Des chercheurs découvrent une molécule contre l'addiction au cannabis



Deux équipes de chercheurs de l'Inserm viennent de découvrir une molécule produite par le cerveau qui peut contrer les effets néfastes du cannabis chez l’animal et sans doute chez l'homme. Une belle piste de traitement de l'addiction au cannabis.





Contrairement à ce que l'on a longtemps pensé, l'addiction au cannabis existe bel et bien et concerne plus de 20 millions de personnes dans le monde et un peu plus de 500 000 en France. Elle se manifeste par des déficits cognitifs, notamment des troubles de la mémoire, et une perte généralisée de la motivation.

D'où l'importance de la découverte de deux équipes de chercheurs de l'Inserm dirigées par Pier Vincenzo Piazza et Giovanni Marsicano : ils ont repéré une molécule produite par le cerveau, la prégnénolone, qui constitue un mécanisme naturel de défense contre les effets néfastes du cannabis chez l'animal, et sans doute chez l'homme.

D'après les résultats publiés par le magazine Science du 3 janvier 2014, cette molécule empêche en effet le THC, principe actif du cannabis, d'activer pleinement ses récepteurs cérébraux, notamment le récepteur CB1 dont la sur-activation par le THC est responsable des effets intoxicants du cannabis.

Cela devrait permettre de développer des traitements de l'addiction au cannabis, une piste que les chercheurs explorent déjà...

Comment agit le cannabis

Le principe actif du cannabis, le THC, agit sur le cerveau par l’intermédiaire des récepteurs cannabinoïdes CB1 situés sur les neurones. En se fixant sur ces récepteurs, le THC les détourne de leur rôle physiologique qui consiste à réguler la prise alimentaire, le métabolisme, les processus cognitifs et le plaisir.

La sur-stimulation des récepteurs CB1 par le THC va en revanche provoquer une diminution des capacités de mémorisation, une démotivation et progressivement une forte dépendance. (cliquer sur l'image pour la grossir)

Effets cannabis cerveau
 


Et comment agit la molécule anti-cannabis

De nombreux scientifiques cherchaient donc à identifier des molécules qui pourraient contrer les effets du cannabis et la dépendance qu’il engendre.

Les équipes Inserm de Pier Vincenzo Piazza et Giovanni Marsicano ont donné dans le mille en découvrant la prégnénolone. Cette hormone était connue jusqu'alors pour permettre la fabrication de toutes les hormones stéroïdiennes (progestérone, testostérone, …). Mais les chercheurs de l'Inserm viennent de découvrir qu'elle a un autre rôle : la prégnénolone constitue un mécanisme de défense naturelle contre le cannabis et peut protéger le cerveau des effets néfastes de cette drogue.

© Derek Shore, Pier Vincenzo Piazza and Patricia Reggio
© Derek Shore, Pier Vincenzo Piazza and Patricia Reggio
En effet, la sur-activation des récepteurs cannabinoides CB1 par des fortes doses de THC – bien supérieures à celles auxquelles est exposé le consommateur régulier – déclenche la synthèse de prégnénolone. Elle se fixe alors sur un site qui lui est spécifique sur les mêmes récepteurs CB1 (voir figure ci-contre) et diminue certains des effets du THC.

Pour aller plus loin, les chercheurs ont administré de la prégnénolone à des souris. Cette administration externe de prégnénolone augmente encore plus le niveau cérébral de cette hormone, et permet ainsi de bloquer les effets néfastes du cannabis.

La prégnénolone diminue fortement la libération de dopamine déclenchée par le THC : or c'est une libération excessive de dopamine par les drogues qui crée l'addiction.

Ce rétrocontrôle négatif (c’est le THC lui-même qui déclenche la production de prégnénolone qui à son tour inhibe les effets du THC) assuré par la prégnénolone révèle un processus naturel, jusqu'alors inconnu, qui protège le cerveau d'une sur-activation des récepteurs CB1.


De la souris à l'homme : un espoir pour traiter l'addiction

Les chercheurs ont prouvé que l'administration de prégnénolone à des rats ou des souris, à des doses (entre 2 et 6 mg/kg) qui augmentent les concentrations cérébrales de cette hormone, permet de bloquer les effets comportementaux négatifs du THC.

Par exemple, les animaux ainsi traités récupèrent des capacités mnésiques normales, présentent une sédation plus faible et sont moins motivés pour s'administrer des cannabinoïdes.
 
Et chez l'homme ? Des tests menés sur des cellules en culture qui expriment le récepteur CB1 humain confirment l'efficacité de la prégnénolone pour contrer l’action moléculaire du THC chez l'homme.

La découverte ouvre donc de belles pistes pour une nouvelle thérapie de la toxicomanie : “Nous avons développé des dérivés de la prégnénolone qui sont stables et bien absorbés et qui sont en principe utilisables comme médicament. Nous espérons commencer les essais cliniques bientôt afin de vérifier si nos attentes se confirment et si nous avons véritablement découvert la première thérapie pharmacologique de la dépendance au cannabis”, explique Pier Vincenzo Piazza.

Ces travaux ont bénéficié du soutien de la MILDT, du conseil régional d’Aquitaine, de l'ERC, et de l'Inserm.

Lire aussi :
Addiction : comment le cerveau devient accro


Mercredi 8 Janvier 2014
la rédaction

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