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Musulman, il témoigne d'un islam de paix et de dialogue



Dans un livre témoignage, "Moi, musulman, je n'ai pas à me justifier" (éd. Eyrolles), le Franco-Sénégalais Seydi Diamil Niane condamne toute violence perpétrée au nom de l'islam. Le jeune chercheur lance au contraire un appel au dialogue, à l'intelligence et à un "humanisme théocentré".




Seydi Diamil Niane à un débat de l'association Coexister dont il est membre. © Corinne Simon
Seydi Diamil Niane à un débat de l'association Coexister dont il est membre. © Corinne Simon
C'est un livre court, dense et lumineux. Celui d'un citoyen français musulman broyé par la violence islamiste mais aussi par la sourde hostilité qu'elle fait monter envers toute la communauté musulmane.

Alors, il prend la parole. Lui, le jeune chercheur en islamologie – il vient de soutenir une thèse de doctorat à l'université de Strasbourg – n'est-il pas aussi autorisé à le faire que certains "spécialistes de l'islam" des plateaux télé ?

Une éducation marquée par l'approfondissement de la foi musulmane

Seydi Diamil Niane est né en 1991 dans une famille modeste du nord-ouest du Sénégal, un pays où 90% des habitants sont musulmans. Il y a fait de bonnes études, à l'école sénégalaise mais aussi franco-arabe islamique. Puis son père ayant émigré en France de longue date, il est venu poursuivre ses études au département d'études arabes de l'université de Strasbourg. Il y a décroché un double master en islamologie et en études arabes, puis poursuivi en doctorat.

Ainsi, explique-t-il dès le début du livre, "je suis né et ai grandi dans un milieu traditionnel, et toute ma vie, en tant qu'élève, étudiant, et aujourd'hui chercheur, l'islam a été essentiel pour moi."

"Je n'ai pas à me justifier de crimes que je n'ai pas commis"

Cliquez sur la couverture pour aller à la librairie
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Mais Diamil est aussi un militant de la rencontre des cultures. Approfondir et pratiquer sa propre foi ne l'empêche pas de s'intéresser aux autres religions, au contraire. Il est donc membre actif de l'association Coexister, qui rassemble des jeunes de toutes confessions souhaitant créer des liens et mener des actions communes. Tout le contraire du communautarisme et du repli ! 

Alors, quand en novembre 2015 après l'attentat du Bataclan à Paris, des amis lui disent "Ouh là, Diamil, qu'est-ce que vous avez fait encore ?", il sent qu'il ne peut plus se taire. "Auparavant, explique-t-il, mes ami(e)s se contentaient de me demander ce que, en tant que musulman, je pensais de chaque tuerie commise au nom de ma religion"...

Là, il se sent injustement accusé. Cloué au pilori des regards soupçonneux comme d'ailleurs toute la communauté musulmane en France. Il lui faut expliquer que non, il n'a pas "à se justifier". Parce que la foi qu'il professe et vit n'a rien à voir avec ces crimes et l'esprit qui les porte !

Répandre la paix et non semer la mort

"Je tiens à exprimer mon indignation et à rappeler que rien, absolument rien au monde, ne peut, et surtout pas Dieu, justifier le massacre d'innocents", martèle Diamil en appuyant sa condamnation sur de multiples versets du  Coran engageant d'abord à répandre la paix.

"La première chose à laquelle appelle le messager de l'islam est de répandre la paix, écrit-il, sans distinction de religion, de culture, de couleur ou de langue. Un musulman doit répandre la paix s'il veut voir les couleurs du paradis, de la même façon qu'un chrétien doit oeuvrer pour la paix s'il veut avoir l'agrément du Seigneur."

Des versets tronqués et mal interprétés

Et les versets appelant à la "guerre sainte" ? Le chercheur ne se dérobe pas, mais propose une relecture d'ensemble des "versets violents", montrant que les extrémistes ne retiennent que quelques parties tronquées, sorties de leur contexte comme le "Tuez-les, où que vous les rencontriez"... qui en réalité commence par "Combattez dans le sentier d'Allah ceux qui vous combattent" (Coran 2 / 190-192).

Il s'agit donc d'un appel à combattre  uniquement d'autres combattants dans une situation de guerre. "Les civils ne font pas partie de ceux qui doivent être combattus", écrit l'islamologue. Et "même en situation de guerre, l'islam appelle à protéger les personnes âgées, les femmes et les enfants"... 
 

L'intelligence et le savoir sont les meilleures armes contre l'extrémisme

Universitaire, Diamil pratique l'étude des textes sacrés.
Universitaire, Diamil pratique l'étude des textes sacrés.
Certes, il ne prétend pas parler "au nom de l'islam", et explique que ses propos n'engagent que lui. Mais tout de même. Sa profonde connaissance des sources scripturaires du Coran force le respect.

Le message du Coran, explique-t-il, doit être à la fois replacé dans le contexte historique où il a été écrit – le monde des tribus arabes du 7ème siècle – et lu dans son ensemble, comme d'ailleurs les textes sacrés d'autres religions. 
 
