"Seul Dieu peut combler tous nos désirs"


Tags : bonheur

Que faire des désirs multiples et impérieux qui nous assaillent ? Soif de bonheur, d'amour, de fête... Faut-il les combler sans cesse ou les étouffer ? Dans un essai, la jeune philosophe Sophia Kuby ouvre une autre voie, plus spirituelle : le manque révèle selon elle un désir d'infini que seul Dieu peut combler.





"Seul Dieu peut combler tous nos désirs"
Longtemps, elle n'a pas compris d'où lui venait ce désir constant d'un "plus". Plus de justice, plus de vérité, plus de beauté... Née en Bavière en 1981, Sophia Kuby se souvient de son adolescence comme d'un temps "d'incubation" où s'agitaient en elle ces désirs intenses. A 14 ans, le divorce de ses parents creuse une blessure qui lui fait désirer plus ardemment être comblée...

Jusqu'à ce qu'à l'âge de 17 ans, le voile se déchire : lors d'une messe catholique à laquelle on l'a invitée, elle, "la fêtarde" sans religion reçoit la certitude bouleversante de la présence d'un Dieu aimant. "D'un seul coup, tout m'est apparu évident, écrit-elle aujourd'hui : ma vie avait un sens et mes désirs une réponse".

Nos désirs montrent que nous sommes faits pour l'éternité

Presque vingt ans plus tard, Sophia repart de ce moment-clé de sa vie pour réfléchir sur le désir et le manque. Dans un essai profond et incisif, "Il comblera tes désirs" aux éditions de l'Emmanuel, elle montre toute la valeur des désirs qui agitent nos coeurs.

Le désir n'est-il pas le propre de l'Homme ? Et ses élans, ses quêtes, ses rêves d'un monde plus beau ou plus juste ne sont-ils pas le signe qu'il a une vocation éternelle, ici-bas sur cette Terre, et au-delà.
 
"Le désir est une joie anticipée, un avant-goût du Ciel"

"C'est par notre désir que nous pressentons l'éternité", écrit Sophia Kuby. Si nous avons une telle soif de bonheur, c'est qu'un grand bonheur nous attend, assure-t-elle, et le désir en est la "joie anticipée" ; il est un avant-goût du Ciel, ce paradis qui nous attend au-delà de la mort, dans la proximité du Dieu d'Amour...

La Bible elle-même "est un grand récit du désir, écrit-elle : désir des hommes d'entrer en relation avec celui qui est l'Infini, l'Absolu, le Tout-Autre".

Les réponses terrestres ne peuvent pas assouvir totalement notre désir

Cliquez sur la couverture pour aller à la librairie
Cliquez sur la couverture pour aller à la librairie
Fort bien, mais en attendant d'être semblables aux anges, comment gérer tous nos désirs ? Désir sexuel, désir de reconnaissance, de réussite, de bien-être, d'épanouissement de toute sorte... Le manque est parfois si fort, que nous pouvons céder à un tourbillon de sollicitations, de promesses... vouloir consommer, posséder, dévorer et étreindre.

Or, c'est le paradoxe du désir : il ne peut jamais être assouvi totalement par les réponses terrestres, nous explique la jeune philosophe, : "Nos désirs ne seront jamais tous comblés dans notre vie." (...)

"Les désirs matériels sont une expression, mais pas l'essence de nos désirs plus existentiels". Et un peu plus loin : "Malgré le meilleur  mariage, le travail le plus passionnant du monde, de belles amitiés, nous sentirons toujours qu'il manque quelque chose à notre bonheur".

Cela vous attriste, vous déçoit ? 

Sur le même sujet, lire :
Comment répondre à nos désirs d'absolu ?

Nos joies humaines nous parlent de l'éternité mais ne sont pas éternelles

Ce n'est sans doute pas l'intention de Sophia Kuby. D'abord, savoir que les joies humaines ont leurs limites n'empêchent en rien de les goûter. "Au contraire, dit-elle, cela nous permet de vivre déjà quelque chose de l'éternité ici-bas, d'anticiper la joie et la beauté auxquelles nous sommes appelés en plénitude".

