La recherche sur l'embryon humain autorisée en France


Tags : bioéthique, PMA, vie

Le Parlement a définitivement adopté une loi autorisant à faire des recherches sur les cellules issues d'embryons humains, une pratique jusque-là interdite pour des raisons éthiques, mais qui admettait des dérogations. Les opposants au texte craignent une marchandisation du corps à un stade où l'humanité est la plus fragile.





La recherche sur l'embryon humain autorisée en France
Les députés n'ont pas traîné le 16 juillet 2013 pour adopter, à 314 voix contre 223, le texte de loi autorisant la recherche sur l'embryon humain. Les sénateurs ayant déjà voté le même texte en décembre 2012, la loi est désormais adoptée par le Parlement.

Elle vient modifier le principe établi par les lois de bioéthique votées en 2004 puis remaniées en 2011 : jusque-là, il était interdit d'utiliser des embryons humains, et donc de les détruire, pour effectuer des recherches sur leurs cellules. Mais les scientifiques avaient tout de même la possibilité d'obtenir des dérogations, pour des recherches ne pouvant être faites avec aucun autre matériau, et étant susceptibles "d'aboutir à des avancées thérapeutiques majeures".

De ce principe d'interdiction avec dérogation, on passe donc en France désormais à une autorisation "encadrée" : les programmes de recherche utilisant des embryons humains devront avoir uniquement des visées médicales (on ne pourra par exemple les utiliser pour des produits cosmétiques), avoir une pertinence scientifique, ne pas avoir d'alternative et respecter les "principes éthiques définis par le protocole" de recherche.

Les embryons surnuméraires pourront être détruits

Malgré cet encadrement, de nombreux scientifiques, personnalités politiques ou associations ont souligné qu'une barrière morale était désormais franchie. "Cette loi bouleverse un principe fondamental de notre société qui protège l'embryon humain au nom de l'intégrité et de la non-marchandisation du corps humain", a rappelé le collectif Un de nous .

Les embryons sur lesquels pourront porter les recherches correspondent en effet au premier stade de développement de l'être humain après la fécondation d'un ovule et d'un spermatozoïde. Or le Code civil dans son article 16 "garantit le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie".

Ce sont les embryons conçus en laboratoire, dans le cadre d'une fécondation in vitro pour des couples infertiles, qui seront ainsi "utilisés". Si certains de ces embryons sont en effet réimplantés dans l'utérus maternel, d'autres dits "surnuméraires" ne peuvent l'être et sont conservés par congélation durant cinq ans et soumis à la décision du couple parental.

Si celui-ci donne son autorisation, les chercheurs pourront donc décongéler ces embryons de moins d'une semaine et utiliser leurs cellules (ce qui les détruira) pour procéder à des recherches. Les cellules souches embryonnaires ont en effet la capacité de pouvoir donner naissance à tout type de lignée de cellules : sanguines, musculaires, nerveuses, etc. D'où l'espoir de certains chercheurs de pouvoir les utiliser pour aboutir à des nouveaux traitements de maladies dégénératives.

La recherche sur l'embryon : pour quoi faire ?

"L'enjeu, c'est la médecine régénérative et la thérapie cellulaire", a défendu Roger-Gérard Schwartzenberg, ancien ministre de la Recherche et président des députés Radicaux de Gauche qui ont présenté la loi qui vient d'être adoptée.

Un motif là aussi contesté par des scientifiques pour qui d'autres voies, plus respectueuses de l'embryon, existent. Ainsi le Prix Nobel de médecine a été décerné en 2012 au Japonais Shinya Yamanaka qui a réussi à obtenir des cellule souches non à partir d'embryons mais de cellules humaines adultes qu'il a réussi à reprogrammer pour les faire revenir au stade indifférencié.
"Il n'y a donc aucune raison scientifique à traiter l’embryon humain comme un cobaye de laboratoire"


"Je rappelle que la recherche sur l'embryon n'a donné aucun résultat probant à ce jour, et que les autres pays se tournent vers les cellules souches reprogrammées (iPS), explique le Docteur Xavier Mirabel, cancérologue et président de l'association Alliance Vita. A titre d'exemple, la société américaine Geron, qui avait annoncé un essai clinique à base de cellules souches embryonnaires en 2009, a mis fin à ses recherches en 2011 faute de résultats probants ; en sens inverse, le Japon vient d’annoncer une recherche clinique à base de cellules iPS concernant une maladie de lœil, ce qui constituerait une première mondiale très prometteuse."

"Il n'y a donc aucune raison scientifique à traiter l’embryon humain comme un cobaye de laboratoire", estime le Dr Mirabel. Une conviction que les opposants à la recherche sur l'embryon ont voulu exprimer dans un flashmob à Paris, le 11 juillet 2013.

Le flashmob des opposants à la recherche sur l'embryon


Des enjeux financiers ?

Au delà du débat scientifique, certains pointent aussi les enjeux financiers. Il y a plus de 170 000 embryons congelés en France et la perspective utiliser ce "matériau humain" en vue d'aboutir éventuellement à des médicaments ou des traitements n'est pas sans enjeu pour les laboratoires pharmaceutiques.

"Est-il juste de sacrifier des embryons humains pour satisfaire des intérêts financiers des laboratoires", interroge Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Lejeune dans un débat sur France Info à la veille du vote de la loi.

Un débat intéressant à réécouter pour mieux comprendre les arguments en présence.






Mercredi 17 Juillet 2013

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