Radicalisation des jeunes : un rapport propose 4 axes éducatifs



Dans un rapport intitulé "Les jeunes face à la radicalisation : que faire ?", le groupe de réflexion Vers le haut apporte ses propositions. Pour empêcher les jeunes de céder à la haine, il montre la voie de l'éducation mais aussi de l'amitié et du service, sans oublier celle de l'intériorité.





Radicalisation des jeunes : un rapport propose 4 axes éducatifs
Quand on a pour nom "Vers le haut", mieux vaut prendre de la hauteur n'est-ce pas... C'est bien ce que propose ce énième rapport sur la radicalisation de certains jeunes, élevés en France et en Europe : une analyse fine et juste, qui ne se contente pas d'aligner les constats et les propositions de mesures, mais tente un diagnostic social, culturel et spirituel.

"Les idéologues djihadistes se tournent avec cynisme vers des jeunes sans racines et sans espoir, énonce d'emblée ce rapport. Et ils leur proposent ce qui leur manque : une histoire, une famille, une communauté, une culture, une idéologie, des repères, des exemples à suivre, un rêve à poursuivre, la possibilité d’être reconnu… Tout cela est frelaté, mais en quelques mois ou semaines de propagande, nous nous retrouvons face à des jeunes qui tuent et meurent dans la haine."

Ancrer les jeunes dans leurs racines sans nier leurs haute aspirations

Pour empêcher cela, il s'agit donc d'ancrer davantage les jeunes dans une histoire commune, sans nier leurs racines d'un côté ni leur aspirations spirituelles de l'autre. En un mot, d'éduquer, au sens fort du mot.

Fondé par des éducateurs, en lien avec des entreprises et certaines associations confessionnelles (Scouts musulmans de France ou Apprentis d'Auteuil par exemple), le groupe Vers le haut veut en effet jouer la carte d'une laïcité ouverte qui reconnaît l'apport des traditions spirituelles.

Partant de là, le rapport propose 4 grands axes d'action : développer la capacité de résistance intérieure, sortir de l'ignorance et partager une culture commune, vivre l'amitié au-delà des différences, et servir ensemble.

Un plan gouvernemental qui tente d'endiguer le phénomène

Les mesures anti-radicalisation annoncées par le gouvernement français en février 2018 sont surtout destinées à enrayer la propagande des islamistes déjà actifs ou condamnés pour des actions de terrorisme. Plusieurs mesures sont d'ordre répressif : dans les prisons, les condamnés vont être regroupés et mis à part. Dans les administrations, les fonctionnaires suspectés de radicalisation pourront être démis.
Le plan détaille peu de mesures éducatives et se contente d'inviter à former les jeunes contre le "complotisme". Il resserre aussi les mesures de contrôle sur les établissements scolaires hors contrat. 

Développer l’intériorité et le silence dans notre système éducatif

Le premier axe, développer une capacité de résistance intérieure, suppose que l'on aide les jeunes à cultiver leur intériorité et même à découvrir les vertus du silence.

Le silence ? La proposition peut étonner, tant on pense souvent qu'il faut d'abord instruire et transmettre (les valeurs républicaines, la culture française, la citoyenneté, l'histoire, etc.)

Mais non. Les auteurs du rapport ont une conviction : "Si nous ne développons pas notre capacité à construire l’unité intérieure dans nos vies, nous serons incapables de construire ensemble l’unité dans la société." 

Et de donner l'exemple de l'association Seuil, qui propose à des adolescents tentés par la délinquance de marcher durant trois mois vers Saint-Jacques de Compostelle, sans téléphone portable ni musique. Chaque jeune marche avec un adulte accompagnateur et une heure par jour, il marche seul. 70% des jeunes vont au bout du chemin et au-delà rentrent dans le droit chemin : ils sortent de la délinquance et reprennent une formation. Un fruit de la réunification intérieure.

Transmettre une culture commune pour donner des racines et des ailes

Le deuxième axe, c'est celui de la culture commune qu'il faut cultiver et mieux transmettre pour permettre à chacune d'avoir "des racines et des ailes", comme le font d'ailleurs de grands témoins comme Latifa Ibn Ziaten, mère d'une victime de Mohammed Merah.

"Comment reprocher à des jeunes de haïr la France, ses valeurs et sa culture, si on ne leur a pas donné la chance de les connaître et de les aimer, pas seulement comme des concepts vagues, mais comme des réalités vécues ?". Sans nier les efforts de nombre d'enseignants, le rapport souligne l'importance d'avoir une conception plus "charnelle de l'histoire".

