Tous les chemins mènent au don : pourquoi les grandes religions nous invitent à donner



Donner, partager, faire la charité... Toutes les religions indiquent à l'Homme le chemin du don, mais quel est le sens de ce geste extérieur et intérieur ? Un juif, un chrétien et une musulmane en débattent ensemble.





Tous les chemins mènent au don : pourquoi les grandes religions nous invitent à donner
Si le dialogue entre les religions vous intéresse, alors allez vite découvrir "Il était 3 fois", une émission de radio qui fait dialoguer chaque semaine trois représentants des grandes religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l'islam. 

Le 8 novembre 2017, les trois voix qui se partagent le micro sont celles du père Antoine Guggenheim de Up for Humanness, de Kahina Bahloul de Parle-moi d'islam, et du rabbin Philippe Haddad.

D'emblée, une constatation : même si les mots et les traditions peuvent varier, les trois grandes religions enseignent toutes l'importance de donner au prochain, au pauvre, au malheureux... Et le sens de ce geste, porteur de justice, d'humanisation, de purification, trouve de nombreux points communs d'une tradition à l'autre.

La vidéo de l'émission dans les locaux de RCF (20')
 

L'émission "Il était trois fois" est produite en partenariat par la radio juive RCJ et Radio Notre Dame.

Vivre la tsédaka, c'est rétablir la justice

Dans le monde juif, on enseigne aux enfants la tsédaka : le geste qui consiste à déposer sa pièce dans une petite boite. Simple quête ? Aumône faite aux malheureux ? "C'est bien plus que cela, explique le rabbin Philippe Haddad. Car la tsédaka, c'est le même mot que la justice. Il s'agit en fait de rendre à l'autre ce qui lui est dû, de répartir la bénédiction de Dieu..."

Voilà qui pose d'emblée la valeur morale du don : on ne donne pas pour apaiser sa conscience mais pour combler le besoin de l'autre et signifier ainsi que l'on n'est pas pas propriétaire ultime de ses biens. Donner, c'est d'une certaine façon reconnaître que nous ne sommes qu'usufruitiers de nos biens.

Dans l'islam, la Sadaqa, mot arabe qui désigne la tsédaka, est à la fois une aumône à faire aux proches, aux voyageurs, aux malheureux, mais aussi un acte de foi et un chemin de purification : ce don a la vertu de purifier à la fois l'âme du donateur et les biens qui sont donnés.

Donner dans la discrétion et l'humilité

Mais il n'est pas toujours simple de donner, ni de recevoir. C'est pourquoi les traditions religieuses ne se contentent d'encourager à donner. Elles enseignent aussi comment donner. Le risque du don est en effet de créer un rapport de domination entre celui qui donne et celui qui reçoit. 

Dans le christianisme où la charité est centrale - jusqu'à désigner l'être même de Dieu - c'est la raison pour laquelle on emploie moins l'expression "faire la charité", devenue un peu péjorative. "Au 20ème siècle, la philosophie chrétienne a davantage mis l'accent sur la notion de partage", explique le père Antoine Guggenheim. Partager, c'est avoir part au même pain et signifier ainsi l'égalité entre tous les  hommes.
 
"Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite"

Les trois religions se rejoignent d'ailleurs sur une invitation à donner dans la discrétion, dans l'humilité, sans s'en glorifier et même si possible sans se faire connaître à celui à qui l'on donne. "Le coran dit qu'il faut que notre main gauche ignore le don que nous faisons avec notre main droite", explique Kahina Bahloul.
Une parole que l'on retrouve quasiment mot pour mot dans bouche de Jésus-Christ dans l'Evangile : "Mais quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra". (Evangile selon saint Mathieu 6). 

La pauvreté, le don ultime

Certaines traditions religieuses ont été encore plus loin. Invitant au dépouillement total et au choix de la pauvreté. "Dans le christianisme, des religieux choisissent d'embrasser la pauvreté pour imiter la pauvreté de Jésus-Christ", explique Antoine Guggenheim. La pauvreté devient alors une voie spirituelle qui aide à se dépouiller et à se rapprocher de Dieu.

Une voie que l'on retrouve chez certains soufis, ces musulmans qui cherchent à pratiquer un islam spirituel. "Le mot "soufi" vient d'ailleurs du mot 'laine', car les premiers soufis portaient des vêtements de laine pour marquer leur désir de se dépouiller de la matérialité du monde", explique Kahina Bahloul.

Respecter la Terre, ne pas voler

Enfin, le don, c'est aussi tout simplement ne pas prendre ce qui est à autrui. "Je pense en particulier à des questions d'écologie aujourd'hui. Car si nous détruisons la planète aujourd'hui, nous ne faisons pas oeuvre de tsédakà, de justice vis-à-vis des générations futures", rappelle opportunément Philippe Haddad.

Vivre plus sobrement et s'abstenir de posséder certains biens aide ainsi à ne pas dilapider les ressources communes de la famille humaine. C'est l'un des nombreuses voies à emprunter aujourd'hui pour entrer dans ce mouvement du don.
 

6 Décembre 2017
la rédaction


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