"Que la jeunesse se purifie par le savoir"

Il en appelle donc à l'intelligence des musulmans pour chasser l'ignorance qui les expose, surtout les jeunes, aux manipulations extrémistes. "Que la jeunesse se purifie par le savoir pour ne plus avoir à être manipulée par les laveurs de cerveau", écrit-il. Et aux non-musulmans, qu'ils cessent les amalgames et les paroles d'exclusion qui attisent le racisme et font le lit des extrémistes.

Accepter et aimer l'altérité

"Le point de départ du terrorisme et de l'extrémisme, selon moi, c'est la négation de l'altérité, explique Diamil. Si je ne n'admets que d'autres puissent avoir d'autres opinions que moi, notamment religieuses, alors je vais les traiter par le mépris ou la domination".

Et à nouveau de nous entraîner dans la lecture de versets du Coran et d'auteurs musulmans rappelant que l'Unicité de Dieu se conjugue avec la multiplicité de sa création. Confesser l'Unicité d'Allah n'empêche donc aucunement de le rechercher dans le dialogue et la multiplicité des êtres. "Le dialogue avec l'autre s'impose de plus en plus", écrit même Diamil.

Mais comment s'y prendre concrètement pour dialoguer avec des personnes d'autres religions ? "Ce que je conseillerais à des jeunes, répond Diamil, ce n'est pas de commencer par des débats théologiques sur les différences entre les religions. Montez plutôt des actions ensemble, par exemple pour l'accueil des migrants ou pour l'écologie. Ainsi vous apprendrez à faire-ensemble pour l'intérêt de l'homme et à vous respecter. C'est ce que nous faisons à CoExister".

Pour un humanisme théocentré

Dans la deuxième partie de son livre, l'auteur dévoile un peu plus le coeur de sa foi musulmane.  Depuis l'âge de 17 ans, il s'inscrit dans le soufisme, courant spirituel de l'islam sunnite qui invite l'homme à revenir à sa nature primordiale, à l'âge d'or prééternel où il contemplait la face de Dieu.

Et c'est parce qu'il est "réceptacle du souffle créateur" que l'homme doit être ainsi respecté, que la vie humaine doit être "sacralisée". C'est à cet "humanisme théocentré" que les soufis appellent.

L'importance de l'amour et de la liberté dans la foi

Musulman, il témoigne d'un islam de paix et de dialogue
Autre valeur importante pour l'islam soufi, l'amour. "Le soufisme insiste sur l'amour plus que sur la crainte de Dieu", écrit Diamil.
Un peu plus loin, il explique : "Dieu a opéré toute la Création par pur amour. Les hommes et les génies, l'eau et le feu, les montagnes et la terre, les cieux et les étoiles ne sont rien d'autre que le reflet de l'amour divin. Dans cet amour il n'est pas question de faire la différence entre une personne de notre religion et une autre avec qui nous ne partageons pas la même foi".

Enfin, si l'islam est "soumission", la foi est une "adhésion intime" et "elle ne peut être entièrement réalisée sans une liberté garantie par Dieu lui-même". Pour prévenir toute mise en question, le chercheur précise : "Musulman pratiquant, loin de moi l'idée ou la volonté d'inviter qui que ce soit à quitter la religion musulmane. Je dis tout simplement que la foi n'a de sens que si elle est libre".

Pour un islam spirituel

C'est donc à l'approfondissement de ces valeurs que Diamil invite ses frères musulmans, afin qu'il vivent un "islam spirituel".

Et les cinq prières quotidiennes de l'islam, ne faut-il plus les faire ? "Bien sûr que si, nous a répondu Diamil. Cela me paraissait si évident que je ne l'ai pas précisé dans mon livre. Les soufis respectent les cinq prières à la mosquée et croient au Prophète. Mais leur prière ne se limite pas aux simples inclinaisons et prosternations. "Accomplis la prière afin de te souvenir de Moi", dit le texte coranique. Se souvenir de Dieu et aller à la conquête de son amour, voilà le but ultime de la prière. Cet amour, est-on prêt à le mettre en oeuvre? Il serait contradictoire de prétendre à l'amour de Dieu tout en méprisant une créature de l'aimé".

Une ouverture qu'il illustre à la fin de son livre par de belles citations de penseurs musulmans comme Ibn 'Arabi (1165-1240) :
"Mon coeur est devenu capable de prendre toutes les formes,
Il est un pâturage pour les gazelles,
Un couvent pour les moines,
Un temple pour les idoles,
La Kaaba pour le pèlerin.
Il est les tables de la Torah et le livre du Coran.
Je professe la religion de l'Amour où que se dirigent ses caravanes,
Car l'Amour est ma religion et ma foi".

"Voilà, conclut Seydi Diamil Niane, le message de l'islam qui m'a été transmis : une religion de paix, de miséricorde mais surtout d'amour et d'altérité". Un témoignage à partager pour promouvoir une laïcité ouverte et prévenir les funestes entreprises de radicalisation.

19 Octobre 2017


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