un bien de consommation comme un autre". Les jeunes filles continuent de rêver d'amour, mais on les bombarde d'images et de mots crus. 

Alors, pour ne pas être en reste, elles emploient les mêmes mots, deviennent "mecsogynes" : ​"La tentative de self-défense des filles est complexe et subtile, raconte Blanche qui parsème son récit d'analyse critique. Elles provoquent, emploient des expressions "qui ne doivent pas sortir de la bouche d'une fille", réduisent les hommes à des pénis sur pattes, leur rendent la pareille". 

"Les mecs à part baiser ça sert à quoi ?", écrit une des quatre filles à une autre.

Se laisser consommer à son tour ?

Cliquez sur l'image pour aller à la librairie
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Deux des quatre copines poussent très loin ce jeu dangereux : elles font une BD porno qui leur vaut un renvoi, proposent un "plan à trois" à d'anciens copains de CM2 qui ne daignent pas accepter, et finissent par conformer leur "première fois" à un scénario fantasmé : à 13 ans, elles aguichent deux garçons dans la rue et les emmènent dans leur chambre. Pour de vrai.

Plus sage et plus discrète, Louise (alias Blanche) est effarée : "Saisissaient-elles la nuance entre habillage sexy et style pute ? Entre jeu de séduction et provocation ? Entre pornographie et réalité ?"

Elle assiste impuissante à la noyade de ses amies dans cette boue. Son malaise grandit et sa lucidité lui inspire des mots acérés comme des flèches :
"Quelque chose nous rongeait, raconte-t-elle. Nous retournions cette violence contre nous-mêmes et adoptions ce dicton : "Le faire pour se défouler et parce que nous ne savions quoi faire d'autre. Le faire pour avoir l'air heureuse et épanouie aux yeux de ces loups". 

Chair et âme en mille morceaux

Car au plus profond, Louise sent bien que cette violence brise quelque chose dans leur âme, que cette vulgarité enraye une construction délicate, qu'elle leur dérobe leurs rêves, leur dignité et même leur vie elle-même. 

"Mes folles se sentaient de bric et de broc, incapables d'emboîter pensées, actes, désirs pour produire la réaction en chaîne qui constitue le moteur de la vie, le sens de la vie", écrit Blanche dans Chair et âme.

Il lui aura fallu couper avec ses amies d'enfance, fuir ce collège et être déscolarisée pour reprendre pied et commencer à panser ses plaies. L'écriture est son chemin de guérison. "J'ai écrit mon premier livre à 14 ans, pour raconter le harcèlement que j'avais subi au collège", raconte Blanche Martire.

Une exposition pour compléter "Chair et âme"

Il lui faut quelques années de plus pour prendre du recul, comprendre et mettre des mots, dans Chair et Âme, sur le grand malaise ressenti au collège face à cette sexualité bradée et souillée.

"Les adolescents se nourrissent de télé-réalité et de cette société du spectacle où tout n'est qu'apparence, explique-t-elle. Le sexe devient alors un jeu comme un autre, il faut se montrer sexy, aller toujours plus loin, se conformer à des stéréotypes sexuels qui finissent par brouiller la notion de consentement".

C'est pour compléter la démonstration et faire réagir les jeunes qu'elle a aussi conçu l'exposition "Hyper Sexualisation". Présentée dans des médiathèques et centre d'information jeunesse, l'expo est un coup de poing visuel. Affiches, publicités ou magazines y vont de leurs photos suggestives et leurs stéréotypes sexistes. Le corps de la femme sert à vendre de tout. Le porno n'est jamais très loin. L'injonction à coucher le plus tôt possible permanente.
Un panneau de l'expo "Hyper sexualisation"
Un panneau de l'expo "Hyper sexualisation"

Résister, mais comment ?

Le message est-il bien reçu ? "Le rapprochement de toutes ces images provoque un choc et l'expo fait plaisir aux filles, dit Blanche. Elles se sentent défendues. Au collège, on vit dans un environnement violent et sexiste"...

Mais comment résister à la pression de ces images et des messages pervers véhiculés ? "Résister n'est pas facile, car il faudrait s'attaquer à toutes ces industries. Les parents et les éducateurs ont aussi leur rôle à jouer, mais quand ils font de l'éducation sexuelle, les établissements scolaires ne parlent que de prévention et de maladies"...

Des jeunes victimes d'un "viol volontaire"

Pourtant, il y a urgence ! Dans les dernières pages de "Chair et âme", elle alerte encore sur les ravages de cette hyper-sexualisation. Comme ses ex copines "folles", "beaucoup d'adolescents s'avouent dérangés, leur estime de soi au plus bas, tout simplement détruits". Ces jeunes subissent les mêmes conséquences que les victimes de viol, avance-t-elle. Victimes d'un "viol volontaire", d'une société de consommation sexuelle qui les réduits de fait à des objets.
 
"Ils nous ont dit que c'était ça l'amour"

Alors, suffit-il de distribuer des préservatifs et d'inviter à "faire attention" ? Sans doute pas ! Quand l'être lui-même est atteint au plus profond, ne faut-il pas lui révéler sa vraie beauté, sa dignité, et l'aider à articuler amour et sexualité ?

Blanche Martire ne fait que le suggérer car son livre est d'abord témoignage et appel au secours : "Parce que nous sommes perdus, parce que nous sommes des ignorants. Ils nous ont dit que c'était ça l'amour, que c'était normal, que c'était ça une fille et nous avons gobé. Nous avons recraché. Ce fut l'hécatombe".

Un appel à relier, enfin, langage du corps et du coeur, à harmoniser "chair et âme".

Blanche Martire. © Sebastian Silas
Blanche Martire. © Sebastian Silas
Une jeune auteure à découvrir

A 22 ans, Blanche Martire a déjà écrit trois ouvrages publiés aux éditions Fabert :

- "Et il me dit : "Pourquoi tu rigoles jamais, Blanche ?" (2015), un témoignage sur le harcèlement qu'elle a subi au collège.
- "Chair et âme" (2016), sur l'hypersexualisation des jeunes.
- Et "Luciole" (2017), qui raconte une histoire d'amour entre deux adolescents.

Après un service civique dans une association pour sensibiliser les jeunes aux questions de harcèlement, elle se consacre à la médiation culturelle et à l'écriture.


19 Décembre 2017


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