Officier de la marine marchande, l'appel du grand large



L'officier de marine marchande vogue sur les océans à bord de navires géants ou d'usines flottantes. Responsable des hommes et des cargaisons, il exerce un métier exigeant mais passionnant. Cap sur le grand large ?




Officier de la marine marchande, l'appel du grand large
"Ma famille étant de La Rochelle, j'ai toujours rêvé devant les navires qui partaient au large et j'ai toujours su que, d'une manière ou d'une autre, j'en ferai mon métier"... A 38 ans, Aymeric est commandant d'un navire câblier appartenant au groupe Louis-Dreyfus Armateurs. Il est responsable de ce navire, de son équipage, et de l'installation de câbles d'un continent à l'autre au fond des océans...

C'est l'un des 2900 officiers de marine marchande français, des professionnels dont les métiers restent largement moins connus que ceux de la Marine nationale ou de la pêche...

Pourtant la marine marchande mondiale n'a cessé de se développer ces trente dernières années : saviez-vous que 80% des marchandises produites et consommées dans le monde empruntent la voie maritime ?  Désormais les océans sont sillonnés par d'énormes porte-conteneurs, ainsi que des pétroliers, des vraquiers ou des ferries. Il faut aussi des navires pour rallier les plateformes d'extraction offshore (en mer) ou permettre le développement des énergies marines renouvelables. Sans oublier, bien sûr, le transport de passagers dans de gigantesques navires de croisière.

Un métier très exigeant

Pour piloter ces mastodontes, il faut des marins expérimentés capables d'assurer les manoeuvres en toute sécurité, mais aussi de commander des équipages, de diriger le chargement de matières dangereuses, de faire face aux pannes et aux accidents de toute sorte sans oublier, depuis quelques années, les menaces de la piraterie.

"On sait très bien qu'à un moment de sa carrière, un officier est toujours confronté à une crise : un incendie à bord, un abandon, un échouement", témoigne Niels Roche, élève officier à l'Ecole nationale supérieure maritime (ENSM) à Marseille.

"J'ai dû apprendre à m'adapter à de nombreuses situations : le quart, les manœuvres, le chargement, l'anti-collision, et surtout la machine", témoigne une jeune femme officier. L'officier de marine marchande doit donc être très polyvalent. Complètement autonome à bord du navire, et prêt à réagir à tout événement. Un incident pouvant survenir à tout moment, il doit rester sur le qui-vive et cela durant des semaines voire jusqu'à 4 mois de traversée. "Il faut être fort dans sa tête", résume Laure, chef mécanicien.

Il faut aussi avoir le sens des responsabilités et l'esprit d'équipe pour assurer la sécurité du navire et de l'équipage. Mais ce rôle de manager constitue aussi l'une des grandes richesses du métier.

Un métier de passion qui a ses avantages

Officier de la marine marchande, l'appel du grand large
Choisir un métier de navigant, c'est d'abord... partir, larguer les amarres et voyager. La plupart des candidats à ce métier hors normes témoignent de leur amour de la mer et des plaisirs rares que leur offrent certaines traversées. "Au début de ma carrière, j'ai choisi des services au long cours pour voir le monde, témoigne un officier. J'ai navigué de l'Atlantique à l'Océan Indien, j'ai découvert les Seychelles et de multiples îles, même si les escales sont moins longues qu'autrefois". Et puis : "Voir les dauphins sauter autour du navire au petit matin, ce sont des joies inestimables", dit un autre.

Si les périodes de navigation peuvent être longues (jusqu'à 3-4 mois d'affilée), elles sont suivies de récupération tout aussi longues. Trois mois de vacances peuvent succéder à trois mois de travail, un rythme que certains apprécient : "quand je suis en mer, je peux être à 100% à mon travail, et à terre, à 100% à ma famille", dit Laure.
 
Un navire de commerce est une tour de Babel

Autre avantage, le métier favorise les rencontres : un navire de commerce, quel que soit son pavillon, est une tour de Babel. Toutes les nationalités et les langues peuvent s'y croiser et partager un bout de chemin entre Shanghaï, Le Havre, Singapour, New York et Rotterdam... L'ouverture sur le monde tutoie la rencontre de gens différents.

