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La fraternité est-elle encore possible ?



Dans une situation nationale et internationale souvent tendue, la fraternité semble un mot qui sonne creux. Peut-on la retrouver ? La refonder ? Est-elle un rêve, une utopie ? Ou un projet concret et valable ? Réponse avec un texte inattendu du pape François




La fraternité est-elle encore possible ?
C’est une encyclique très accessible que le pape François a publié en octobre 2020 : Fratelli tutti (« Tous frères »). Dans son style très vif, simple et accompagné de nombreuses expressions chocs, le pape a livré ce texte en pensant à tous et pas seulement aux fidèles de l'Eglise catholique.

Car d’ordinaire, une encyclique est une Lettre solennelle du Pape (le plus souvent à valeur d’enseignement) adressée à l’ensemble de l’Eglise catholique ou à une partie d’entre elle.

Cette fois, il semble que beaucoup de non-croyants et même de croyants d’autres religions pourront faire profit de ce texte. D’ailleurs, comme il le précise lui-même au paragraphe 6, le pape François n’a pas cherché à « résumer la doctrine sur l’amour fraternel, mais [à] se focaliser sur sa dimension universelle, sur son ouverture à toutes les personnes ». 

Un texte qui veut lancer un pont entre l’Occident et l’Orient

Accolade entre le Pape François et le Grand Imam d'Al-Azhar à Abou Dhabi, le 4 février 2019 © Vatican Média
Accolade entre le Pape François et le Grand Imam d'Al-Azhar à Abou Dhabi, le 4 février 2019 © Vatican Média
De façon très étonnante (de la part du chef de l’Eglise catholique), le pape François écrit même s’être « particulièrement senti encouragé [dans la rédaction de ce texte] par le Grand Imam Ahmad Al-Tayyeb ». Il faut dire que les deux hommes s’étaient rencontrés à Abou Dhabi en février 2019 et qu’ils avaient alors signé ensemble un Document sur la fraternité pour la paix mondiale et la coexistence commune.

Cette lettre encyclique du pape François brasse donc large. Mais, bien qu’il y aborde à certains endroits la dimension politique de la fraternité et qu’il a semblé à certains qu’il dépassait alors les limites de ses prérogatives, ce texte apparaît bien universel et assez éloigné des clivages pour intéresser toute homme et toute femme de bonne volonté.

Etre enracinés et se connaître

S’il s’arrête longuement sur les défis de l’époque en décrivant sans concession « les ombres d’un monde fermé » (premier chapitre) où l’économie nivelante et souvent destructrice laisse de côté des millions d’êtres humains, le pape François propose « nombre de chemins d’espoir ».

Le premier chemin qui mène à l’autre et permet de vivre une authentique fraternité passe par soi. Pour être frères, appréhender l’autre, et le connaître, il faut se reconnaître soi-même, explique François.

La route vers les autres commence par soi-même, pourrait-on dire. Cela suppose de savoir qui l’on est, de connaître son histoire personnelle, celle de son pays, de sa culture.

Cela apparaît tellement important pour le pape, qu’il cite le document qu’il avait adressé aux jeunes en mars 2019 :
« Si quelqu’un vous fait une proposition et vous dit d’ignorer l’histoire, de ne pas reconnaître l’expérience des aînés, de mépriser le passé et de regarder seulement vers l’avenir qu’il vous propose, n’est-ce pas une manière facile de vous piéger avec sa proposition afin que vous fassiez seulement ce qu’il vous dit ? Cette personne vous veut vides, déracinés, méfiants de tout, pour que vous ne fassiez confiance qu’à ses promesses et que vous vous soumettiez à ses projets.

C’est ainsi que fonctionnent les idéologies de toutes les couleurs qui détruisent (ou dé-construisent) tout ce qui est différent et qui, de cette manière, peuvent régner sans opposition. Pour cela elles ont besoin de jeunes qui méprisent l’histoire, qui rejettent la richesse spirituelle et humaine qui a été transmise au cours des générations, qui ignorent tout ce qui les a précédés
 »

Se laisser toucher par d’autres

La connaissance de soi et l’enracinement dans une famille, un lieu, un pays permet alors d’aller à la rencontre des autres. Le pape promeut en effet une véritable culture de la rencontre, seule situation où le don de soi est possible.

« Un être humain, écrit François en citant un texte du concile Vatican II, est fait de telle façon qu’il ne se réalise, ne se développe ni ne peut atteindre sa plénitude "que par le don désintéressé de lui-même". Il ne peut même pas parvenir à reconnaître à fond sa propre vérité si ce n’est dans la rencontre avec les autres (…)
Cela explique pourquoi personne ne peut expérimenter ce que vaut la vie sans des visages concrets à aimer. Il y a là un secret de l’existence humaine authentique, car « la vie subsiste où il y a un lien, la communion, la fraternité ; et c’est une vie plus forte que la mort quand elle est construite sur de vraies relations et des liens de fidélité. En revanche, il n’y a pas de vie là où on a la prétention de n’appartenir qu’à soi-même et de vivre comme des îles : dans ces attitudes, la mort prévaut ».

