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La technologie peut-elle faire notre bonheur ?



Les innovations technologiques nous promettent un monde plus vert, plus riche, plus intelligent et surtout plus connecté. Alors, la tech peut-elle nous sauver de tous les maux, ou n'est-elle qu'un outil à mettre au service de l'Homme ?




Au salon Vivatech 2019 : visite du Parc des princes en réalité virtuelle © MK2 VR X PSG
Au salon Vivatech 2019 : visite du Parc des princes en réalité virtuelle © MK2 VR X PSG
Chaque printemps depuis 2016, le public vient en foule au Parc des expositions à Paris : entrepreneurs, étudiant(e)s, ingénieur(es) ou simples curieux ne veulent rien manquer des innovations présentées au grand salon Viva Technology qui attire désormais plus de 100 000 personnes !

Cette grand messe a un credo : "Le progrès technologique peut servir le bien commun, indique le dossier de presse 2019 : GreenTech pour sauver notre planète et lutter contre le changement climatique, EdTech pour améliorer l'accès à l'éducation, les technologies de blockchain pour réduire la pauvreté et aider à l'émancipation des populations les plus vulnérables, intelligence artificielle pour optimiser l'impact social et l'inclusion numérique…"

La vague du "Tech for Good" ne cesse donc de grossir... L'innovation semble apporter tant de solutions, qu'elle devient synonyme de progrès, d'espoir et de lendemains qui chantent. Ne cherchez plus le bonheur, la technologie va vous l'apporter.

Tech for good... mais sait-on ce qu'est le bien ?

La technologie peut-elle faire notre bonheur ?
Quelques voix, pourtant, viennent rompre cette unanimité technologiste. Comme celle de l'ingénieur Philippe Bouix qui dénonce dans ses livres l'utopie du "techno-solutionnisme". Pour lui, la transition écologique passera par les usages et les décisions politiques, non uniquement par les technologies.

Ou celle du consultant Thomas Jauffret, expert en stratégie qui invite à s'interroger sur la finalité de ces innovations : derrière le slogan "tech for good", sait-on quel est ce bien promis à notre humanité ; sait-on même qui est l'Homme que l'on entend sauver et rendre heureux ?

Dans un livre au titre décoiffant, "Dieu, l'entreprise, Google et moi", ce diplômé de Dauphine invite à discerner, à chercher ce qui est vraiment bon (ou pas) pour nous, pour les autres, pour le monde.
Avec quelle méthode ? La même que celle des innovateurs : pour trouver les bonnes réponses, il faut se poser les bonnes questions.

La tech est-elle au service de l'humain dans toute ses dimensions ?

En un sens, les technologies numériques ont opéré une révolution : en s'adressant à la multitude, elles placent l'utilisateur au coeur de leur business-model ; en scrutant les attentes de leur "avatar", elles inventent des services rapides, simples et peu coûteux. Ecoute et service de l'autre, ce n'est pas si mal.

Mais qui est cet humain que l'on veut tant combler ? Une espèce animale parmi d'autres, une fabuleuse machine orchestrée par un super-cerveau, un corps qu'il convient d'augmenter ou de transformer ?

Pour Thomas Jauffret qui puise ses références dans saint Irénée et Pascal, l'homme ne se limite pas à ces visions mécanicistes. Il est à la fois corps, esprit et âme, d'où sa dignité et sa vocation particulière à aimer en unifiant les diverses dimensions de son être.

Dès 1940, le psychologue Abraham Maslow identifiait d'ailleurs une pyramide de besoins humains : à la base, nous avons des besoins physiologiques, puis des besoins de sécurité, et sur les marches supérieures, des besoins d'affection et d'amour, d'estime et d'accomplissement de soi.

Oublier ou contrarier cela dans nos innovations, c'est passer à côté du véritable "bien commun".


Vidéo : Thomas Jauffret, auteur de "Dieu, l'entreprise, Google et moi"


La tech laisse-t-elle sa place aux relations humaines ?

Illustration avec les relations humaines, si essentielles en entreprise, en société, en famille et dans toute vie personnelle. Face à une innovation technologique, voilà donc un bon critère de discernement : le service stimule-t-il les relations entre les personnes, ou les supprime-t-il ?

Lors d'un pitch de startups de la Edtech (pour l'éducation), un jeune entrepreneur présente un chatbot (robot conversationnel) chargé d'accueillir les nouveaux étudiants à l'université en les guidant vers les services à connaître. Cela va-t-il répondre à leur besoin profond de se faire des amis et de nouer des relations humaines ? Pas sûr.