Être officier de marine, c'est aussi être cadre, comme dans d'autres secteurs de l'économie, c'est-à-dire exercer des responsabilités de management et de décision. Les salaires sont à la hauteur des responsabilités et des compétences requises : en fonction de l'expérience et du grade, ils peuvent aller de 3 000 à 5 000 € brut/mois, voire plus, selon la taille du navire.

Comment devenir officier de la marine marchande ?

Il existe une voie royale pour devenir "mar-mar" : créée en 2010, l'Ecole nationale supérieure maritime (ENSM) est l'héritière des quatre écoles de la marine marchande (EMM) de Marseille, du Havre, Nantes et Saint-Malo. Les quatre sites ont été conservés mais les diverses formations sont désormais regroupées sous le "pavillon" de l'ENSM.

Pour les futures navigants, le recrutement s'effectue principalement sur concours pour une entrée directe après le bac. Le concours est ouvert à tous les bacheliers mais son programme est basé sur celui du bac S. Environ 150 places sont ouvertes chaque année sur le concours intitulé "01MM / navigant ingénieur". Une trentaine de places sont aussi réservées à des diplômés de bac+2 qui peuvent être admis sur dossier.

Les études durent cinq ans et demi, avec une quatrième année consacrée à la navigation. Elles comportent des cours théoriques, des mises en situation réelles, des simulations et des périodes d'embarquement. Les trois premières années s'effectuent à Marseille, les deux dernières au Havre. Au bout de trois ans, les étudiants obtiennent déjà un diplôme d'élève officier, qui devient un Brevet de chef de quart polyvalent après 12 mois de navigation.

Au bout des 5 ans de cursus, les étudiants obtiennent à la fois le diplôme d'étude supérieures de la marine marchande (DESMM) et un titre d'ingénieur navigant. Depuis 2011, l'ENSM est en effet habilitée par la Commission des titres d'ingénieur à délivrer un diplôme d'ingénieur.

Egalement deux cursus d'ingénieurs maritimes

A la fin de leur troisième année de scolarité (semestre 6), les étudiants de l'ENSM qui ne souhaitent pas aller vers une carrière de navigant peuvent opter pour deux autres orientations qui permettent de décrocher un diplôme d'ingénieur maritime :

- Le parcours "Eco Gestion du Navire" permet de travailler sur l'ingénierie des navires "propres" et économiquement efficients.
- Le parcours "Déploiement et gestion des systèmes offshore" ouvre sur le secteur des  énergies marines (renouvelables ou pétrole / gaz).

La formation dure deux ans sur le site ENSM de Nantes, métropole qui abrite de nombreuses entreprises maritimes et centres de recherche. Le cursus est aussi accessible en admission parallèle aux diplômés de L3 scientifiques et techniques qui viennent d'autres cursus que de l'ENSM

Pour en savoir plus sur l'ENSM : www.supmaritime.fr/fr/

Une évolution de carrière rapide

A la sortie de l'ENSM, les diplômés peuvent naviguer sur toutes les mers, sous tous les pavillons et sur tous types de navires de commerce : navires de transport (porte-conteneurs, méthaniers, pétroliers, navires de croisières), mais aussi de recherche océanographique et sismique, de pose et maintenance de câbles sous-marins, d'ingénierie sous-marine, de forage, de pilotage, de remorquage, d'assistance en haute mer…

A bord, ils peuvent travailler comme officier dans les services techniques ("machines) jusqu'au poste de chef mécanicien, responsable de tous les services techniques du navire ; ou bien côté "pont" jusqu'au grade de capitaine qui est le chef de l’expédition maritime et le représentant de l’armateur. Il leur faut toutefois naviguer un certain nombre de mois pour prétendre à ces grades.

La plupart débutent comme "officier chef de quart machine" (ou 3ème mécanicien), puis passent "second mécanicien" et enfin "chef mécanicien". Ou bien ils débutent comme "lieutenant", puis "second capitaine" et enfin "capitaine".

