Droits de l'homme : l'ONG Samba Mwanas dénonce la situation des jeunes au Gabon



Alors que s'ouvre la Coupe Africaine des Nations à Libreville (Gabon), nous avons rencontré Hortense Nmame, fondatrice de l'ONG "Samba Mwanas" qui défend les enfants Gabonais victimes d'abus sexuels et aussi, depuis quelques mois, des violences policières. Depuis les élections d'août 2016, elle a dû quitter son pays pour la France où elle poursuit son action.





Hortense Nmame veut être la voix des enfants gabonais maltraités et des jeunes privés de démocratie.
Hortense Nmame veut être la voix des enfants gabonais maltraités et des jeunes privés de démocratie.
Le 14 janvier 2017, le premier match a ouvert  la Coupe Africaine des Nations (CAN) de football qui se tient à Libreville, au Gabon, un pays en crise où l'on peine à se réjouir de ce coûteux événement alors que la population et notamment les jeunes manquent de tout.

Pour que les tribunes des stades ne restent pas vides, beaucoup d'enfants ont reçu des places gratuites. "Mais ils les ont déchirées, cet événement est boycotté par la jeunesse. Ce qu'elle veut aujourd'hui, ce n'est pas du foot, c'est la démocratie !", explique la Gabonaise Hortense Nmame.

Hortense a créé l'association "Samba Mwanas" pour défendre les enfants et les jeunes victimes d'abus et de violence. Elle a répondu à nos questions.

Que signifie Samba Mwanas et comment est née cette aventure ?

Droits de l'homme : l'ONG Samba Mwanas dénonce la situation des jeunes au Gabon
Hortense Nmame  : "Samba signifie «Accueil chaleureux» et Mwanas, ce sont «les enfants» en Gabonais. L’association a été créée en 2009. C’est arrivé comme un appel, un appel à sortir enfin de moi-même et à me donner pour les autres. Jusque-là dans ma vie d’épouse, je ne me sentais pas libre d’avoir des initiatives en dehors de notre foyer.

Tout a commencé en fait en Angola où j’avais vécu avec mon mari. Lorsque nous nous sommes séparés, j’ai pleuré beaucoup mais  j’ai aussi prié beaucoup, et un jour, j’ai entendu comme une voix en moi : «Occupe-toi de mes enfants !» De quoi s’agissait-il, quels enfants, les miens? Jusque-là ma posture était de suivre, et puis j’aimais les enfants bien sûr mais sans plus… A la suite de cette motion intérieure, j’ai commencé à visiter les orphelinats et j’ai toute de suite su que c’était ce que je voulais faire depuis toujours : aider les enfants sans sécurité familiale, affective …

Alors j’ai commencé à écrire un projet, et de retour au Gabon j’ai commencé à visité des familles qui vivaient dans une grande pauvreté, mais je n’avais pas encore de vision. J'ai commencé à communiquer sur FB de l’activité que je menais, et j’ai été contactée par une fondation suisse, WWSF, pour participer en 2012 à une action de sensibilisation, "19 jours d’activisme", au profit des enfants victimes d’abus sexuels et de violences".

Quelle forme prenait cette action ?

"Il s’agissait de passer avec d'autres bénévoles, dans les écoles, de faire des actions préventives sur ce sujet très tabou et de faire prendre conscience aux enfants que cette situation était anormale.
 
Nous avons eu beaucoup de remerciements de la part des enfants, et les langues ont commencé à se délier. Les enfants sont venus nous parler spontanément de ce qu’ils vivaient en famille ou dans leur entourage proche. Les femmes, les mamans qui au début se méfiaient et restaient muettes ont peu à peu accepté de parler de cette réalité.
 
 Plus nous passions dans les établissements, plus nous réalisions l’ampleur de ce phénomène. Nous nous sommes rendu compte que l’inceste était une réalité véritable dans notre pays et que cela se passait dans tous les milieux : 25%  des actes sont commis à l’école, 11% dans la rue, et 64% dans les familles, toutes classes sociales confondues.

Vidéo : Un court-métrage de Samba Mwanas dénonce les abus sexuels sur les enfants


Quelles suite avez-vous donné à cette action ?

"Nous avons prolongé notre action au-delà des 19 jours, nous avons visité 20 établissements et suite à notre rapport, nous avons obtenu le prix WWSF 2013. Ce qui nous a confirmé dans l’orientation de notre action auprès des jeunes.

Nous avons pu obtenir des financements français pour poursuivre notre action hors de la province, d’abord dans cinq provinces, cela pendant les deux années qui ont suivi. Puis une subvention de la part des Etats-Unis nous a permis d’étendre notre action de prévention dans les quatre autres provinces.
"Je ne veux pas me taire devant toutes les souffrances que je rencontre"

En novembre 2016, ce sont 30 116 cas d’abus qui ont été identifiés dans tout le pays, évidemment cela ne donne pas une belle image de notre pays, et nous rencontrons des limites, mais je ne veux pas me taire devant toutes les souffrances que je rencontre".