Le même jour, une jeune diplômée de l'EMLyon, Diane Lenne, présente WAP, ("We are peers"), une méthodologie qui permet d'apprendre entre collègues de la même organisation. Les "pairs" partagent leurs connaissances sur un sujet par petits groupes de six, et une application les aide à formaliser et synthétiser leurs échanges.
Basé sur le partage et l'écoute mutuelle, l'outil révèle la force de l'intelligence collective. Il parie sur les richesses de l'humain là où d'autres font l'impasse. Tout est donc affaire de choix.

La tech favorise-t-elle la collaboration et le partage des talents ?

L'application WAP n'est qu'un des nombreux outils numériques facilitant la collaboration et le partage : en entreprise, ils peuvent être précieux pour aider à communiquer et travailler en équipe. Car une entreprise, rappelle Thomas Jauffret, c'est d'abord une communauté humaine, le mot "compagnie" vient du latin cum-panis, évoquant "ceux qui partagent le pain".

Sur ce point, la tech est plutôt pionnière : les messageries, les réseaux sociaux, les outils de partage de fichiers et même de e-learning permettent d'inter-agir et de co-construire. La recherche scientifique elle-même se fait collaborative en demandant par exemple à des citoyens d'observer certains milieux naturels ou certaines espèces.

TechCrunch Hackathon : 36 heures pour innover ensemble © Meero / VivaTechnology 2019
TechCrunch Hackathon : 36 heures pour innover ensemble © Meero / VivaTechnology 2019
Les hackathons, ces compétitions ludiques où l'on cherche en quelques heures à relever un défi technologique, permettent à des étudiants de côtoyer des dirigeants d'entreprise, des ingénieurs et des développeurs en une belle émulation.

Mais en même temps, le télé-travail affaiblit le salariat, il peut émietter les tâches et isoler les travailleurs... Heureusement, dans toutes les villes, des espaces de "coworking" recréent des espaces de rencontre et de socialisation, signe que l'homme n'est pas fait pour travailler seul. Remarquons cependant qu'il s'agit d'innovation sociale plus que technologique. 

La tech va-t-elle valoriser le travail humain...

Avec les progrès de l'Intelligence artificielle (IA), on nous annonce la suppression de nombreux emplois, la fin de certains métiers. Déjà dans les grands entrepôts du e-commerce, des robots remplacent les préparateurs de commande, dans les hypermarchés, les caissières disparaissent...

"Ce sont tous les métiers qui comportent des tâches automatisables qui sont concernés", explique Isabelle Rouhan dans son livre sur "Les métiers du futur" (Ed. First). Cette ancienne de Facebook reconvertie dans le recrutement assure que l'IA peut avoir un impact favorable sur l'emploi et la qualité de vie au travail : "Ma conviction est qu'elle doit amener des solutions en faveur de métiers plus utiles et plus épanouissants".

Ainsi les avocats pourront se décharger des tâches fastidieuses de lecture de contrat pour se concentrer sur le conseil juridique à "valeur ajoutée". Les enseignants n'auront plus à dispenser des cours, mais à accompagner les élèves dans la compréhension et l'application.

...ou va-t-elle le détruire ?

Présentation du robot ANYmal © Meero / Viva Tehnology 2019
Présentation du robot ANYmal © Meero / Viva Tehnology 2019
Cette vision optimiste laisse pourtant des questions dans l'ombre : quels emplois pourront occuper demain les moins qualifiés ? Qu'en sera-t-il de la vie d'entreprise et du lien social dans ces bureaux, ces magasins, ces entrepôts robotisés ? Quels critères seront pris en compte pour choisir ou non d'automatiser certaines tâches : la recherche de productivité ou le souci de préserver le travail humain ?

Car comme le rappelle sans cesse l'économiste Pierre-Yves Gomez, le travail humain est à la fois la source de la richesse, mais aussi le lieu où nous pouvons exprimer nos talents avec d'autres et contribuer à la construction du monde.

Si tant de jeunes diplômés boudent des carrières dans de grands groupes pour créer leur startup ou se lancer dans la pâtisserie ou la plomberie, n'est-ce pas pour retrouver le sens profond de leur travail : faire oeuvre utile, voir et toucher le fruit de leurs efforts, échapper à l'anonymat des grosses structures...

Quand l'innovation prend cela en compte, par exemple dans les fablabs où le numérique s'allie aux métiers manuels, elle contribue au "bien commun". Quand elle l'ignore, elle prive les entreprises de leur vraie richesse et alimente le malaise des travailleurs mis au rebut. 

La tech prend-elle en compte les pauvretés et les fragilités...

"Il existe aujourd'hui un désir profond en nous, dirigeants, employés, étudiants ou clients de tourner notre regard vers le pauvre", assure Thomas Jauffret dans son livre (p.64). "Et ce désir, poursuit-il, semble pouvoir se concrétiser plus facilement, s'il en était besoin, grâce aux technologies".