A 29 ans, Benjamin Le Scornet est déjà second capitaine à bord d'un porte-conteneurs géant du groupe CMA CGM. Après une formation à l'ENSM, les officiers peuvent ainsi monter vite en grade et se retrouver capitaine aux alentours de 30 ans !


Après la navigation, la reconversion

Officier de la marine marchande, l'appel du grand large
Si les évolutions de carrière peuvent être rapides, c'est que le métier est aussi passionnant qu'éprouvant. Il peut s'avérer difficile à concilier avec une vie de famille classique. Les navigants peuvent alors choisir des compagnies ou des services effectuant des traversées plus courtes (dans des compagnies de ferries par exemple) ou envisager une reconversion sur un poste à terre.

Les diplômés de l'ENSM opèrent en général leur reconversion sans problème, notamment au sein du secteur para-maritime que ce soit dans le contrôle des navires (inspecteurs des sociétés de classification), ou le domaine portuaire (comme pilotes, officiers de port, responsables d'entreprise ou de manutention). Leur connaissance du monde de la mer, de ses navires et de ses ports en font un personnel choisi.

Mais leur profil est aussi apprécié par des employeurs d'autres secteurs. "Ce sont des gens qui ont des qualités particulières, propres à leur métier, explique le responsable des équipages de la compagnie Louis-Dreyfus. Leur formation est équivalente à celle d'un ingénieur, avec en plus ce sang froid, cette capacité à être autonome et à prendre rapidement des décisions qu'ils ont acquis sur les lignes".

Pas de problème pour gérer des "crises" lorsqu'on a essuyé vents et tempêtes sur les mers du globe. Aussi retrouve-t-on d'anciens marins dans l'industrie pétrolière, comme les transports aériens ou les assurances... Les officiers de marine marchande font ainsi honneur à leur réputation d'ouverture sur de nouveaux horizons.

Pour en savoir plus


Charles Baldini
Jeudi 19 Janvier 2017

Qu'en pensez-vous ?

1.Posté par yahiaoui fayçal le 26/09/2016 19:44
est ce que un ingénieur en mécanique naval peut travailler sur terre avec le diplôme qui a obtenu a l'ENSM

2.Posté par Nicolas le 05/11/2016 11:53
Bonjour est-ce que pendant les mois de récupération les officiers ont le même salaire que en mer ?
Merci

3.Posté par mael le 08/01/2017 17:59
dur de travailler a terre avec un diplômes mar mar ou peut être dans les centrales ou grosse installations pour les officiers meca , question salaire non le salaire en mer n 'est pas le même que celui en congé ! après étant un ancien naviguant les salaires annoncés la haut me font rire !! pour un officier qui débute c est au alentours de 2000 EUROS net et en congé 1500 NET beaucoup arrête après quelques années !!!!! pour le rytme ca dépend en général 2 mois 2MOIS de congé ou sur ferries 7/7

4.Posté par Denry le 18/01/2017 20:30
Je suis en seconde et je vais choisir mon orientation. Est-il possible d'integrer l'ENSM apres un bac ES ?

5.Posté par Kurtz le 20/04/2018 10:23
Bonjour à tous,

J'ai 30 ans et je suis rentré dans une filière maritime il y a une dizaine d'année. Aujourd’hui j'ai environ 3 ans de mer et suis titulaire d'un diplôme "DESMM" (Capitaine/ Chef Mécanicien illimité en jauge et en puissance). J'ai navigué sous pavillons étrangers, RIF ainsi que français premier registre. Ma formation est une formation qui n'existera plus dans 2 ans, je fais parti des derniers dont la formation "filière A" ne visait qu'à faire des marins. Maintenant cette filière est dite "Ingénieurs". Mais je connais la formation "Ingénieur" par des amis qui l'ont suivi ou la suivent.