Ne pas vivre « comme des îles » mais construire des ponts pour se relier aux autres, c'est un des chemins auquel invite le chef de l’Eglise catholique.


L'encyclique résumée en vidéo par l'ONG de coopération internationale FIDESCO


Apprendre à sortir de soi-même pour se donner

En ce XXIe siècle où fleurissent les conflits et de graves injustices, comment ce don de soi est-il possible ? Le pape François y encourage toutes les personnes de bonne volonté, en particulier les jeunes, car il considère ce don comme l’élément clé de l’exercice de la fraternité. Comment donc comprendre cet appel du chef du Vatican ?

Le pape emploi l’expression « loi d’"extase" » pour illustrer ses propos : « Faits pour l’amour, nous avons en chacun d’entre nous une loi d’"extase" : sortir de soi-même pour trouver en autrui un accroissement d’être ».

L’amour nous précède (ne sommes-nous pas le fruit de l’amour de nos parents ?) et nous porte. En tout cas, il doit nous porter au-delà de nous-mêmes et même au-delà du (ou des) groupe(s) auxquels nous nous rattachons : « Je ne peux pas réduire ma vie à la relation avec un petit groupe, pas même à ma propre famille, car il est impossible de me comprendre sans un réseau de relation plus large ».

​Savoir se laisser compléter par autrui

Sans une relation plus large que celle qui se cantonne à un groupe ou une communauté auto-référencée, l’amour ne peut s’enrichir ni parvenir à la plénitude. Et nous ne pouvons dès lors pas envisager autrui comme un frère à considérer. « En revanche, souligne le pape, l’amour authentique, à même de faire grandir, et les formes les plus nobles d’amitié résident dans les cœurs qui se laissent compléter ».

Avoir un cœur qui se laisse compléter par autrui, un cœur sensible pas seulement à ses propres (petits) intérêt mais aussi – et surtout – à la valeur de la vie des autres, à leur singularité, à leur unicité, leurs talents et leurs propres souffrances ou difficultés : telle est l’invitation du pape pour un monde plus fraternel.

Ce dynamisme d’ouverture et d’union avec les autres, écrit François, « c’est la charité que Dieu répand » et qui nous met « en tension vers la communion universelle ».


​Pratiquer un dialogue authentique en vue du bien commun

En se connaissant, en sortant de soi, et au contact des autres qui nous révèlent à nous-mêmes, la fraternité trouve un nouveau terrain pour fleurir. Mais celle-ci, comme l’amitié sociale, a besoin du dialogue pour s’édifier. Cela peut paraître banal – voire bateau – de la part du pape d’inviter (une fois de plus) à l’échange dialogué et constructif.

Pourtant, c’est un défi majeur s’il n’en reste pas à un dialogue de sourds. Et même s’il ne fait pas la Une des journaux, un dialogue persévérant et courageux « aide discrètement le monde à mieux vivre, beaucoup plus que nous ne pouvons imaginer », assure le pape.

Le dialogue échoue lorsqu’il ne cherche pas à promouvoir le bien commun et qu’il devient une simple négociation. Face à ce constat de dialogues trop souvent biaisés où les parties n’ont d’autre but qu’accroître un profit maximum en leur faveur, François espère que demain, et dès aujourd’hui, se lèveront des acteurs nouveaux capable d’un dialogue authentique. « Plaise à Dieu que ces héros soient en gestation dans le silence au cœur de nos sociétés ! », écrit-il.

​Promouvoir la mémoire et le pardon

« Le chemin vers la paix n’implique pas l’homogénéisation de la société », prévient l’auteur de l’encyclique. La fraternité à laquelle il invite n’est pas l’oubli ou le gommage des injustices ou des crimes subis : « Celui qui subit une injustice doit défendre avec force ses droits », annonce François.

Mais poursuit-il, même si ce n’est pas une tâche facile, « l’essentiel, c’est de ne pas le faire pour nourrir une colère qui nuit à notre âme et à l’âme de notre peuple, ou par un besoin pathologique de détruire l’autre qui déclenche une course à la vengeance ».

Sans devenir amnésique mais en entretenant la mémoire des offenses ou des crimes passés (pour les éviter à l’avenir), ceux qui parviennent à pardonner à leur ennemi sont des héros de la fraternité humaine. « Ils brisent le cercle vicieux [de la violence], ralentissent les progrès des forces de destruction [et] décident de ne pas continuer à inoculer dans la société l’énergie de la vengeance », écrit le pape.

​Mûrir sa propre réflexion

L’encyclique est épaisse (216 pages), plus que les autres encycliques écrites sur un ton différent par ses prédécesseurs. Mais elle vaut la peine de s’y pencher à l’heure où le pape François reste l’une des voix les plus reconnues et écoutées au monde. A chacun d’en faire son profit.


- Pour aller plus loin :
Le texte "Fratelli Tuti" peut être téléchargé gratuitement sur cette page du Vatican

Joseph Vallançon

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