Etudiants et étudiantes rêvent-ils des mêmes carrières ?



Une étude de l'Edhec NewGen Talent Centre auprès de futurs étudiants en écoles de management montre que les aspirations des hommes et des femmes diffèrent encore sur certains points. Les étudiantes restent plus attirées par le marketing, la communication et le luxe, les étudiants par la finance et le conseil.





L'Edhec NewGen Talent Centre réalise des études sur les attentes de la nouvelle génération.
L'Edhec NewGen Talent Centre réalise des études sur les attentes de la nouvelle génération.
Les aspirations de carrière ont-elles un genre ? C'est le titre de l'étude publiée en ce début mars 2019 - à l'approche de la Journée internationale de la femme - par le centre d'études créé par l'Edhec, grande école de commerce, afin de fournir aux entreprises une meilleure connaissance des aspirations professionnelles, des comportements et des compétences des nouvelles générations.

Comment imaginez-vous votre vie professionnelle dans cinq ans ? C'est cette question, souvent posée en entretien d'embauche, que l'enquête a creusée auprès des 2392 étudiant(e)s interrogés. Précisons qu'ils avaient en moyenne 20 ans et s'apprêtaient tous à entrer en école de management. 

Il s'agit donc d'un groupe de futurs diplômés de grande école se préparant à devenir cadres en gestion, management et business.

Plus de convergences que de différences

Alors : étudiants et étudiantes rêvent-ils de métiers, de fonctions, d'entreprises et de secteurs différents ? Hommes et femmes ont-ils des attentes professionnelles spécifiques ?

La réponse est oui, mais en partie seulement. Si l'enquête pointe volontairement les différences, sur beaucoup de questions, celles-ci restent globalement limitées. 

Exemple : Sur la question du sens donné à son travail, hommes et femmes placent largement en tête l'épanouissement personnel, devant le fait de gagner sa vie ou d'apporter une contribution à la société.
Sur les sources de motivation, idem : acquérir de nouvelles compétences et se développer arrive largement en tête et à peu près au même niveau pour les hommes et les femmes. La vague du développement personnel est bien passée par là.


Création d'entreprises : ils ou elles en rêvent presque autant

Etudiants et étudiantes rêvent-ils des mêmes carrières ?
Et comment se projettent-ils dans le statut de créateur ou créatrice d'entreprise ? Là encore, la différence n'est pas si grande qu'on l'imaginerait en pensant que les hommes sont sans doute plus enclins à endosser le costume du "patron".

En réalité, 37% des étudiants se voient créer leur entreprise ou être indépendant, pour 32% des étudiantes.

On est donc presque à égalité, ce qui témoigne de la grande poussée de l'entrepreneuriat féminin et s'explique aussi peut-être par la mixité des intervenants dans les classes prépas économiques et les business schools.

Une autre question sur les motivations des futurs créateurs ou créatrices d'entreprise montre aussi de grandes convergences. Le classement des 7 sources de motivation est strictement le même, avec en tête "l'envie de relever ce challenge", puis de "devenir son propre patron" et de "voir l'impact de son travail".

Les femmes sont un peu plus nombreuses (79%) que les hommes (73%) à vouloir "gérer leur temps de travail" et la différence la plus importante concerne la motivation financière (qui n'arrive qu'en sixième position) : 67% des futurs créateurs disent vouloir "gagner plus d'argent" pour 52% des femmes. Une différence qui émerge aussi dans les motivations des étudiants se voyant plutôt salariés.

Une ambition plus internationale pour les femmes

Sur une question concernant le premier poste envisagé, l'étude apporte même une surprise : 63% des femmes se disent intéressées par un premier poste à l'international, contre 57% des hommes.

Le stéréotype de l'aventurier et du conquérant ne joue donc pas. Les étudiantes ont sans doute d'autres atouts (par exemple un meilleur niveau en langues ?) ou d'autres motivations (humanitaires ? culturelles ?) comme le laissent supposer une autre question qui montre que les femmes se projettent plus volontiers dans les ONG et l'associatif que les hommes.

Rappelons aussi que l'enquête a été faite avant que les étudiant(e)s aient intégré leur école, c'est-à-dire avant qu'ils aient pu vivre les expériences internationales proposées dans leur cursus.

En terme de destination par contre, garçons et filles rêvent des mêmes horizons : après la France vient pour tous l'Europe, puis l'Amérique du Nord, puis l'Asie-Pacifique et loin derrière l'Amérique latine et l'Afrique / Proche-Orient.
Etudiants et étudiantes rêvent-ils des mêmes carrières ?

Des choix de secteurs toujours très marqués par le genre

En réalité, les différences les plus saillantes concernent les secteurs d'activité dans lesquels se projettent spontanément ces futurs cadres.

A la question "le secteur de votre entreprise serait...", 30% étudiantes placent en tête le secteur "Evénementiel - agences com - Relations publiques et publicité", alors que ce secteur n'est choisi que par 13% des garçons.

Et 30% des étudiantes placent aussi au même niveau le secteur "Edition, médias, culture" que ne choisissent que 19% des garçons.
Enfin, en troisième position, 29% des filles citent le luxe, contre 14% des garçons.

Le tiercé des secteurs rêvés par les femmes (Pub, médias, luxe) est donc bien différent de celui des hommes : 39% d'entre eux plébiscitent le secteur "finance - banque - assurance" que ne citent que 14% des filles, puis ils choisissent à 27% les cabinets de conseil contre 16% des filles et en troisième position le secteur : "tourisme, sport, hôtellerie-restauration, loisir".

