Rentrée étudiante : Grenoble Ecole de Management (GEM) simule un piège à la "Black Mirror"



Les 700 nouveaux étudiants de GEM ont connu, le 13 septembre, une rentrée décoiffante. L'école a simulé un scénario dans lequel le parcours de chacun était déjà déterminé par un profil tiré de ses données personnelles...





Les étudiants de 1ère année du programme Grande école de GEM © Twitter @orana_L
Les étudiants de 1ère année du programme Grande école de GEM © Twitter @orana_L
Le stress monte, ce vendredi 13 septembre 2019, lorsque les 700 étudiants se retrouvent dans le grand amphi de Grenoble Ecole de Management (GEM) pour le "Défi de la rentrée". Après deux ans de classes prépa, l'épreuve des concours, écrits, oraux, les voilà enfin rassemblés pour découvrir ce que cette grande école si convoitée va leur proposer durant trois ans.

Un enseignant se lance alors dans une présentation qui ne laisse pas d'étonner. Il n'y aura pas UN programme grande école, explique-t-il, mais PLUSIEURS propositions selon le type de profil des étudiants. 

Ceux-ci découvrent alors qu'à partir de leurs données personnelles, l'école les a déjà classés en 4 catégories, fruit d'un savant dosage entre un "profil d'apprentissage" et un "profil prédictif de carrière".  Les "leaders agiles" auront accès aux meilleurs stages, au "coaching PREMIUM", aux parcours internationaux et à des cours en petits groupes, tandis que les autres se contenteront de cours en classe entière...

Un soulagement et une grosse claque

Dans la salle, les regards sont anxieux, presque affolés, et beaucoup d'étudiants - tenus de découvrir leur "profil global agrégé" - commencent à murmurer.

Parmi eux, François-Xavier Laupies, 21 ans, raconte : "Je sentais l'angoisse monter, et j'ai commencé à me demander si j'avais pris la bonne école et si je n'aurais pas mieux fait d'aller à la fac". Comme beaucoup d'autres, il se laisse prendre par le scénario, mal à l'aise mais sans oser réagir.

D'autant que l'enseignant appelle 2 étudiantes représentatives de 2 profils à le rejoindre. Une fille "leader" se félicite, une autre se met à pleurer. Puis soudain, dans le fond de la salle, un garçon explose... Il conteste, crie, dénonce, et en vient même à bousculer l'enseignant.

"Alors, on a compris, ça été un soulagement", se souvient François-Xavier. Mais il aura fallu le coup d'éclat des étudiants complices de deuxième année pour mettre fin au canular. "On s'est pris une grosse claque", résume l'étudiant.


Fausses prédictions pour vraie prise de conscience

Si l'école de commerce a imaginé un tel "défi de rentrée", c'est d'abord qu'elle crée et utilise couramment des serious games. Mais c'est surtout pour former ses diplômés à l'analyse critique des outils technologiques et de l'intelligence artificielle.

"L’idée était de confronter les étudiants aux promesses et aux dérives possibles de la technologie, explique Lionel Strub, professeur et co-organisateur de cet événement. Les réactions ont été vives. Nous avons donc atteint notre but : déconstruire la machine pour créer la vigilance et la conscience de ce à quoi peuvent servir leurs données personnelles".

"C'est vrai que si on nous avait simplement dit de faire attention, l'effet aurait été moindre, reconnait François-Xavier. Personnellement, je trouve cela assez brillant de la part de l'école. On n'aurait pas pu vivre cela en prépa ou en fac."

Profilage, orientation prédictive : les points qui fâchent

Rien de tel en effet que d'être touché personnellement pour percevoir les enjeux éthiques des applications technologiques. "L'idée de classer les gens en fonction de soi-disant profils psychologiques en elle-même me choque. Pendant la fake conférence, j'avais beaucoup de mal à me positionner moi-même dans une case !", dit François-Xavier, qui aimerait se destiner au management interculturel. 

Autre point d'achoppement, la notion d'orientation prédictive qui présume du "succès" ou de "l'échec" d'une personne.

Mais en est-on si loin dans la vraie vie où les grandes entreprises utilisent des applications de "recrutement prédictif" qui ne sélectionnent que des candidats collant avec le "profil type" idéal... profil dessiné à partir des données des salariés donnant toute satisfaction ?


Un grand oral sur 18 sujets de société à GEM

Comme dans la plupart des grandes écoles, les nouveaux étudiants de GEM poursuivent donc la réflexion : après le choc émotionnel du faux profilage, leur "défi de rentrée" se mue jusqu'à la fin septembre en un gigantesque grand oral.

Ils planchent sur 18 controverses évoquant de grands enjeux du management de la technologie ​et doivent présenter leur avis "critique et raisonné" à un public de chefs d’entreprise, de managers et d'enseignants.
Exemples : des vêtements made in France, nécessité ou punition ? L’eau est-elle un produit de consommation comme un autre ? "Blablacariser" sa consommation, vrai ou faux-ami ? etc.

​"Cela leur permettra de prendre part aux débats sociétaux avec plus de pertinence pour agir favorablement sur le monde", conclut Ivan Laurens, enseignant à GEM et co-organisateur du Défi de rentrée.

Des grandes écoles bousculées par leurs étudiants

Et oui, plus question de faire du business sans réfléchir aux modèles de société sous-jacents. Souvent bousculées par des étudiants de plus en plus engagés, les grandes écoles elles-mêmes changent peu à peu leurs méthodes et leurs contenus.

Ainsi l'école grenobloise fait-elle partie des 5 premières écoles de commerce françaises à avoir signé l'appel international à mobiliser l'enseignement supérieur pour le climat. "Très concrètement, cela se traduira par la remise à plat de l'ensemble de nos enseignements qui seront repensés à l'aune du changement climatique", indique Loïck Roche, directeur général de GEM.

A la rentrée 2019, l'école a aussi annoncé avoir fait un don de 5600 euros à trois associations éco-responsables locales... budget habituellement consacré à des "goodies" offerts aux membres du jury du concours d'entrée.

Ceux-ci ont eux-même choisi les associations bénéficiaires et les 5600 euros de stylos et autres clés USB ont pu aller, entre autres, à Zéro Waste Grenoble, mouvement oeuvrant contre le gaspillage.

Une façon d'aligner les pratiques avec les discours.




Rédigé par le Mercredi 18 Septembre 2019

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