Il recommande de faire des sorties de classe, d'ouvrir à l'art, aux monuments, à l'histoire française locale, et cela en parallèle de projets pédagogiques permettant aux jeunes issus de l'immigration de découvrir leur histoire familiale.

Des films et une pièce de théâtre

Des réalisateurs ont été inspirés par le thème de la radicalisation djihadiste pour faire des films et même une pièce de théâtre. Ainsi le film "Le ciel attendra" ou la pièce "Djihad" sont utilisés en France par des professeurs de l'Education nationale pour ouvrir des débats avec les élèves.


 

"Auprès des jeunes, l’art est indéniablement un de nos leviers les plus puissants pour faire saisir les mécaniques de la rupture identitaire et de la radicalisation", estime Emmanuel Grange, enseignant, dans un article du Web pédagogique intitulé Expliquer la radicalisation.

"Pour mes élèves, la pièce Djihad a fait l'unanimité. Ils ont énormément ri mais aussi réfléchi avec les comédiens qui, à la fin de la représentation, prennent le temps d’échanger avec le public pour expliquer l’histoire de la pièce, leur démarche et évidemment répondre aux questions tous azimuts."

Développer l’enseignement de la laïcité et du fait religieux

Le think tank "Vers le haut" estime qu'il faut aussi enseigner le fait religieux à l'école. "C'est la méconnaissance de l’autre, de sa différence, qui nous enferme dans la peur ou le repli. La question est particulièrement sensible s’agissant des faits religieux, sujet souvent abordé dans les débats publics, mais avec une large ignorance et beaucoup de préjugés. "
 
Les jeunes ont une soif d’idéal et d’aventure que le matérialisme et le relativisme n’étancheront jamais

 Ce chantier-là n'est pas simple, car 37% des enseignants y sont hostiles. Il y a donc tout un travail de formation des enseignants à faire, préconise le rapport. Car, "on ne combat pas le mal avec du vide. On a voulu affranchir les jeunes de tout dogme, de toute idéologie, et finalement, on ne leur a rien donné à la place pour s’élever.
"Or les jeunes ont une soif d’idéal et d’aventure que le matérialisme et le relativisme n’étancheront jamais".

Vivre l'amitié et apprendre à coexister malgré les différences

Voilà qui introduit le troisième axe : il faut vivre l'amitié au-delà des différences. Pour faire société, il faut créer des liens et expérimenter que l'on peut se parler, se rendre service, vivre les uns avec les autres au-delà des différences sociales, ethniques ou religieuses.

Le rapport cite 5 initiatives inspirantes comme le parrainage entre salariés et jeunes de quartiers sensibles ou le partage entre familles et entre pères. 

L'association Coexister, qui rassemble des jeunes de diverses croyances et religions, démontre que c'est possible, à condition que l'amitié et la rencontre soit mises au centre.


Servir ensemble

Enfin, la quatrième préconisation de ce rapport est de "servir ensemble", ce qu'il qualifie de "pédagogie du contrepied".

En effet, "à celui qui est en difficulté, on va demander un service. Par le service, par la confiance qu’on lui fait, il se rend compte qu’il est utile aux autres, qu’on a besoin de lui, que sa vie a un sens dès lors qu’elle est ouverte sur les autres."

N'est-ce pas plus constructif que de faire de l'école un lieu de compétition où l'on élimine par l'échec ? Le rapport encourage donc la mise en place - actuellement en chantier - d'un service national universel pour tous les jeunes à partir de 16 ans.

Il préconise aussi de renforcer le service civique qui offre déjà une expérience longue de plusieurs mois très formatrice, et encourage  toutes les initiatives d'éducation populaire, de scoutisme, ou les projets pédagogiques orientés vers la solidarité. 

Reconstruire une société éducatrice

En conclusion, "Il est temps de reconstruire ensemble une «société éducatrice», préconise le think tank Vers le Haut. C’est un projet enthousiasmant qui peut mobiliser largement les Français dans un élan retrouvé, où chacun trouvera sa place et pourra développer ses talents."

Télécharger le rapport intégral ci-dessous.


 

Vidéo : Débat sur la radicalisation des jeunes au Collège des Bernardins

Un débat a accompagné la sortie du rapport du groupe de réflexion Vers le haut. Il a eu lieu le 29 janvier 2018 au collège des Bernardins à Paris.



le Lundi 5 Février 2018 modifié le Jeudi 22 Mars 2018

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