A l'appui, il évoque les incubateurs africains du numérique, les plateformes de formation en ligne (comme OpenClassrooms) qui permettent à des internautes d'accéder à une formation professionnelle à petits prix ou le réseau social Entourage destiné à aider les personnes de la rue...

... ou induit-elle un culte de l'intelligence ?

Les innovations technologiques peuvent donc être sociales, mais en même temps, les géants du numérique ont ruiné des PME, recruté des armées de travailleurs pauvres (et même parfois des enfants), et maximisé leurs profits en échappant au fisc. 

Plus profondément, les fortunes générées par la tech ont fait naître un véritable culte de l'intelligence, porté par l'engouement pour les neurosciences, les biotechnologies et l'IA.

Dans son livre "La guerre des intelligences", le créateur du site Doctissimo Laurent Alexandre décrit très sérieusement un avenir où seuls les super-cerveaux pourront rivaliser avec l'intelligence artificielle. Il faudra donc, selon lui, doper nos cerveaux grâce à des implants numériques ou bien ne faire naître que ceux dont les gènes prédiront un fort QI... Pas de place pour le handicap ou la fragilité dans cet univers impitoyable.

La tech nous rend-elle plus libre ?

Sous l'arbre solaire connecté "E-Tree" © Meero / Viva Technology 2019
Sous l'arbre solaire connecté "E-Tree" © Meero / Viva Technology 2019
Côté liberté, les technologies numériques sont clairement au banc des accusés. Pourtant, au départ, internet s'offrait à tous comme un grand espace de liberté permettant de s'exprimer et de collaborer.

L'Open Source, comme le rappelle Thomas Jauffret, a permis à des centaines de particuliers, d'associations ou d'entreprises d'utiliser gratuitement des outils élaborés par d'autres. Mais à côté de cette économie du partage, les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ont peu à peu tissé leur propre toile.

Difficile aujourd'hui d'échapper à leur monopole et aux logiciels embarqués qui traquent nos données personnelles, nos préférences, nos habitudes, nos loisirs et même nos croyances, non seulement pour nous proposer des services ou des produits, mais aussi, hélas, pour nous manipuler.

Certes, nous ne sommes pas obligés d'être sur Facebook et Instagram et de commander les livres sur Amazon. Mais on nous promet pour bientôt des smart cities où tous les espaces et tous les objets seront eux-mêmes connectés !

La tech peut-elle sauver la planète ?

La technologie peut-elle faire notre bonheur ?
Là encore, on est tenté d'y croire vu l'incroyable inflation d'innovations technologiques à visée environnementale : depuis les applications pour réguler toutes nos consommations, jusqu'aux nouveaux moteurs des véhicules électriques ou aux ressources de la biotechnologie pour vaincre la pollution.

Mais la GreenTech suffira-t-il ? Beaucoup d'experts pensent que non. Dans son livre "Le bonheur était pour demain", l'ingénieur Philippe Bihouix dénonce les "fantasmes techno-réparateurs" et rappelle que les nouvelles technologies sont très gourmandes en ressources et en énergie

Selon lui, il faut au contraire aller vers des "low-tech" et surtout, des modes de vie plus sobres, une consommation plus circulaire, une fiscalité beaucoup plus verte. En somme, prendre des décisions courageuses en invitant chacun à assumer sa part de responsabilité, à commencer par les décideurs politiques.

Le fait est qu'il est plus confortable de penser que la technologie va trouver des solutions miracles que de changer nos modes de vie, ou de renoncer à certains gadgets numériques.

La tech va-t-elle nous apporter le bonheur ?

Tous les points précédents ont déjà répondu : la technologie, même numérique, innovante, disruptive, n'est qu'un outil entre nos mains. Comme le dit Thomas Jauffret, c'est donc à nous de la façonner en mettant l'homme au centre, dans le respect de sa nature profonde où résonne l'appel au don de soi, à la collaboration et à l'amour.

Ce pro de l'entreprise digitale livre là une vision nourrie par l'enseignement social chrétien et la sagesse monastique. Loin des fantasmes transhumanistes de puissance qui promettent l'immortalité, il prône la l'humilité, la contemplation silencieuse et la méditation pour discerner ce qui est bon pour l'homme et avoir le courage de l'accomplir.

"Etre une communauté ouverte, avoir une humble ambition, penser et se cultiver, chercher Dieu, prier dans le silence, oser et expérimenter, écouter l'humain, s'interroger, discerner et consulter l'autre avant d'agir", écrit-il.

Voilà une voie sûre pour avancer vers un monde meilleur, en gardant un pied dans la tech, un autre dans la foi ou la quête spirituelle. Alors, "Dieu, l'entreprise, Google et moi", selon le titre de Thomas Jauffret, iront mieux ensemble.



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