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Maria Montessori : c'est l'enfant qui peut sauver le monde !



Maria Montessori est mondialement connue pour sa pédagogie et ses écoles mais la vie de cette Italienne née en 1870 est édifiante. Il faut la suivre pas à pas en son temps pour comprendre la beauté et la force de ses découvertes sur l'enfant.




Maria Montessori : c'est l'enfant qui peut sauver le monde !
Replaçons-nous d'abord dans l'Italie de 1870, année de naissance de la petite Maria dans une famille de la bourgeoisie catholique. Pas question à l'époque pour une jeune fille d'envisager d'autre profession que celle d'institutrice. Est-ce la raison de son choix pour la pédagogie ? Pas du tout !

S'il est une qualité qu'elle affirme très vite, c'est une liberté totale par rapport aux convenances sociales. Intelligente et dotée d'une vive curiosité, Maria n'entend pas s'interdire les voies qui l'attirent. Et justement, elle aime les mathématiques et les sciences et va étudier dans une école technique de garçons.

Puis à l'université, elle choisit d'étudier la biologie et déclare soudain son projet de faire médecine. "Une femme médecin ! Mais c'est impossible !", lui dit-on. De fait, jamais aucune étudiante n'a été acceptée à la faculté de médecine de Rome. Son père se fâche, les amis se moquent, l'université se ferme... mais Maria persiste. La persévérance à suivre ses intuitions profondes sera d'ailleurs une de ses qualités.

Au chevet des enfants déficients

Image du film italien "Une vie au service des enfants, retraçant la vie de Maria Montessori".
Image du film italien "Une vie au service des enfants, retraçant la vie de Maria Montessori".
Et cette persévérance porte ses fruits car l'université de médecine finit par l'accepter. Certes, elle devra faire ses dissections de nuit, pour ne pas côtoyer ses camarades masculins (!). Maria s'exécute, elle s'accroche, remet en place ceux qui ricanent et démontre qu'elle a toute sa place en ce lieu en récoltant d'excellents résultats.
C'est ainsi qu'en 1996, à 26 ans, elle devient la première femme médecin en Italie !

La psychiatrie l'attire et on la nomme adjointe à la clinique psychiatrique de Rome. Aux côtés d'un de ses professeurs de psychiatrie auquel elle n'est pas indifférente, elle s'intéresse alors aux enfants qualifiés à l'époque "d'arriérés mentaux". Les pauvres malheureux sont parqués dans des asiles de fous, sans recevoir aucun soin. Maria est profondément choquée de ce mépris, et se promet de tout faire pour redonner à ces enfants leur dignité.

Un esprit scientifique qui observe et un coeur qui aime

Maria Montessori. Photo : wikimédia
Maria Montessori. Photo : wikimédia
Durant dix ans, elle se consacre à ses "déficients", alliant la rigueur scientifique à la compassion, l'observation à la bienveillance. Elle puise dans les travaux de deux médecins français, Jean Itard - qui a étudié les sourds-muets - et le psychiatre Edouard Séguin qui s'est intéressé au handicap mental.

Surtout, Maria a l'intuition que ces enfants ont d'abord besoin qu'on leur offre un vrai cadre éducatif . Alors qu'elle visite un jour un groupe d'enfants enfermés et livrés à eux-mêmes dans un asile, la femme qui les surveille lui dit :  "Regardez donc comme ils sont. Sitôt leur repas terminé, ils se précipitent à terre pour y chercher des miettes."

Mais Maria, elle, remarque que ces petits n’ont aucun jouet dans la pièce et que s’ils se jettent sur ces miettes, c’est pour les pétrir avec leurs mains. Ils ont donc besoin de manipuler des objets pour développer leur intelligence !

Des "arriérés" qui deviennent intelligents !

Avant de juger et de condamner, commencer par observer, longuement, et laisser aux êtres et aux choses le temps de livrer leur vérité. C'est ainsi que Maria cerne peu à peu les besoin des enfants handicapés et met au point pour eux un matériel éducatif stimulant. Pour faire les choses à fond, elle reprend même des études de philosophie et de psychologie.

