Comment réagir face à la violence ?



Que faire quand on est victime ou confronté à la violence ? Pourquoi est-il important d'en parler ? A qui peut-on s'adresser ? Eléments de réponse avec Aurélie Baretje, de la ligne d'écoute "Jeunes violences écoute".




Qui sont les personnes qui appellent "Jeunes violences écoute" ?

Comment réagir face à la violence ?
Aurélie Baretje : Au départ, cette ligne a été mise en place pour les lycéens d’Île-de-France victimes ou témoins de violences. Mais en fait, les appels viennent de partout et de personnes de tout âge, même si la majorité provient de collégiens, de lycéens, de jeunes salariés ou en recherche d'emploi.

Parfois aussi, ce sont des parents qui nous appellent, que leurs enfants soient victimes, témoins ou auteurs de violence, ou des professionnels qui travaillent au quotidien avec les jeunes.

A quelles formes de violences les jeunes qui vous appellent sont-ils confrontés ?

C'est extrêmement variable. Ils peuvent être victimes ou témoins de violences verbales, physiques, sexuelles ou encore relevant du harcèlement. Aucun appel n’est semblable, chaque situation est différente : la violence peut prendre des formes très diverses, que ce soit au sein de la famille, à l’école, dans les transports en commun ou encore dans la rue.
Quel que soit l'appel, nous essayons d'écouter, de soutenir, éventuellement d'apporter une information et d'orienter. C'est notre mission.

Quels conseils donner à un jeune confronté à la violence ?

Comment réagir face à la violence ?
Le plus important est de ne pas rester seul. Il faut solliciter de l’aide, en parler, que ce soit à des amis, à ses parents ou à des professionnels tels qu’un psychologue ou une infirmière scolaire, un professeur. Le jeune doit aller vers quelqu’un en qui il a confiance, trouver une "personne ressource".
Appeler une ligne d’écoute téléphonique peut également apporter une aide importante. Il y a des structures dans toute la France tels que les "Points accueil écoute jeune".

Parler du problème n’est pas toujours facile mais c’est essentiel, cela signifie qu’on enclenche quelque chose pour s’en sortir, pour prendre de la distance avec ce qui s’est passé et pouvoir être aidé pour savoir quoi faire. Par exemple, sur "Jeunes violences écoute", des écoutants psychologues et juristes sont là pour fournir anonymement une écoute individualisée, une aide adaptée à la situation pour ensuite orienter, si besoin est, la personne qui appelle vers un lieu ou une personne ressource.

Quels sentiments ou émotions difficiles peuvent ressentir les jeunes qui vous appellent ?

Comment réagir face à la violence ?
Parfois, ils ont honte de la situation dans laquelle ils se trouvent et craignent d'être jugés ou de ne pas être crus. Ils peuvent aussi avoir peur d'aborder des choses intimes, notamment quand il s'agit de problème au sein de leur couple ou de violences sexuelles.
Quand des jeunes filles nous contactent pour ce ce type de violences, c'est souvent la première fois qu'elles en parlent et ce n'est pas facile pour elles de se confier et de mettre des mots sur ce qui s'est passé.

Ce sont des appels généralement longs, avec des silences, qui peuvent être difficiles et angoissants pour elles. Mais après, il y a en général le soulagement d'avoir pu enfin déposer ça, d'être crues et entendues. Cela permet aussi de prendre conscience de ce qui s'est passé. En parler est nécessaire pour ensuite mieux vivre sa souffrance, mais c'est un passage obligé que chacun doit aborder à son rythme. C'est une porte qui s'entrouvre.

Certains jeunes sont-ils tentés de réagir à la violence par la violence?

Oui, cela arrive. Certains peuvent vouloir s'en prendre à leur agresseur. On voit aussi des jeunes tentés de retourner la violence contre eux-mêmes, sous la forme de scarifications ou à travers des idées suicidaires par exemple. Cela concerne en général des personnes qui ne voient pas d'issue à leur problème ou qui se reprochent de ne pas avoir réagi face à la violence qu'ils ont subie. Cela s'ajoute souvent à un mal-être profond. C'est peut être aussi un moyen d'appeler à l'aide.

Peut-on être blessé par de "petits" actes de violence comme des insultes par exemple?

En fonction de chaque individu, une situation va être vécue et gérée différemment. Une même violence qui pourrait paraître anodine à une personne peut profondément en blesser une autre. Par exemple, on voit parfois des jeunes qui sont pris comme boucs émissaires par un groupe à l'école, qui sont insultés tous les jours. Ce type de violence, qui peut sembler sans grande gravité à certains, peut relever du harcèlement et être dévastateur pour une personne fragile, dans l'incapacité de réagir face à de tels phénomènes de groupe.

Confrontés à cette violence quotidienne, des jeunes se retrouvent parfois isolés, ne veulent plus aller au lycée et perdent leur confiance en eux : ils n'arrivent plus à se penser autrement que ce qu'on leur renvoit d'eux-mêmes. Cela peut les conduire dans une profonde détresse. Dans un cas comme celui-ci, les adultes ont un rôle de veille très important à jouer pour entendre cette souffrance et la prendre au sérieux.

 

Comment réagir face à la violence ?
  •  "Jeunes violences écoute" est un numéro vert accessible gratuitement et anonymement de toute la France au :
    0800 20 22 23 (01 44 93 44 75 depuis un téléphone portable), tous les jours (sauf jours fériés) de 8 h à 23 h.
  • Le site Internet du service, jeunesviolencesecoute.fr, comporte trois espaces, à destination des jeunes, des parents et des professionnels.

Vendredi 7 Juin 2013
Propos recueillis par Pierre-Louis Lensel

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