"Le carême est un temps pour renaître"



Pour préparer la fête de Pâques, durant 40 jours, les chrétiens cherchent à se recentrer sur l'Essentiel par le jeûne, la prière et la solidarité. C'est le carême, un chemin spirituel que beaucoup reprennent chaque année. Témoignages.





Crédit : les trois posts sont issus du blog www.laissetonempreinte21.com
Crédit : les trois posts sont issus du blog www.laissetonempreinte21.com
"J'ai compris que le carême est un itinéraire, dit Isabelle, et chaque année, il faut prendre le départ..." Pour cette catholique pratiquante de 27 ans, le carême n'est pas une nouveauté. Chaque année, ces 40 jours offrent à tout croyant un temps pour revenir à Dieu et préparer la grande fête de Pâques.

Mais même si tous cheminent vers le même but, l'itinéraire semble propre à chacun. "Personnellement, dit Isabelle, j'entre toujours dans le carême en demandant une grâce..."

Cette année, sa demande est à la fois intérieure et concrète : "Comme je suis un peu dans le brouillard pour mon avenir professionnel et personnel, je vis le carême dans l'espérance de voir de nouvelles perspectives s'ouvrir..."

Vivre ce qui est imposé joyeusement

Et concrètement ? Traditionnellement, il est en effet demandé aux chrétiens de vivre le carême à travers trois démarches spirituelles : le jeûne, la prière, le partage. Mais là encore, chacun vit et adapte ses "efforts" de conversion à sa vie et aux circonstances.

"Certaines années, explique Isabelle,  je prenais de grandes résolutions de jeûne ou de prière. Mais en 2021, avec le Covid, il y a déjà pas mal de contraintes imposées. Alors, j'ai simplement décidé de faire l'effort d'accepter ce qui m'est imposé joyeusement, et de vivre ces 40 jours sans me décourager ni me crisper"...
 
"L'essentiel, c'est d'écouter Dieu au quotidien"


Pas de jeûne alimentaire donc pour elle cette année mais une attention douce à "vivre joyeusement, garder une vie saine et saisir toutes les petites occasions données chaque jour de faire du bien aux autres".
Quant à la prière, "je vais déjà essayer d'être fidèle au temps que je prends chaque jour, dit-elle, car l'essentiel, c'est d'écouter Dieu au quotidien".

L'origine du jeûne du carême : l'homme ne vit pas seulement de pain

Traditionnellement, pendant le carême, les chrétiens sont invités à  pratiquer un jeûne de nourriture le premier jour de ce temps (le mercredi des cendres) et chaque vendredi jusqu'à Pâques.

Différent du jeûne pratiqué par les musulmans durant le ramadan, ce jeûne consiste à prendre seulement du pain et de l'eau, mais dans une démarche intérieure très personnelle et même "dans le secret". Certains choisissent par exemple de se priver de vin ou de chocolat durant 40 jours.

Ce jeûne du carême fait écho à un passage important des Evangiles : il est raconté qu'au début de sa mission publique, Jésus-Christ jeûne durant 40 jours et 40 nuits. Puis il est tenté par le diable qui lui propose de transformer des pierres en pain, mais Jésus réplique : "L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu".

En jeûnant, le chrétien revit cette expérience de renoncer à la nourriture terrestre pour mieux goûter les nourritures spirituelles. Il doit donc prier davantage et méditer les paroles bibliques. 

Une démarche également communautaire

L'itinéraire, on le découvre peu à peu, est donc à la fois intérieur et extérieur. Pour Aude, 23 ans, c'est un temps privilégié pour approfondir l’amour de Dieu. Mais aussi pour en témoigner sur les réseaux sociaux.

Depuis 2019, elle utilise internet pour partager sa foi au détour des joies et des épreuves. Donner un peu de sa force et de son espérance à celui qui est découragé ou épuisé, n'est-ce pas lui faire du bien ? Sur son compte Instagram @laissetonempreinte, elle poste de jolies citations illustrées, et partage les multiples propositions de retraites en ligne.

Car le carême, c'est sa richesse, est aussi communautaire. Si chaque croyant se met à l'écoute "dans le secret" de son coeur, il ne chemine pas seul. Son itinéraire en croise des milliers d'autres, sur une trajectoire éclairée par les textes bibliques et l'enseignement du Christ sans cesse re-médité par les saints d'hier et d'aujourd'hui, par les théologiens, les grands témoins ou par de simples baptisés.

Se recentrer sur l'Essentiel

En 2021, face à la crise sanitaire qui a privé beaucoup de communautés de vraies rencontres, les propositions de retraite de carême en ligne se multiplient.
En s'abonnant au parcours proposé par une paroisse ou une communauté, on peut recevoir chaque jour sur son smartphone une méditation, une vidéo ou une prière. Grâce aux outils de visio-conférence, on peut même échanger en petit groupe. Et ainsi "faire son carême".

Victor, 20 ans tout juste, est une voix montante de cette église digitale. Sur sa chaîne Youtube "Le Catho de service" (!), il a lancé durant le confinement de 2020 un appel pour pouvoir retourner à la messe. Et au début du carême 2021, il partage à la génération Z la façon dont il vit ces 40 jours.

"Pour moi, explique-t-il dans la vidéo ci-dessous, le carême est le moment où je me demande quelle est la place de Dieu dans ma vie." Si elle est trop étroite, c'est l'occasion de faire un gros coup de ménage !

Les témoignages de ses amis confirment ce mouvement : ils se purifient, s'allègent, se simplifient... pour se recentrer sur l'Essentiel.