Comment ces enfants sont-ils pris en charge, quels recours ont-ils ?

Hortense Nmame.
Hortense Nmame.
"Nous leur offrons un lieu d’écoute pour leur souffrance, nous les accompagnons par une aide médicale, psychologique et une aide juridique. Il est cependant très difficile de mettre les enfants en sécurité, les victimes ne sont pas protégées.
"Il n’y a pas, pour l’instant, de réelle volonté politique d'agir contre ce problème"

Des actions judiciaires sont en cours, mais pour mener une action devant la Cours Africaine des Droits de l’homme et des peuples il faut d’abord épuiser toutes les voies de recours nationales. 23 plaintes sont en cours d’instruction, certains accusés sont relâchés sous caution. Il n’y a pas, pour l’instant, de réelle volonté politique contre ce problème".

Trouvez-vous du soutien aujourd'hui dans votre action?

"Aujourd’hui il n’y a plus réellement de suivi de la part de WWSF sur le Gabon, j'ai en revanche le soutien en France de l'association lyonnaise, Agir ensemble pour les droits de l'homme.
Je suis à la recherche de moyens pour pouvoir continuer notre action".

Etes-vous en mesure de décrire la situation au Gabon aujourd’hui ?

"Selon mes informations, le pays tourne au ralenti ; depuis les élections les enfants n'ont pas repris les cours, les administrations ne fonctionnent pas.

En ce qui concerne notre association, aujourd’hui, il reste quelques bénévoles qui, par le temps qu’ils passent au près des jeunes, fragilisent aussi leur situation professionnelle. Les jeunes ont un grand besoin d’être écoutés. Mais ils n’ont pas de lieu pour cela.

Quand les jeunes sont sortis dans la rue, ils se sont faits chasser violemment par une milice

Quand à la fin de l'été 2016,  ils sont sortis pacifiquement dans la rue par stupéfaction face au résultat des élections, il se sont faits chasser violemment par une milice cagoulée. Ça été un vrai carnage, une chasse à l’homme, les jeunes ayant eu besoin de parler de cet événement se sont tournés vers nous. J’ai été contrainte pour ma sécurité, de quitter mon pays.

La France s'était engagée, aux cotés des autre pays européens, à surveiller les élections. Aujourd'hui le pouvoir reste aux mains d'Ali Bongo, dont l'élection est très contestable. Le comptage des voies de la province du Haut Ogooué a été retardé, la majorité de l'opposition était écrasante par ailleurs. Pour tous, c'est une évidente injustice, mais nous sommes dans l'attente d'un soutien international qui ne vient pas."

 Une journée de sensibilisation à Bordeaux le 25 janvier

Hortense Nmame organise une journée de sensibilisation à Bordeaux le 25 janvier 2017 sur la situation du Gabon et en particulier des jeunes. L'occasion de s'informer sur un sujet peu relayé par les médias européens.

- De 17h à 20h au Darwin Ecosystème, 87 quai des Queyries à Bordeaux
Droits de l'homme : l'ONG Samba Mwanas dénonce la situation des jeunes au Gabon

Comment poursuivez-vous votre action ?

"Il est de plus en plus difficile d'agir sur le terrain. Nous avons dû cesser la prise en charge psycho-sociale des victimes. Nous avons maintenant une expérience de communication avec les médias, nous avons par exemple publié des courts-métrages diffusés sur les réseaux sociaux, cela fait de Samba Mwanas aujourd’hui une structure de référence au Gabon.

Je suis impliquée dans différents organismes tels que le Réseau National Pour la Promotion et la Protection des droits de l’enfant au Gabon, que je coordonne, et le Réseau des coalitions Nationales de l’Afrique Centrale en charge des droits de l’enfant, où je suis Vice-présidente. J'interviens aussi auprès du Comité d’experts des droits de l’enfant à l’Union Africaine et du Comité d’experts des droits de l’enfant de l’ONU.

Depuis la France. J’essaie de faire entendre la voie de la jeunesse gabonaise à travers mes actions auprès des responsables institutionnels de défense des droits de l’homme et des droits des enfants".

Avec la 31e Coupe d’Afrique des nations (CAN) qui s’est ouverte à Libreville, les médias sont tournés vers le Gabon, qu’en pensez-vous ?

Beaucoup d'enfants qui ont reçu des places gratuites, les ont déchirées, cet événement est boycotté par la jeunesse. Elle ne veut pas de foot, aujourd'hui, elle veut la démocratie".

Pour en savoir plus :
La page Facebook de Samba Mwanas

Milène Rapp


Mardi 17 Janvier 2017

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