Cohabiter ou se marier ?


Tags : mariage

Matthieu et Lucie vivent maintenant ensemble depuis deux ans. Amoureux l’un de l’autre, ils ont emménagé au moment où tous deux ont commencé à travailler. Ils ont le sentiment d’être aussi engagés l’un envers l’autre que s’ils étaient mariés et envisagent d’avoir leur premier enfant. Se marier ? Qu'est-ce que cela peut bien changer ?



Des différences sur le plan matériel et social

Cohabiter ou se marier ?
Un couple qui vit en cohabitation, ce sont deux personnes qui vivent ensemble maritalement, mais sans s’être officiellement engagées l’une envers l’autre par le biais d’un contrat comme le mariage ou le pacs. Elles ne sont donc liées par aucun cadre juridique particulier. Il pourrait tout aussi bien s’agir de deux personnes étrangères l’une à l’autre. Alors que dans le mariage ou le pacs, un contrat précis régit les rapports juridiques entre les deux personnes qui l’ont signé. Voilà pour l’aspect juridique.

Sans rentrer dans le détails des nuances fiscales ou successorales, il est clair qu’il existe bien des différences entre cohabitation et mariage et elles ne sont pas toutes anodines. Dans le cas, par exemple, de la filiation des enfants : si un couple est marié, il n’y aura pas besoin de reconnaissance de paternité : le mari sera présumé être le père. Le mariage rend cette filiation automatique. Rien de tel dans la cohabitation ou même le pacs.

Mariage et famille : un couple qui évolue

Le législateur a donc voulu que le mariage reste le cadre institutionnel majeur de la famille, même si la loi a beaucoup évolué ces dernières années dans ce domaine, suivant en cela les importantes modifications de la société elle-même. L’évolution de la vision du mariage lors des derniers siècles pourrait être illustrée par ces maximes :
- 19è siècle : « Puisque nous sommes mariés, aimons-nous »
- 20è siècle : « Puisque nous nous aimons, marions-nous »
- aujourd’hui : « Puisque nous nous aimons, à quoi bon nous marier ? »
 

Ne pas s'engager, est-ce un non-choix ?

Cohabiter ou se marier ?
C’est la question qu’on pourrait se poser si l’on y regarde d’un peu plus près. Souvent en effet, on choisit de vivre ensemble, mais on ne se choisit pas forcément pour la vie. "On s'aime, on se plaît, on a envie l'un de l'autre. Qu'est-ce qui pourrait nous empêcher de vivre ensemble pour l'instant ?", dit Julien. D'autres se retrouvent en couple dans le même appartement sans y avoir vraiment réfléchi : "Au début, on sortait ensemble, puis il est venu chez moi deux soirs par semaine, et finalement il est resté", raconte Sophie, 24 ans. (lire Avons-nous choisi de vivre ensemble ?)

Le problème, c'est que ce "non-choix" n'est pas si simple à vivre que ça. "Si ça ne va pas, on se quitte", se dit-on au début. Mais le temps passe vite et une fois installés ensemble, les décisions sont encore plus dures à prendre (L’expression « vivre à la colle » en dit long).
Plusieurs sentiments se heurtent parfois douloureusement :

- La peur de la solitude : "Je savais que Paul n'était pas celui avec qui je voulais passer ma vie, mais j'avais peur de me retrouver seule", dit Emilie, 22 ans. Cette peur devant la rupture est accentuée par le fait que l'on a créé des liens très forts, à la fois affectifs et physiques. Rompre, c'est forcément souffrir et se retrouver face à soi-même... Mais ne vaut-il pas mieux commencer par assumer sa solitude pour pouvoir vivre à deux ? Et se connaître soi-même pour pouvoir mieux choisir l’autre ?

- Le manque de confiance dans l'autre : Le fait de se garder une "issue de secours", de savoir qu'on est ensemble "à l'essai", est la source d'une certaine inquiétude. Doit-on rester ensemble ou pas ? La question s'accentue lorsque l'on découvre les défauts de l'autre et que les premiers conflits (inévitables) arrivent. "J'ai envie de le quitter car il me déçoit, mais j'y tiens quand même", témoigne Anne, 23 ans. Certains "s'écrasent" ou refusent les conflits par peur de perdre l'autre ou d'être "largué" car le non-engagement accentue la crainte. Est-ce le bon moyen de construire un couple solide ? On vit en "union libre" mais est-on si libre que ça ? (lire Pouvons-nous nous parler sans avoir peur de voir l'autre partir ?).