Chacun a son itinéraire, mais tous cherchent à mettre davantage leurs pas dans ceux de Dieu. Par davantage de contemplation, d'amour, de pardons donnés et reçus, de sobriété, de temps donné aux autres, à sa famille, à la prière...

Jeûner de Facebook pour s'en libérer

"Le carême est un temps pour renaître"
Mais si beaucoup de chrétiens vivent leur carême en ligne, d'autres choisissent au contraire de se déconnecter. Parce que les réseaux les dispersent ou les empêchent de prier, ils décident de "jeûner" de leur réseau social favori !

Ainsi, il y a quelques années, Damien, qui travaille dans la communication, avait choisi de s'abstenir de Facebook pendant le carême, et de désinstaller l'appli de son smartphone.
"Facebook s'engouffrait dans mes moindres moments de solitude. J'y allais comme par automatisme trois ou quatre fois par jour. Lorsque j'ai calculé le temps que j'y passais, j'ai réalisé que quelque chose ne tournait pas rond.  Et puis avec plus d'un millier d'amis, j'entrais dans l'automatisme du zapping. Je passais d'une personne à l'autre en me souciant uniquement de ce qu'elle peut m'apporter."

Cette année-là, il avait lui aussi choisi de se "recentrer" : "Le but du carême, disait Damien, c'est de se libérer des idoles". "Il s'agit de couper avec ce qui nous éloigne de Dieu, explique Aude sur son blog. Et par ce biais, de faire "mourir" ce qui est mauvais en nous".


Bruno : il remercie Dieu chaque jour pour la grâce de vivre

On comprend mieux, dès lors, l'infinie diversité des chemins de carême. Peu importe l'itinéraire, du moment qu'il permet de renouveler sa relation à Jésus-Christ. Pour les chrétiens, c'est lui en effet le compagnon invisible qui chemine à côté de chaque âme. Et la conduit, au bout des 40 jours, à revivre avec lui sa descente vers la mort et sa remontée vers la vie. 

Cette expérience de mort et de résurrection,  Bruno l'a presque vécue dans sa chair. En 2013, l'étudiant de 25 ans vient de vivre un très grave accident. Revenu à la vie après trois semaines de coma, il est remplit de gratitude et redécouvre la vie comme un enfant.

Depuis, il vit le carême chaque année comme un temps qui lui rappelle le moment inouï où la vie lui a été rendue." Le carême est  un temps pour renaître", dit-il.

"Le carême est un temps pour renaître"
"Vous savez, le carême, dit-il ce sont les quarante jours de Jésus dans le désert avant la crucifixion. La vie qui va vers la mort pour en revenir. Et bien Dieu, et toutes les personnes qui ont prié pour moi, m'ont aidé à faire le même chemin, avec cette différence notable que moi,  je ne suis pas grand chose !"
 
Je lis l'Évangile chaque jour, je parle à Dieu de mes soucis, mes joies et mes efforts


Pour parler de ce "pas grand chose", Bruno évoque le "Mercredi des cendres." Ce jour qui ouvre le carême – juste après mardi gras – où au cours d'une cérémonie, le prêtre trace avec des cendres une croix sur le front des chrétiens en disant à chacun :"Souviens-toi que tu es poussière et que tu retournes à la poussière", un verset tiré de la Bible

De là cette action de grâce de Bruno, cette gratitude qui s'exprime  par une prière plus intense: "Désormais, je commence par lire l'Évangile du jour, puis je parle à Dieu de mes soucis, de mes joies et des efforts que je dois faire pour me rapprocher de lui". 
"Je remercie Dieu tous les jours pour la grâce de vivre et de mieux comprendre ce qu'il attend de moi."

Partager, vivre une démarche de don

Enfin, inséparable du jeûne et de la prière, la solidarité est le troisième pilier du carême chrétien, et comme son couronnement. Un carême parcouru à grands renfort de jeûne et de prières n'a aucun sens si la fraternité est oubliée.

Il y a quelques années, nous avions recueilli le témoignage de Charles, étudiant en économie à Dauphine, qui était parti pour Pâques en Syrie, alors en pleine guerre, pour apporter un soutien humanitaire chrétiens d'Orient. Mais pas besoin forcément de partir. En ces temps de crise sanitaire et économique, les besoins son immenses, dans le monde et à nos portes.

A la fin du carême, certains choisissent donc de donner à une association ou seulement d'offrir le fruit de leurs privations (de sorties ou de jeûne) à un sans-abri ou à un ami en galère.

Donner de son temps pour nourrir le besoin de relation

© Secours catholique
© Secours catholique
D'autres se sentent appelés à visiter une personne seule, ou à participer aux maraudes avec leur paroisse. ​"Il faut se recentrer plus que jamais sur la fraternité, retrouver ce lien avec les plus fragiles", dit Véronique Fayet, présidente du Secours catholique. 

Car donner, c'est aussi se donner et répondre à une autre faim : le besoin de relations, d'amitié, de chaleur humaine, si mis à mal par les mois de confinement et de "distanciation sociale".


Chaque année, au début du carême, les chrétiens se voient d'ailleurs rappeler le sens de leurs efforts de jeûne par ces versets bibliques du prophète Isaïe : "Est-ce là ce que tu appelles un jeûne agréable à Dieu ? N'est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère : défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug (...) N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri..." (Isaïe 58, 5-6). 

Des paroles de feu qui peuvent faire l'effet d'un coup de poing au ventre, et même changer une trajectoire de vie. Encore un fruit du carême.

Témoignages recueillis par Joseph Vallançon et Paul Piccarreta

2 Mars 2021


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