Ces deux podiums reflètent donc en grande partie certains stéréotypes : par exemple, l'attrait de l'univers de luxe et de la beauté sur les femmes, tandis que les hommes se projettent plus volontiers dans l'univers financier. L'intérêt féminin pour le domaine de la culture et la communication traduit aussi peut-être les aspirations littéraires de nombreuses étudiantes. 

Les hommes s'autoriseraient-ils à se laisser un peu plus guidés par leurs passions et leurs envies ?

Toutefois avec l'apparition en troisième position chez 20% des hommes du secteur "tourisme et loisirs", on arrive à un équilibrage puisque 21% des femmes citent aussi ce secteur. C'est un peu une nouveauté puisque en 2017, les étudiants plaçaient plutôt l'audit en position 3.

Serait-ce le signe d'une évolution, les hommes s'autorisant un peu plus à sortir des secteurs qui leur sont traditionnellement dévolus pour se laisser davantage guider par leur passion et leurs envies ? 

En queue de peloton, les cabinets d'audit ne sont plus choisis que par 15% des hommes et 9% des femmes, la distribution et le e-commerce par 15% des hommes et 11% des femmes, et l'éco-industrie et l'environnement par 14% des hommes et 17% des femmes.
Etudiants et étudiantes rêvent-ils des mêmes carrières ?

Des choix de fonctions également différents

Lorsqu'ils s'imaginent en entreprise, étudiants et étudiantes ne se projettent pas non plus exactement sur les mêmes fonctions, comme on le voit ci-dessus dans le top 3 et dans les résultats détaillés ci-dessous.

Ce sont les fonctions de direction générale qui arrivent en tête pour 46% des garçons. Chez les filles, la direction générale est aussi très bien placée (citée par 41%). On est donc presque à l'égalité, en tout cas dans les aspirations.

Mais chez les étudiantes, c'est la fonction marketing qui semble être préférée : citée par 42% des étudiantes contre seulement 26% des étudiants. Les filles se distinguent également par leur intérêt pour la fonction communication, citée par 38% d'entre elles et qu'elles placent en troisième position. Elles sont aussi plus nombreuses à s'intéresser aux ressources humaines (19% contre 11% des hommes).

Après la direction générale, les garçons, eux, placent la finance en banque et le conseil dans leurs fonctions favorites. Ils sont aussi beaucoup plus intéressés que les filles par la comptabilité et la finance d'entreprise (28% contre 16%).

On notera que la fonction commerciale, qui peine à recruter des jeunes diplômés, est citée de façon quasi égale par 22% des femmes et 23% des hommes.
Etudiants et étudiantes rêvent-ils des mêmes carrières ?

Ils se voient tous et toutes débuter leur carrière chez...

Passons au sujet toujours très populaire des entreprises dans lesquelles ils se verraient débuter leur carrière.

Le groupe LVMH arrive en tête chez les hommes comme chez les femmes et Google en troisième position chez les unes et les autres.

Mais en deuxième, les femmes citent L'Oréal et les hommes Tesla : la cosmétique d'un côté, l'automobile de l'autre. Les choix féminins montrent un intérêt marqué pour la grande consommation et le luxe, tandis que les hommes privilégient la banque et l'industrie avec Apple et Airbus.
Les grands cabinets de conseil ne sont pas oubliés, avec notamment Deloitte qui arrive en position 8 chez les étudiants, 9 chez les étudiantes.

L'étude ayant été réalisée chez des étudiants âgés en moyenne de 20 ans sur le point d'entrer en école de management, il y a donc un enjeu pour les entreprises à proposer des stages pour faire évoluer les représentations et les envies, notamment celles qui souhaitent attirer davantage de femmes.
Etudiants et étudiantes rêvent-ils des mêmes carrières ?

Crèches pour les femmes, salles de sport pour les hommes

En plus de ces quelques différences d'aspirations selon le genre, on repère également dans certaines réponses l'empreinte de la vie quotidienne.

Ainsi, à la question des avantages et possibilités qu'ils aimeraient trouver en entreprise, les étudiantes citent à 60% des services facilitant la vie matérielle (crèche, pressing, démarches administratives), tandis que 63% des étudiants choisissent les infrastructures permettant la pratique sportive ou artistique.

Les femmes sont aussi plus nombreuses à apprécier d'avoir accès à un espace de coworking en dehors du lieu de travail et de pouvoir pratiquer le télétravail. Auraient-elles intériorisé, avant même le début de leurs études, qu'elles auront à assumer plus que les hommes les charges d'une vie familiale ? 

Cela pourrait expliquer la moindre appétence des jeunes diplômées pour les postes de top management au début de leur vie professionnelle, moment où la plupart d'entre elles commencent à avoir des enfants ou à l'envisager.
Etudiants et étudiantes rêvent-ils des mêmes carrières ?

Pour en savoir plus

- Découvrez une autre étude de l'EDHEC : CPGE, une étude lève le voile sur la vie en classes prépa

- Téléchargez ci-dessous le texte complet de l'étude "Les aspirations de carrière ont-elles un genre ?"



Rédigé par le Jeudi 7 Mars 2019 modifié le Jeudi 7 Mars 2019

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