Etudiants et jeunes diplômés : les recrutements réduits ou ralentis par la crise



Un quart des entreprises ont annulé leurs recrutements de juniors suite à la crise, selon une enquête réalisée en Europe par JobTeaser. Les jeunes diplômés qui s'apprêtent à chercher leur premier emploi devraient être les plus touchés.





Etudiants et jeunes diplômés : les recrutements réduits ou ralentis par la crise
Pour les étudiants qui achèvent leurs études en 2020, la crise du coronavirus n'a pas seulement sonné la fin des cours en présentiel et l'annulation de nombreux événements.

En mettant à l'arrêt ou au ralenti des centaines d'entreprises et de secteurs économiques, elle a immédiatement grippé le marché de l'emploi et notamment celui des jeunes talents : stagiaires, alternants, et surtout jeunes diplômés en quête de leur premier emploi.

C'est ce que confirme l'enquête réalisée en Europe début avril 2020 par la plateforme d'orientation et de recrutement JobTeaser auprès de 7041 étudiants, 175 écoles ou universités, et 237 entreprises.

Des jeunes diplômés inquiets face à l'avenir

Selon cette enquête, 19% des jeunes interrogés présents en entreprise ont perdu leur stage, leur alternance ou leur CDI du fait du confinement et de ses conséquences (leur travail ne pouvant se faire à distance ou leur entreprise ayant mis ses salariés au chômage).
D'autre part, 30% des jeunes talents ont vu leur offre d’emploi ou de stage annulée ou décalée

Ce coup de froid joue fortement sur le moral de ceux qui s'apprêtaient à entrer sur le marché du travail : 40% des jeunes diplômés se déclarent inquiets voire très inquiets quant à leurs perspectives professionnelles, notamment les Français, plus anxieux que les Allemands.
Et 94% des écoles et universités estiment que l'employabilité des étudiants est affectée.

Un coup de frein plus ou moins fort selon le secteur

Mais qu'en est-il réellement des projets de recrutement des entreprises ? L'enquête confirme un net recul ou un ralentissement :

- 25% des entreprises interrogées (en France, Royaume-Uni, Espagne, Allemagne, Belgique, Autriche, Pays-Bas et Suisse) ont totalement annulé leur projets ;
46% les maintiennent en partie ;
- près d'un tiers les poursuit dans leur totalité. 

Ce sont naturellement les secteurs les plus affectés par la crise du coronavirus - l'hôtellerie-restauration, le tourisme, le commerce, l'aérien, l'industrie automobile - qui freinent le plus fort.

A l'inverse, les secteurs de la grande distribution, de la logistique et du digital font partie de ceux qui poursuivent leurs recrutements.

Un avenir encore très incertain pour l'emploi

Etudiants et jeunes diplômés : les recrutements réduits ou ralentis par la crise
Reste à savoir si ce bilan maussade - réalisé en plein confinement donc au coeur de la crise en Europe - va s'améliorer ou pas dans les mois qui viennent. "C'est notre grande question, reconnaît Jérémy Lamri, directeur recherche et innovation chez JobTeaser : on ignore encore si tout va revenir à la normale dans les six mois ou s'il faudra attendre 2022".

Dans les entreprises, malgré le manque de visibilité, 41% des équipes RH restent confiantes et réorganisent leurs activités. Seules 12% doutent, leur activité étant très touchée.

Une des options les moins pessimistes est que les recrutements de jeunes diplômés soient seulement décalés de quelques mois, comme cela semble se passer pour les stages.

Les recrutements de stagiaires décalés mais maintenus

Paul Cassarino, fondateur de Seekube
Paul Cassarino, fondateur de Seekube
"Pour les offres d'emploi en CDI, il y a un net coup d'arrêt et l'année 2020 risque d'être compliquée pour les jeunes diplômés", indique quant à lui Paul Cassarino, co-fondateur de Seekube, startup organisatrice de forums virtuels de recrutement pour les 18-30 ans.

"Mais par contre, les recrutements de stagiaires ont repris fortement, il y a juste une incertitude sur la date à laquelle les entreprises pourront les accueillir à nouveau."

Plusieurs grandes écoles envisagent ainsi de repousser les dates des stages de fin d'études - qui se font normalement entre février et juin - voire de les rallonger afin de retarder l'arrivée des étudiants sur le marché du travail.

L'alternance devrait bien résister

Autre point positif, "l'alternance se poursuit bien, assure le directeur général de Seekube. Hormis quelques entreprises qui réduisent la voilure sur d'énormes effectifs de recrutement, la plupart maintiennent leurs contrats d'alternance. Il y a juste un mois et demi de retard sur les process de recrutement".

Même optimisme du côté du CFA du Cnam Ile-de-France, qui recrute des alternants sur des formations tertiaires et techniques de l'enseignement supérieur. "L'expérience montre que durant les crises, l'apprentissage résiste plutôt bien car les entreprises qui recrutent des apprentis sont aidées par l'Etat et cela leur permet de bénéficier des compétences de jeunes qu'elles peuvent former ", souligne Anne Bonnefoy, directrice du CFA.