Ses petits protégés font des progrès étonnants : certains parviennent même à lire et à écrire et à passer certains examens ! Au début du 20ème siècle, on commence donc à s'intéresser aux résultats étonnants de ce docteur Montessori pour les "faibles d'esprit". 

- "Comment expliquez-vous que ces enfants obtiennent d'aussi si bons résultats que des enfants normaux ?", lui demande-t-on.
- "Ce qui m'interroge, ce sont les méthodes qui sont appliquées aux enfants normaux", répond-elle.

Et peu à peu grandit en elle cette certitude que ses méthodes pourraient produire de merveilleux effets sur tout type d'enfant.

Avec les petits vauriens de la "Casa dei bambini"

En 1906, une occasion s'offre à elle de tester cette intuition. On rénove un quartier pauvre de Rome en rasant ses taudis et l'on veut rassembler en un lieu les hordes de jeunes enfants qui traînent dans les rues. A vrai dire, on veut davantage les empêcher de nuire que les éduquer, mais personne ne voulant se charger de ses "vauriens", on pense à celle qui s'est si bien occupée des arriérés.

Maria accepte avec joie et le 6 janvier 1907, en la fête de l'épiphanie, elle voit là se lever son étoile et ouvre la "Casa dei bambini", la maison des enfants. Elle aménage entièrement le lieu à la taille des enfants et l'équipe d'un matériel pédagogique inspiré de ce qu'elle a déjà fait pour les "déficients". Son intuition reste la même : ne pas chercher à imposer et à instruire, mais observer d'abord la façon dont les enfants bougent et se saisissent eux-mêmes de tel ou tel objet pour "travailler" et développer leurs capacités.

A l'époque où l'on garde les élèves immobiles sous la menace, la méthode est révolutionnaire. En tout cas en observant deux années durant ces "petits vauriens", Maria Montessori fait de vraies découvertes sur le développement psychique de l'enfant : celui-ci a une capacité de concentration et même,  de silence, un besoin vital d’autonomie et une personnalité unique qui se déploie selon un plan… L’éducateur n’a donc pas qu’à se mettre au service de ce plan pour permettre à cet "embryon spirituel", à ce bourgeon humain d’éclore.

Des trésors cachés en un champ

Maria Montessori décrira dans un livre (L'Enfant), comment l'expérience de la Casa dei bambini à Rome lui révèle de véritables trésors dans l'âme enfantine :

"Je me mets au travail comme la paysanne qui, ayant mis de côté une bonne réserve de semence de blé, a trouvé un terrain fertile où semer librement. A peine retournées les premières mottes de mon champ, c'est de l'or que je trouve... Je me sens alors comme ce fou d'Aladin qui, sans s'en douter, tenait en main la clé de trésors cachés".

Des enfants calmes, joyeux et pacifiques

Maria Montessori : c'est l'enfant qui peut sauver le monde !
Les résultats éducatifs forcent l'admiration : ces enfants pauvres et dénutris, souvent délaissés par des parents forcés de travailler plus de 12 heures par jour (nous sommes au début du 20ème siècle, en  pleine révolution industrielle), encadrés seulement par Maria et la fille de la concierge du quartier, ces enfants font d'étonnants progrès scolaires et se montrent surtout calmes, concentrés, joyeux et pacifiques !

La Casa dei bambini fait parler d'elle dans toute l'Italie et même au-delà. Dès 1908, on vient du monde entier, pour visiter l'école miracle de Maria Montessori. Et d'autres écoles inspirées de la même pédagogie ouvrent en Europe et dans le monde.

Pour Maria, c'est un beau couronnement, mais la tâche que la vie vient de lui révéler ne fait que commencer. Il faut approfondir les recherches sur le développement de l'enfant, former des maîtres, réfléchir, donner des conférences...

L'éducation, chemin de paix

La "méthode Montessori" devient célèbre mais Maria n'a que faire de promouvoir une méthode. Plus elle s'intéresse aux enfants et découvre les trésors de la psychologie enfantine, plus elle est persuadée qu'il y a là une clé pour l'humanité.