- L'absence de projet commun Si l'on ne s'est pas vraiment choisi, des décalages peuvent se révéler au fil du temps. L'un peut avoir en tête de fonder une famille, tandis que l'autre n'aspirera qu'à vivre une relation amoureuse en restant libre. La déception risque d'être encore plus grande quand on vit déjà ensemble : "Je ne pouvais plus supporter de penser que si j'étais prête à me donner à fond, lui ne l'était pas", dit une jeune femme qui a eu beaucoup de mal à rompre.

Le mariage suppose un choix libre

Cohabiter ou se marier ?
En réalité, beaucoup de ceux qui ont vécu ensemble, souvent pendant plusieurs années, se marient par la suite. Ils sentent que la dimension de la durée leur manque. Ou bien ils veulent "officialiser" leur union pour fonder une famille. Alors, où est le problème ? Certains font un choix réel et sincère et connaissent une nouvelle « lune de miel ». Mais pour d'autres, il semble que le choix n'ait pas été tout à fait libre. En effet, les statistiques nous apprennent que ceux qui ont cohabité dans un premier temps et se sont mariés ensuite divorcent davantage que ceux qui se sont engagés dès le départ. Curieux paradoxe : on aurait volontiers imaginé que ce temps de vie commune déjà passé ensemble leur aurait permis de mieux se connaître et donc de mieux discerner. Il faut croire que le fait de vivre ensemble ne permet donc pas forcément de faire le bon choix.

En réalité, certains le reconnaissent : ils n'ont jamais vraiment réfléchi au choix de leur conjoint et n'ont pas parlé ensemble de leur projet commun. "Puisqu'on vivait ensemble depuis longtemps, on s'est mariés sans se poser trop de questions". D'autres se rendent compte qu'ils ont des difficultés à vivre ensemble, mais pensent que le mariage va arranger les choses.

Or si le mariage est la marque d'une confiance totale en l'autre, il mérite une vraie réflexion sur le choix de l'autre et un profond dialogue. Une fois mûri, ce choix pourra conduire à un engagement mutuel de s’aimer…Alors, deux personnes qui se sont choisies librement peuvent s’engager à s’aimer fidèlement pour la vie.

Mais pour se dire oui librement, il faut être assez libre aussi de dire non, ce qui n'est pas toujours le cas quand on vit ensemble depuis longtemps. "Je vivais avec Pauline depuis 5 ans et elle me mettait la pression ainsi que sa famille, je n'ai pas pu reculer mais finalement, ce n'est pas elle que j'aurais dû épouser", analyse après coup un homme de 30 ans.

D'où vient la peur de s'engager ?

Reste qu'en aimant profondément et en ayant choisi leur conjoint, certains ne veulent pas s’engager car ils ont peur. Peur de quoi ? Les réponses sont nombreuses et variées. Mais il est certain que tout choix et tout engagement présente un risque : celui de se tromper.

Alors demandons-nous quand, dans la vie, il nous est plus facile de prendre des risques ? C’est lorsqu'on est en confiance qu’on prend plus facilement des risques. Or cette confiance en soi et en l'autre grandit lorsqu'on prend un engagement mutuel l'un envers l'autre. Lire Avons-nous confiance l'un en l'autre ?

L’engagement, c’est un don

Cohabiter ou se marier ?
Dans le mariage, la confiance est d'autant plus grande que l'engagement est total. Il a pour effet de gommer le conditionnel : on ne dit plus à l’autre : « Je reste avec toi à condition que… », mais : « Je m’engage à t’aimer quelque soient les conditions : pour le meilleur et pour le pire... » C’est en cela que ce « saut » dans l’engagement est de l’ordre du don. Et ce don appelle une réponse de l’autre, c’est un don mutuel.

Ne pas s’engager par peur de se tromper, c’est avant tout prendre le risque de ne rien donner ! Or ce don est le ciment de la vie conjugale. Rien d’étonnant alors que des couples qui gardent à l’esprit ce conditionnel et ne se sont pas engagés dans ce don mutuel aient plus de mal à tenir dans la durée. Il existe bien entendu des couples en cohabitation qui vivent une vraie vie conjugale dans le don.

Certains peuvent aussi démarrer une vie de couple au conditionnel et glisser vers le don : rien n’est figé. Mais c’est sans doute ici une différence essentielle entre la cohabitation et le mariage : le don est présent dès le départ. Et si ce don n’est pas une garantie absolue de durée du couple – il n’y aurait d’ailleurs plus de risque à s’engager – il est le terreau d’une vie conjugale plus vraie car vouloir se donner inconditionnellement porte en soi le désir d’accueillir l’autre là où il en est, parfois différent de ce que nous aurions imaginé ou souhaité.
(Lire aussi Sommes-nous prêts à nous engager totalement ?)

Mardi 14 Mai 2019
Armelle Nollet

Psycho | Corps et sexualité | Amour | Couple | Un bébé ? | Addictions








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