Comment être recruté en alternance ?


Vous voulez vous former en échappant à la théorie pure et l'alternance école-entreprise vous tente ? L'idée est excellente, cependant le recrutement est plus complexe que dans une formation généraliste. Trois recommandations pour réussir son entrée en alternance.




Bien définir son projet professionnel

Il est important d'avoir un projet cohérent entre vos études et vos intérêts ou expériences.
"Comme une recherche d'emploi, la recherche d'un contrat en alternance se prépare. Il faut dans un premier temps bien cibler sa recherche en fonction de son projet professionnel, car cette expérience en entreprise est un tremplin pour l'emploi", avertit Isabelle Bastide, directrice générale du groupe d'intérim Page Personnel. "Le contrat en alternance équivaut à un contrat de travail", renchérit Pierre Beaulieu, président du groupe ISEE (Institut supérieur d'enseignement au management d'entreprises).

Conséquence : pour décrocher une offre, il faut avoir sinon un projet, du moins un objectif professionnel. "L'objectif de l'étudiant doit être l'emploi et non les bonnes notes", ajoute Pierre Beaulier. Un vrai changement de mentalité dans un pays où l'on a l'habitude de viser d'abord des études ! Certes, rares sont les étudiants qui sortent du lycée avec une idée précise du métier qu'ils souhaitent exercer. Cela, les recruteurs le savent. Néanmoins, ils attendent de l'étudiant qu'il ait un profil cohérent avec le métier, la formation ou la fonction qu'il vise.
L'objectif doit être l'emploi, et non les bonnes notes

Faut-il alors commencer par choisir sa formation ou bien son entreprise?  "Tout dépend du projet", répondent les spécialistes de l'alternance. De nombreuses formations sont jumelées avec des entreprises et à l'inverse, de grosses entreprises telles qu'EDF ou le Club Méditerranée proposent des postes en alternance et la formation associée.  Si ce n'est pas le cas, vous pouvez choisir une formation précise dans le secteur qui vous plaît... mais il vous faudra ensuite décrocher un contrat d'apprentissage en entreprise.

Choisir une formation en fonction de son profil

Choisissez donc votre formation en fonction de ce que vous voulez devenir : un(e) spécialiste ou un(e) généraliste ? C'est une des questions à se poser.  Apprenez à vous connaître pour viser juste. Une personne naturellement passionnée, experte dans un domaine, aura plaisir à s'investir dans une formation pointue : BTS très spécialisé, licence profesionnelle, master ou école de spécialistes. Après son BTS de physico-métallographe, Camille a par exemple voulu pousser sa formation dans la chimie des métaux et s'est retrouvée dans une école d'ingénieurs de fonderie et de forge en apprentissage ! 

Plus touche-à-tout, d'autres seront plus à l'aise dans des formations plus larges que l'on peut aussi préparer en alternance : DUT, licence générale, école généraliste qui propose des spécialisations progressives.


Autre critère à prendre en compte : la reconnaissance du diplôme. Beaucoup d'écoles proposent des formations en alternance mais elles n'ont pas toutes la même valeur. A côté des diplômes d'Etat (BTS, licence, master), des diplômes proposés notamment en école privée peuvent être visés par un ministère, ou bien certifiés (inscrits au Répertoire des certifications professionnnelles).
- Le visa valide la qualité de la formation en elle-même : "Il s'appuie davantage sur le niveau des enseignants : doctorat, recherche, programmes autorisés", explique Pierre Beaulier.
- Tandis que la certification valide le niveau de compétences atteint par celui qui décroche le diplôme : elle se base sur le niveau de salaire à la sortie de l'école, le temps avant de trouver son premier emploi et le type d'emploi trouvé."  "La certification est un bon critère de professionnalisation", précise Isabelle Esnault, directrice de Pigier performance à Nantes.

Méfiez-vous en tout cas des diplômes qui ne sont ni visés, ni certifiés comme le Diplôme européen d'études supérieurs (DEES), ou des indications de type "niveau bac+3". Et posez des questions sur les possibilités de poursuite d'études ouvertes par le diplôme : pourrez-vous continuer des études à l'université par exemple ?

Enfin, demandez à l'organisme de formation choisi (CFA, école de commerce, lycée, etc.) s'il est en lien avec des entreprises et peut vous aider à trouver votre contrat.

Se faire recruter en entreprise

C'est en effet l'étape la plus délicate du processus : si vous ne trouvez pas d'entreprise pour vous embaucher (en contrat d'apprentissage ou de professionnalisation), vous ne pourrez suivre votre formation, même si vous avez été admis dans l'école. Or l'entreprise fait souvent peur aux futurs alternants.
Où chercher et comment ?
Attention aux idées reçues. Le marché de l'emploi est bien plus vaste que ce qu'il en paraît. "Les annonces visibles ( journaux, internet...) représentent seulement 15% du marché de l'emploi !", explique Pierre Beaulier. Les 85% restants sont souvent des offres de proximité qui sont pourvues par le bouche à oreille ou les relations.