J'aimerais donner une contre mesure à ce qui peut être véhiculé par les ENSM aux salons, salon de l'étudiant. J'ai moi même été une victime de cette publicité mensongère. Je pensais qu'on viendrait me chercher à bras ouverts avec mon brevet, que je ferai des escales exotiques, que la vie à terre ne serait que paisibles vacances.
N'oubliez pas que cette école soigne son image et qu'une personne a un poste à temps plein pour maquiller et dorer l'image de l'ENSM.

La formation d'ingénieur ne fera de vous ni des marins ni des ingénieurs.
Le métier de marin est un métier de technicien, si vous avez un esprit "d'ingénieur" le maritime risque de ne pas vous convenir car il s'agit de faire fonctionner un navire avec fiabilité. Marin vous le deviendrez en naviguant. La créativité et les idées lumineuses ne sont pas les priorités, loin de là. Les jeunes qui parviennent à trouver des embarquements vivent souvent mal d'être considérés comme des apprentis, convaincus que 5 années d'études font d'eux des marins. Les écoles encrent bien fermement dans la tête de leurs élèves qu'ils sont des Ingénieurs en plus d'être de futurs officiers. Vous serez un élève pendant un an puis un jeune officier pendant au moins un an. Concernant le titre d'ingénieur... je doute fortement qu'il soit mérité: comment peut on traiter sérieusement un tel programme en 5 ans alors qu'il fallait déjà 5 ans aux filières traditionnelles pour les seules matières maritimes?

Le plus dur reste pour moi la partie professionnelle. Il vous faudra vous battre pour trouver des embarquements d'élève pour valider vos brevets puis batailler parfois pour embarquer suffisamment pour conserver vos brevets. Il faut savoir que l'on forme des "marins d'élite" (je crois qu'il faut quand même reconnaître que la formation maritime française dépasse beaucoup de nationalité sur le plan de la qualité) mais que nos brevets se périment depuis quelques années au bout de 5 ans comme les brevets chinois, algériens, indiens, philippins... . Du gâchis de capital humain, j'aurais aimé tirer un avantage d'être français ou européen et d'avoir été formé (25 ans de ma vie) à penser, à retenir. bref. Ces revalidations de brevets sont de plus en plus fréquemment aux frais des navigants et quand, comme certains de mes copains, vous aurez galéré à embarquer et qu'il faudra débourser 2000€ pour revalider vos stages, ça vous fera mal ("big pain in the ass" comme disent les philipins). Il faut voir une vertu à cette péremption des brevets: les ENSM s'assurent des revenus à échéance et montant connus!

D'autre part les acquis sociaux reculent fortement dans cette branche: vous naviguerez plus pour un salaire moins élevé. J'ai effectué jusqu'à 6 mois d'embarquement et ce sans (presque) jamais mettre pied à terre. Vous serez peut être comme moi à bord d'un navire avec un pavillon français mais dont les seuls français sont vous même et le Capitaine qui n'aura guère d'amour pour vous (l'aigreur engendre parfois de drôles de comportements), navires sur lesquels la tambouille n'est pas la première vocation du cuisinier (!).

Pendant que l'on vous formera en 5 ans, d'autres seront formés en 2 ans (OCQPI par exemple) et continueront de faire baisser vos salaires pour trouver du travail, s'ils trouvent du travail (ce n'est que mon humble opinion).

Il y a quand même moyen de s'en sortir! Je voudrais seulement que vous qui cherchez à vous orienter ne pensiez pas que naviguer c'est voyager (un mec en école de commerce voyage plus j'en suis sur), que vous serez autant à la maison qu'en mer avec des salaires incroyables. Tous les métiers sont en recul vis à vis de la qualité de vie qu'ils peuvent offrir mais j'aimerais que vous ayez un point de vue plus lucide sur cette branche si vous vous tournez vers elle.

En espérant que tout ce charabia puisse parler à certains.

Nouveau commentaire :

Et vous, qu'en pensez-vous ?

Cerner son profil | Bâtir son projet pro | Métiers qui recrutent | Métiers à découvrir | Métiers passion | Expériences de jeunes pros | Sans formation ?







Un blog sur l'actu des débouchés