"L'enfant, explique-t-elle sans cesse, est un maître qui nous enseigne". Et que nous enseigne-t-il ? L'amour simple, la joie, l'humilité... "Le petit de l'homme est un embryon spirituel, dit-elle, doté d'une mystérieuse sensibilité qui le guide et d'un dynamisme créatif qui a pour but de construire dans son âme une sorte d'instrument merveilleux".

Voilà pourquoi l'éducation doit tout faire pour respecter ce trésor. Maria Montessori voit là un chemin pour construire la paix en des temps où la guerre est partout. Hélas, elle assiste à la première guerre mondiale, puis dans les années 30 à la montée des totalitarismes. Et Mussolini, qui partage peu son goût de la liberté, finit par fermer ses écoles en Italie !

Une longue errance de l'Italie aux Pays-Bas en passant par les Indes

Maria et son fils Mario en Inde, durant la guerre de 39-45.
Maria et son fils Mario en Inde, durant la guerre de 39-45.
A partir des années 30, la vie de Maria Montessori ressemble à une longue errance. Elle part s'installer en Espagne où elle a déjà une école, mais la guerre civile espagnole arrive et en tant que catholique, elle se trouve en danger !

Elle fuit vers la Grande-Bretagne, puis en 1939 part aux Indes à l'invitation de Gandhi. Mais la déclaration de la Seconde Guerre mondiale l'empêchera durant sept ans de rentrer en Europe. Elle finit pas s'installer aux Pays-Bas où elle s'éteint en 1952.

Jusqu'au dernier jour cependant, elle poursuit le travail assidûment, écrit, donne des conférences, forme des maîtres... Car sa pensée n'est pas toujours comprise : "Maria Montessori ? C'est la dame qui disait qu'il fallait laisser faire aux enfants tout ce qu'ils veulent ?", entend-on parfois. Erreur. Respecter l'enfant, pour Maria Montessori, c'est le laisser agir par lui-même, mais à l'intérieur d'un cadre défini par l'adulte.

Au temps de la laïcité, on comprend mal aussi sa quête religieuse. Pour Maria Montessori, croyante et catholique fervente, l'enfant a une vie spirituelle et morale à épanouir. Cependant sa liberté intérieure et son respect de l'autre l'amènent à penser que sa méthode peut s'appliquer dans tous les contextes religieux, du Pakistan à l'Espagne en passant par le Japon et les Etats-Unis.

La "petite maman" des Italiens

Le visage de Maria Montessori a figuré sur un billet de la lire italienne.
Le visage de Maria Montessori a figuré sur un billet de la lire italienne.
Et elle, a-t-elle eu des enfants ? Ceux qui l'ont rencontrée dans la seconde partie de sa vie évoquent toujours la présence à ses côtés d'un fils, son seul enfant, Mario Montessori, qui deviendra à son tour pédagogue et poursuivra l'oeuvre de sa mère.

Pourtant, Maria ne s'est jamais mariée et elle a consacré toute sa vie à son oeuvre. Mario serait né d'un amour de jeunesse hors mariage avec un professeur de psychiatrie. On raconte qu'elle fut donc obligée de confier le bébé pour qu'il soit élevé en secret dans une ferme, une des plus grosses épreuves de sa vie !

Tout cela rend cette "pédagogue" encore plus humaine car elle fut à la fois une femme confrontée aux mentalités de son époque, une scientifique brillante mais aussi une mère au coeur blessé qui a donné sa vie pour des milliers d'autres enfants. A Rome, où l'on se souvient encore d'elle, on l'appelle d'ailleurs toujours mammina, la "petite maman".

Des livres pour aller plus loin :

- Maria Montessori, sa vie, son oeuvre, par Edwin Mortimer Standing, Ed. Desclée de Brouwer

- L'Enfant, Maria Montessori, Ed. Desclée de Brouwer

- L'Education et la paix, Maria Montessori, Ed. Desclée de Brouwer
Textes des conférences prononcées par Maria Montessori dans les années 30 sur le thème de la paix.

Mercredi 6 Septembre 2017


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