Mais comment pourrions-nous rencontrer Dieu si nous cherchons à combler par nous-mêmes tous nos manques ? Comment l'écouter au fond de notre coeur si nous éradiquons tout moment de silence ? Comment laisser la Providence guider nos pas si nous remplissons à ras-bord nos agendas, et comment avoir faim de Dieu si l'on est repu d'images, de biens de consommation et d'activités  ?

Prendre le risque d'être en manque pour laisser Dieu habiter nos désirs

C'est là le coeur du message de Sophia dans son petit essai : il faut, nous dit-elle, prendre le risque de rester "en manque". Ne pas toujours chercher à se satisfaire ici et maintenant, mais redécouvrir les vertus de la sobriété, de la lenteur, de la patience. Il s'agit "de consentir au fait que, fondamentalement, nous ne pouvons pas nous rendre heureux nous-mêmes".
"Il n'attend qu'une chose : que nous le laissions entrer dans notre vie"

Accepter le manque - d'amour, d'amitié, de travail, d'enfant, de relations - cela peut faire mal. C'est pourquoi, souvent, nous fuyons cette souffrance en nous étourdissant ou en nous résignant à une "petite vie".

Alors qu'il suffirait, en toute confiance, de présenter à Dieu notre désir profond. Car "Il n'attend qu'une chose : que nous le laissions entrer dans notre vie, dit Sophia, au coeur de nos désirs ; et que nous le reconnaissions comme la véritable source qui peut nous abreuver".

C'est dans le désert que Dieu vient nous rencontrer dans l'intimité

"Seul Dieu peut combler tous nos désirs"
Dans toute la Bible, le désert est le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu. Et en particulier, le puits, lieu où l'homme assoiffé vient chercher le salut. Un livre sur le désir ne pouvait donc manquer d'évoquer, dans l'Evangile selon saint Jean (chap. 4), la rencontre de Jésus avec une femme du pays de Samarie venue puiser de l'eau en plein midi. "Donne-moi à boire", lui dit Jésus, exprimant le premier sa soif, son désir divin de se révéler à elle.

Etonnée, la Samaritaine sent bien que cet homme n'est pas semblable aux autres. En quelques instants, elle lui dévoile sa vie, sa misère, elle qui a eu 5 maris et vit avec un nouvel homme. Mais Jésus voit le fond de son coeur. C'est l'amour véritable qu'elle cherche !

"Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te parle, c'est toi qui lui aurais demandé, et je t'aurais donné l'eau vive", lui dit-il. Alors, elle est envahie d'une joie qui monte en elle comme une source jaillissante. Il est là son bonheur, le fruit ultime de ses désirs.

Montrer à Dieu les endroits où nous avons mal change la vie en profondeur

"Seul Dieu peut combler tous nos désirs"
Quant à nous, ce n'est plus au puits que nous tâchons d'abreuver nos soifs, mais la démarche à faire reste la même : "Jésus veut que nous entrions dans une plus grande vérité avec nous-mêmes et avec lui, écrit Sophia Kuby. Il nous demande de lui montrer les endroits où nous avons mal, que nous ne voulons pas regarder, où nous avons peut-être même perdu toute espérance où que nous essayons d'apaiser tant bien que mal".

Et après ? Le grand médecin fait-il son oeuvre ? Guérit-il les blessures, entend-il les prières et ultimement, répond-il à nos désirs ?
Attention, le Dieu de la Bible n'est pas un Père Noël ou un distributeur de grâces divines. Et puis, en Dieu, tout est spirituel, et le bonheur promis est bien plus large que nos attentes purement terrestres. "Mon Royaume n'est pas de ce monde", dit Jésus à Pilate. 

Pourtant, Sophia Kuby témoigne bien dans son livre d'un vrai changement lorsque nous présentons à Dieu nos désirs : "J'ai fait l'expérience, que la vie change en profondeur lorsqu'on découvre combien nos désirs sont le chemin de prédilection que Dieu emprunte pour nous attirer toujours plus à lui".

Quand Dieu vient habiter nos manques, une oeuvre de vérité et d'unification

Sur ce chemin, explique-t-elle, certains désirs sont purifiés, réorientés vers la véritable source d'eau vive. Ou plutôt, les moyens employés pour les combler, car la plupart de nos désirs profonds, eux, sont  bons et liés à notre condition humaine.