Privilégiez donc le relationnel, qui comporte trois niveaux : le cercle proche, les relations et en dernier, les amis de ces relations. "Chacun dispose d'un réseau, à commencer par Facebook. "Contacter des membres de son réseau  permet au moins d'obtenir un rendez-vous et dans le meilleur des cas, un boulot." assure Pierre Beaulier.

Visez les secteurs qui recrutent le plus et ont les plus grands besoins d'alternants : l'artisanat, le BTP, la restauration, l'industrie. Si les grandes entreprises (banque, assurance, audit, distribution, informatique, hôtellerie, transport, électricité) publient toutes des offres d'emplois en alternance sur leur site, n'oubliez pas les petites entreprises qui n'ont pas le temps de publier des annonces mais peuvent avoir des besoins.

Pensez à élargir votre recherche à des secteurs variés car un même métier peut être exercé dans des cadres très différents. Par exemple, EDF n'est pas la seule entreprise à recruter des diplômés en génie électrique mais ils peuvent aussi trouver des postes dans l'aéronautique, le génie climatique et le chauffage, les transports (la SNCF), mais aussi des fabricants d'ascenseurs, d'équipements industriels, etc.

Si vous avez une fonction "transverse" ou un métier support (ressources humaines, finances, compta, commercial, communication), dirigez-vous en priorité vers un secteur dont les produits ou les services vous intéressent. Elève ingénieur en qualité dans l'industrie, Emmanuel a décroché sans problème un contrat d'apprentissage passionnant chez Selmer, un fabricant d'instruments de musique à vent. "Le fait que je sois saxophoniste a sans doute aidé à mon embauche, dit-il, et cela m'a beaucoup motivé".

Quand commencer à postuler
 
Prenez garde de disposer d'un délai d'au moins trois mois avant la date choisie pour commencer en entreprise. "Les grandes entreprises commençent à travailler sur le recrutement en février, en définissant les profils de postes. Les CV sont présentés au cours du mois d'avril", informe Pierre Beaulier. Cependant de beaux postes sont encore disponibles durant l'été.

Comment postuler
Vous pouvez envoyer des candidatures spontanées (avec un pourcentage de réponse de 3/1000 ou 2%), postuler via des offres en ligne, aller vous présenter sur place directement (en PME surtout), ou rencontrer des responsables de l'entreprise lors de salons ou de forums recrutement, une formule qui peut vous faire gagner beaucoup de temps.

"Le mot "attendre" est prohibé dans la recherche d'une entreprise. Il faut toujours être acitf, relancer les candidatures..." souligne Pierre Beaulier.  Relancez par téléphone, après avoir envoyé votre candidature (CV, lettre de motivation...) par mail.

Réussir son entretien d'embauche

"L'entretien d'embauche doit être bien préparé car c'est là que tout se joue" conseille Pierre Beaulier, qui a été recruteur. Comme pour un entretien d'embauche en CDI, renseignez-vous sur l'entreprise, ses métiers, ses produits. Cela vous permet de ne pas vous présenter dans l'entreprise X comme dans des dizaines d'autres, mais de dire votre motivation pour ce poste-là et cette société-là. Sinon, vous serez recalé en deux minutes.
 
"La compétence, la motivation,  le profil et le potentiel sont les critères du recruteur". En effet, les recruteurs sont bien conscients qu'à 20 ans, on ne peut pas aligner les expériences professionnelles sur son CV. C'est pourquoi ils s'attardent davantage sur le potentiel du candidat. Ils sont d'autant plus attentifs que beaucoup considèrent le contrat d'alternance comme un pré-recrutement : s'ils sont prêts à financer la formation d'un apprenti, c'est bien avec l'objectif de pouvoir le recruter en CDI après son alternance. D'où la sélectivité du recrutement.

Ne craignez pas cependant de rester actif : "Lors de l'entretien d'embauche, le futur alternant peut poser des questions sur l'apprentissage, l'attribution d'un tuteur qualifié, le rythme de l'activité... Il est important de tenir compte de l'environnement de travail avant de choisir une entreprise", prévient Laurence Pierron, DRH de l'enseigne Bricoman (l'officiel Studyrama de l'alternance).  Par contre, mieux vaut ne pas mettre en avant la rémunération et la gratuité des études dans vos motivations : évoquez plutôt votre envie de connaître la vie d'entreprise.

Détendez-vous : "le recruteur a aussi peur que le candidat, même si ses peurs sont différentes : lui a peur de se tromper en recrutant  la mauvaise personne (ce qui peut coûter très cher à l'entreprise) et le candidat a peur de dire une bêtise."

Enfin, retenez les trois mots-clés pour réussir un entretien d'embauche : persévérance, honnêteté et naturel. Les entreprises recherchent des personnes motivées par elle, qui savent ce qu'elles veulent.

Jeudi 11 Juillet 2013
Claire-Marie Gaisne

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