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Anne-Marie Staub : elle se souvient de 1940


En 1940, Anne-Marie a déjà fini ses études et elle travaille à l'Institut Pasteur à Paris dans le laboratoire de son père bactériologiste. En juin, avec sa famille, elle va connaître l'exode...




Photo d'archive : l'exode de 1940. © Wikipédia
Photo d'archive : l'exode de 1940. © Wikipédia
"A l'Institut Pasteur, en juin 1940, comme la guerre tournait mal pour la France, on nous a dit brusquement qu'il fallait partir, et cela du jour au lendemain... Pasteur avait soi-disant prévu une position de repli pour nous à Angers. Les Allemands arrivaient, il fallait partir quasi immédiatement ! En fait, c'était idiot, les Allemands allaient rentrer à Paris dans une ville ouverte, mais cela, on ne le savait pas.

Nous sommes donc partis en voiture : mon père, ma mère, qui n'a pas eu le temps de finir sa lessive, mon jeune frère de 19 ans qui se préparait à une carrière militaire et moi. Nous emmenions aussi une employée de labo de mon père, on était très tassés. Sur la route, nous faisions du 5 km/heure, car tout le monde partait en même temps !

Nous avons couché à Rambouillet, dans une maison de l'Institut Pasteur où les "pastoriens" s'entassaient. Puis le lendemain, nous sommes arrivés à Angers. Mais là, rien n'était prévu pour notre logement et je me souviens qu'il fallait absolument trouver des lits. Mon frère a fini par en trouver chez un grand scientifique. Le lendemain, mon père va demander où il doit travailler et on lui dit que rien n'est organisé, et qu'il faut fuir car les Allemands arrivent...

Mon père était terriblement meurtri par la défaite

On était affreusement tristes. Mon père était un grand blessé de la guerre de 14 où il avait perdu une jambe. Il était terriblement meurtri par la défaite !

Alors nous sommes descendus jusqu'à Bordeaux, car j'avais un oncle qui y habitait. Mais il avait déjà recueilli toute la famille et n'avait plus de place pour nous. Heureusement, mon oncle avait des amis qui avaient quitté Bordeaux par peur des bombardements allemands et nous nous sommes installés chez eux. Et comme prévu, les Allemands sont arrivés, et nous avons été bombardés, mais cela n'a pas été trop terrible.

Et ensuite, quand l'armistice a été signé, et bien nous nous sommes dits que nous n'avions plus qu'à rentrer à Paris. Mon jeune frère, lui, a entendu parler des jeunes qui partaient se battre en Angleterre et il a désespérément cherché à s'embarquer à Bordeaux, mais il n'a trouvé aucun bateau.

La ligne de démarcation a été fermée et nous avons été bloqués

"Nous sommes donc repartis en voiture, comme nous étions venus, et un peu bêtement, nous sommes passés par la zone dite libre. Or, à ce moment-là, la ligne de démarcation qui séparait la zone occupée de la zone libre a été fermée, ce qui fait que nous avons été pris dans la souricière comme des tas de gens.

Nous étions coincés dans cet endroit, dans l'Indre, qui s'appelait Vatan ! Les gens dormaient dehors sur la place, et comme nous avions pris en plus avec nous ma grand-mère, il n'était pas question de faire ça ! Mon père était heureusement en correspondance pour son métier avec le vétérinaire qui lui a donné l'adresse d'une personne qui pouvait nous accueillir. Nous avons été hébergés dans la propriété d'une dame charmante, et nous avons attendu là.
 

Mes parents ont décidé de laisser mon jeune frère en zone libre

Et puis, au moment de repartir de Vatan, chose extraordinaire, nous avons retrouvé mon frère ainé qui avait été fait prisonnier par les Allemands. Il était médecin militaire et avait été pris comme toute l'armée française. Mais les Allemands avaient tellement de prisonniers, qu'ils avaient fini par en relâcher. C'était une chance incroyable de le retrouver car bien sûr, le courrier ne marchait pas.

A ce moment-là par contre, mon père n'a pas voulu que mon jeune frère de 19 ans remonte avec nous à Paris. Il se souvenait de la guerre de 14, et avait peur que les Allemands réquisitionnent les jeunes Français. Alors, mes parents ont décidé de le laisser là en zone libre, tout seul à 19 ans !  Il est resté à Vatan et s'est fait embaucher dans une ferme, alors qu'il ne savait rien faire.

En août 40, nous sommes donc rentrés à Paris comme presque tout le monde. Les drapeaux nazis flottaient partout, mais dans notre quartier près de l'Institut Pasteur, il n'y avait pas trop d'Allemands. Et nous avons repris le travail. Dans les caves de l'Institut Pasteur, on a appris ensuite qu'il y avait tous les médicaments de la Résistance. On s'en doutait un peu...

Il y avait des problèmes de ravitaillement bien sûr, mais le plus dur, c'était cette occupation..."

(Anne-Marie Staub a poursuivi son travail à l'Institut Pasteur jusqu'à la fin de la guerre, et elle y a effectué toute sa carrière dans la recherche sur la chimie des microbes. Son jeune frère, Roger, a fini par rejoindre l'armée secrète de la Résistance et il a été tué en 1944.)

Retour aux autres témoignages : J'avais 20 ans en 1940

2 Février 2018


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