Malgré un retard au démarrage du fait du confinement, le CFA enregistre désormais un bon nombre d'inscriptions dans ses formations : "l'engouement des jeunes pour l'apprentissage ne se dément pas, dit Anne Bonnefoy et nous voyons arriver des candidats de très bon niveau. Par ailleurs, nous sommes étonnés par la qualité de l'échange que permettent les entretiens vidéo".

Des process de recrutement plus longs

Une fois inscrits en CFA, les étudiants doivent cependant signer un contrat d'apprentissage avec une entreprise pour valider leur inscription. Ils ont jusqu'à décembre 2020 pour le faire, ce qui laisse le temps aux entreprises de se réorganiser.

La crise sanitaire et le ralentissement économique risquent en effet de retarder les recrutements quels qu'ils soient (alternance, stages, CDI).

"Les candidats doivent d'abord comprendre que les process de recrutement vont être plus longs, car les entreprises ont déjà du mal à gérer leurs propres équipes", indique Paul Cassarino, qui travaille au quotidien avec les entreprises qui cherchent à recruter.

Pour décrocher un job, savoir entrer dans des échanges de qualité

Le directeur de Seekube conseille même d'être "empathique" avec les recruteurs, autrement dit de se décentrer de son propre stress pour comprendre un peu le leur : 

"Les temps de crise permettent d'avoir des échanges très qualitatifs. Les jeunes qui sauront valoriser leurs savoir-être peuvent vraiment sortir du lot car les recruteurs vont choisir des gens avec qui ils ont envie de bosser". 

A période exceptionnelle, méthodes particulières : "Il faut être patient mais malin, conseille Paul Cassarino. Pour contacter les entreprises, il faut être multicanal, utiliser tous les formats virtuels et ne pas hésiter à envoyer des petits messages personnalisés sur LinkedIn".

S'adapter aux métiers et aux secteurs qui recrutent

Enfin, tous ces spécialistes de l'emploi des jeunes diplômés sont unanimes : la crise ayant touché des pans entiers de l'économie, il convient de recentrer ses candidatures sur les métiers et secteurs les moins touchés qui poursuivent les recrutements : métiers de la tech et du développement informatique, secteurs de la distribution, de la santé, de la logistique, de la santé, du e-learning...

"Il faut peut-être revoir vos critères et ne pas chercher d'emblée le job de vos rêves, mais vous repositionner sur les jobs qui recrutent, conseille Paul Cassarino aux jeunes diplômés. Car la plupart des entreprises vont d'abord recruter sur des postes qui génèrent du business".

C'est ce que font déjà beaucoup de jeunes puisque d'après l'enquête de JobTeaser, 50% disent passer plus de temps qu'avant à chercher des opportunités professionnelles. D'autre part, 25% des jeunes talents français (37% des Allemands) ont déjà changé d'orientation professionnelle du fait de la crise.

Faire émerger ses compétences transversales, s'engager

Jérémy Lamry, directeur recherche & innovation chez JobTeaser
Jérémy Lamry, directeur recherche & innovation chez JobTeaser
Pour cela, il faut pouvoir identifier ses compétences transversales et les mettre en avant pour postuler sur des emplois qui ne correspondent pas forcément à sa filière d'études : "Un.e diplômé.e en marketing peut par exemple souligner ses compétences en gestion de projet", indique Jérémy Lamri, directeur recherche et innovation chez JobTeaser.

"Le conseil que je donnerai ausi aux jeunes, dit-il, c'est aussi de profiter de cette période de crise pour s'impliquer dans des expériences nouvelles, par exemple de bénévolat".

L'enquête réalisée en avril 2020 montre d'ailleurs que 10% des jeunes interrogés se sont déjà lancés dans une activité bénévole. Et que 52% envisagent de le faire !
Si la crise du coronavirus ruine certains projets de carrière, elle pourrait aussi faire émerger des activités plus solidaires et aider beaucoup de jeunes à mettre plus de sens dans leur travail...

Etre à l'affût des opportunités

La directrice du CFA du Cnam Ile-de-France se veut encore plus optimiste  : "Certains secteurs ou métiers vont peut-être exploser en lien avec la crise du COVID et le développement du télétravail. Je pense par exemple aux métiers de la Data Science sur lesquels nous proposons un master, à la pharmacovigilance ou simplement à l'assistance informatique".

Pour aider les candidats à saisir ces opportunités, le CFA accompagne les étudiants dans leur recherche et jusqu'à leur entrée en entreprise. Eventuellement, une réorientation sur une autre formation peut leur être proposée, mais pas question pour le CFA de les laisser "dans la nature".

"Les jeunes ne doivent pas s'auto-censurer ; ils constituent l'avenir de la reconstruction économique !", rappelle Anne Bonnefoy. Un message adressé tout autant aux candidats qu'aux entreprises appelées  à les accueillir.

Pour en savoir plus

- Téléchargez l'enquête de JobTeaser  "Recrutement : les jeunes à l'épreuve de la crise" :




Rédigé par le Mardi 5 Mai 2020 modifié le Mardi 5 Mai 2020

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