Mais en laissant Dieu habiter nos manques, une oeuvre de vérité et d'unification se fait en nous. Nous réalisons combien notre façon souvent désordonnée de vouloir combler notre désir nous conduit au péché. Et sentons germer parfois d'autres appels. "C'est une fécondité nouvelle qui nous attend", témoigne Sophia Kuby.
 
"Cette intimité nouvelle avec Dieu peut bousculer notre vie, mais elle est source d'une joie immense"


C'est donc un subtil travail de la grâce divine qui peut se faire en nous. Subtil, car Dieu n'impose rien. notre liberté profonde demeure.Simplement, une nouvelle intimité se crée avec Lui.

Cette intimité, Sophia l'a approfondie depuis sa conversion. Il ne faut pas en avoir peur, assure-t-elle : "Elle peut bousculer notre vie, nous mener sur des chemins inconnus que nous n'aurions jamais osé prendre par nous-mêmes, mais elle et source d'une joie immense."

J'ai prié pour savoir quelles études faire mais rien ne venait...
Sophia raconte comment après sa conversion, elle passe un an pour approfondir sa foi avec d'autres jeunes chrétiens, puis prie longuement pour savoir quelles études faire. "Mais rien ne venait, Dieu ne me répondait pas. Je pensais donc étudier l'économie, mais sans grand enthousiasme." Elle continue alors à prier et sent qu'il y a en elle le désir profond de réfléchir au sens de la vie humaine... "Alors, dit-elle, j'ai osé faire un choix correspondant à mon désir profond, et j'ai commencé des études de philosophie".

Une formation qui lui permet aujourdhui d'exercer d'importantes responsabilités dans une ONG internationale qui défend les droits humains dans une perspective chrétienne.

Chacun peut recevoir un appel personnel adapté à l'unicité de ses désirs

Autre joie, celle de découvrir que l'appel de Dieu sur chaque vie est unique et personnel. Dans son essai, Sophia Kuby évoque le moment où, à la fin de ses études de philosophie, elle se rend compte qu'elle ne prendra pas forcément la même orientation que ses deux grandes amies. Or, dit-elle, "nous étions inséparables !"

Un moment elle se sent bien seule. "Plus moyen de me comparer, de suivre le modèle de vie de quelqu'un d'autre". Car elle se sent poussée à faire des choix bien différents de ceux de ses amies. "Je risquais alors sérieusement de passer à côté de ma vie, du projet de Dieu pour moi".

La liberté ne se joue donc pas uniquement dans le choix du "bon" chemin montré par Dieu, mais aussi dans celui de mon chemin. "Très vite, j'ai compris que cet appel radicalement personnel de Dieu correspondait à mon caractère et à l'unicité de mon coeur et de mes désirs", écrit Sophia Kuby.

La tentation de faire notre propre bonheur va sans cesse resurgir dans notre vie

Mais à d'autres moments, reconnaît-elle dans son essai, Dieu peut paraître sourd à nos désirs, ou bien la vie ne les comble pas comme nous le souhaitions. Il y a certes là pour le croyant, une épreuve pour la foi et l'espérance.

La tentation d'étouffer nos désirs ou d'y apporter nos propres réponses va sans cesse resurgir dans notre vie, nous prévient la philosophe. Avec celle de penser que Dieu ne veut pas mon bonheur... "Dans tous ces moments douloureux, lorsque cela fait mal, rappelons-nous que nous sommes faits pour le bonheur parfait", indique Sophia Kuby.

Et puis, n'est-ce pas dans le désert que jaillit l'eau vive ? Alors, on retient de cet essai une douce leçon d'espérance : c'est au moment où le manque se plus durement sentir, où la brèche de nos désirs semble nous déchirer que surgit, souvent, l'inattendu de Dieu. Des gouttelettes d'éternité qui étanchent notre soif, ici et maintenant.

30 Novembre 2018


Nouveau commentaire :

Et vous, qu'en pensez-vous ?

Témoignages | Initiatives | Coin philo | Portrait | Citations | Spiritualité






Vos articles préférés !



S'abonner à la newsletter gratuite