Lexik des cités : ils l'ont fait et c'est loin d'être ouf !


Une bande de jeunes d’Evry de 11 membres a réalisé un exploit peu banal. Ecrire et surtout faire publier collectivement un ouvrage qui décrypte le langage des banlieues, pourtant si décrié. A l'arrivée, cela donne Le Lexik des cités. Avec du rire et des éloges à gogo.




Lexik des cités : ils l'ont fait et c'est loin d'être ouf !
Motivée par l’appel à projets "Luttes contre les violences" lancé en 2004 par la préfecture et le département de l’Essonne, cette tribu soudée a conjugué ses talents pour concevoir un petit livre ludique et non moins didactique sur la "langue des banlieues" avec ses codes, ses expressions et son graphisme.
Le contenu du livre est coloré à tous les sens du terme : il est semé d’illustrations, de mots plutôt drôles éclairés sur leur sens et leur origine. Un vrai travail sémantique et de terrain ! Car il a fallu recenser et collecter les expressions, quartier par quartier. Le "Lexik" nous apprend par exemple que "déchirer", c'est d'abord réussir avec brio ( "J’ai déchiré mon contrôle, j’ai eu 18 !"), ou bien épater ("ça déchire"). Un "frolo", c'est... un garçon, tout bêtement, à moins que vous ne préfériez utiliser un synonynme : boug, igo, keumé, kho...
Les curieux apprennent aussi que beaucoup de mots proviennent du berbère, de l'antillais, de l'anglais du tzigane ou de l'arabe. Comme le verbe "kiffer", presque classique depuis qu'il a intégré les pages du Petit Larousse en 2005 : un dérivé de l’arabe "kif", mélange de tabac et de cannabis, tellement apprécié de certains qu’il exprime, au sens figuré, le fait d’aimer ou d’apprécier.

Pour montrer que les jeunes des cités ont des talents

L'équipe des auteurs du Lexik des cités
L'équipe des auteurs du Lexik des cités
Les auteurs ? Mixité oblige, ils sont quatre garçons et sept filles, ont entre 20 et 34 ans pour la plus âgée, sont nés en France pour la très grande majorité et ont fait des études orientées sur les arts graphiques, l’imprimerie, la mode ou bien le commerce et l’économie. Ils ont chacun un talent propre que ce soit dans les arts, dans la communication ou l’animation.
Pour Imane Rajef, 20 ans, à l’origine d’un groupe de rap féminin, ce Lexik a pour vocation que « les jeunes soient reconnus, que les gens ne pensent plus que dans les quartiers il n’y a que des voyous ».
Marcela Pérez, née à Santiago du Chili, architecte de formation, rêve, elle, « qu’avec cet exemple d’assiduité et de ténacité, les jeunes de cité aient des chances professionnelles à la hauteur de leurs compétences et de leurs talents, qu’on ouvre les espaces du possible, ou alors, qu’on arrête de parler de liberté, égalité, fraternité ».

Trois années pour collecter les mots, les présenter, les illustrer

Lexik des cités : ils l'ont fait et c'est loin d'être ouf !
Une belle initiative qui a coûté pas moins de trois années d’efforts à collecter sur le terrain près de 240 mots ou expressions, à les mettre en forme et à les illustrer grâce au talent de Cédric Nagau, l’un des coauteurs. On notera au passage que le lexique est introduit par un dialogue détonant entre le rappeur Disiz la Peste et le célèbre linguiste Alain Rey.
Il est difficile de choisir des exemples plus que d’autres, tant chaque expression regorge d’images croustillantes et bourrées d’humour. Vous pouvez néanmoins savourer des extraits du Lexik avec un bon bédo (cigarette de haschisch) pour se taper des barres (des fous rires), mais sans tapage, pour ne pas s’attirer les sirènes d’une boîte de six(un fourgon de police). Allez, bon kif !

Lexik des cités, 365 pages, éditions Fleuve noir. Prix indicatif : 19,90 euros.


Rédigé par Valérie cantin le 4 Février 2008

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