Ouverture de campus connectés pour les jeunes des zones rurales


Treize "campus connectés" vont ouvrir à la rentrée 2019 dans des villes éloignées des universités afin de permettre à davantage de bacheliers de poursuivre des études. L'expérience sera étendue à 100 campus connectés en 2022.




C'était une des mesures annoncées par Emmanuel Macron à la sortie du "Grand débat" pour répondre aux doléances des "gilets jaunes" et des Français habitant les zones rurales. "Nous créerons des campus connectés dans des villes moyennes", déclarait-il le 25 avril.

Frédérique Vidal, ministère de l'Enseignement supérieur, a donc annoncé le 3 mai l'ouverture en septembre 2019 de 13 campus connectés dans des villes qui ont pour point commun de ne pas avoir d'université à proximité : Bar-le-Duc, Saint-Brieuc, Redon, Carcassonne, Nevers, Autun, Saint-Raphaël, Cahors...(voir la carte ci-dessous).

Dans ces 13 villes, des bacheliers pourront préparer un diplôme de l'enseignement supérieur parmi 60 cursus (des BTS et des licences de tout domaine) proposés par diverses universités comme la Sorbonne, Université Grenoble Alpes, ou Paris II Assas. Simplement, ils pourront suivre tout leur cursus en restant tout près de chez eux grâce à l'enseignement en ligne (e-learning).

La vidéo de présentation des campus connectés :


Des campus de proximité où l'on pourra être encadré

Le ministère précise toutefois qu'il ne s'agit pas d'une simple mise à disposition de cours en ligne que l'on pourrait suivre de chez soi, comme par exemple le font les Mooc (cours en ligne gratuits).

D'abord, les étudiants pourront se rendre dans des locaux équipés d'ordinateurs mis à disposition par la ville. Ils pourront donc avoir une vraie vie de campus à la porte de chez eux.

D'autre part, "chaque étudiant sera encadré, motivé, accompagné par un professionnel qualifié", précise le ministère. En plus des enseignants de l'université qui donneront les cours et animeront les travaux dirigés en ligne, les étudiants du campus connecté seront encadrés sur place par des tuteurs. Il y aura un tuteur pour dix étudiants, a indiqué Frédérique Vidal.

Ce volet est essentiel pour permettre aux étudiants d'être assidus et de réussir leur cursus : cet accompagnement personnalisé veut à la fois éviter la solitude du e-learning qui conduit souvent à l'abandon, et l'anonymat des universités où beaucoup d'étudiants échouent par manque d'encadrement.

Permettre à davantage de jeunes de poursuivre des études

Le challenge est d'autant plus grand que les campus connectés semblent viser des jeunes qui s'interdisent souvent les études supérieures pour des raisons économiques (du fait de l'éloignement de l'université, des difficultés de logement et de transport) ou par manque de confiance en eux-mêmes.

Par exemple, seulement 50% des bacheliers ardéchois poursuivent des études supérieures, contre 77% en moyenne en France. Or on sait que l'insertion professionnelles des jeunes sans diplôme reste bien plus fragile que celle des diplômés comme le montre l'enquête recrutement du CIDJ.

En Haute-Marne, seulement 11% des bacheliers demandent une place en classe préparatoire du fait de l’absence de CPGE dans le département. Les jeunes de ces régions ont donc tendance à s'autocensurer ou à s'exiler et cela alors que certaines entreprises locales manquent de main d'oeuvre comme dans la Meuse où des filières industrielles (agroalimentaire, énergie) sont en expansion.

Les campus connectés pourraient donc permettre à des jeunes de faire des études et d'obtenir un premier niveau de diplôme, en leur donnant le goût et les moyens de réussir. L'objectif étant qu'ils aillent finir leurs études dans un établissement "classique" (école, université).

Comment postuler à un campus connecté ?

L'ouverture des 13 premiers campus connectés ayant été annoncée en mai pour un démarrage à la rentrée 2019, le dispositif Parcoursup ne pouvait intervenir.

L'objectif étant la proximité, le recrutement de ces campus se fera localement, dans chacune des 13 villes. Les jeunes intéressés peuvent se renseigner auprès de la mairie, de la mission locale ou tout simplement des enseignants de leur lycée qui les orienteront vers les responsables du campus connecté.

Une trentaine de jeunes pourraient être accueillis dans les 13 premiers campus. Il leur faudra bien sûr choisir le cursus qui les intéresse et correspond à leur profil puisque chaque campus va proposer les 60 formations au choix : la plupart des BTS les plus demandés, des licences Staps, de maths, de droit, et aussi des "diplômes d'accès aux études supérieures" (DAES) pour les décrocheurs qui souhaiteraient reprendre des études.

 
La carte des 13 premiers campus connectés 

Des campus connectés testés à l'étranger et à Montereau

Cette première phase est encore expérimentale. A terme, d'ici 2022, le gouvernement envisage de déployer une centaine de campus de ce type. On en saura alors plus sur cette nouvelle forme d'enseignement supérieur et sur ses résultats. Mais plus que la quantité, le ministère veut la qualité : "Nous souhaitons 100% de réussite aux examens dans les campus connectés", indique Frédérique Vidal.

La formule a déjà été testée avec succès dans certains pays comme l'Espagne et le Canada mais aussi en France, à Montereau, une ville pionnière de Seine-et-Marne où l'université de Marne-la-Vallée est à 2 heures de transport ! La ville a donc ouvert sa "Digitale Académie" en 2017 dans un quartier prioritaire de la ville, et elle a obtenu le label "campus connecté" de la part du ministère qui l'a intégré à ses 13 premiers sites et lui a accordé le même soutien financier.

Si la plupart du financement des campus revient aux collectivités locales, l'État offre en effet une subvention d'amorçage de 50 000 euros par campus et une dotation de 1 000 euros par étudiant pendant trois ans. Il verse aussi une subvention annuelle spécifique de 10000 euros à chacune des universités engagée auprès des campus connectés.

Campus classiques ou connectés : les mêmes examens et les mêmes diplômes

Si cette forme d'enseignement est aujourd'hui possible, c'est parce que des universités elles-mêmes ont conçu des supports de cours adaptés au e-learning (notamment des vidéos), et des plateformes permettant de suivre les apprenants ; un gros travail technique et pédagogique mené depuis quelques années. 

A la fin de leur cursus, les étudiants des campus connectés obtiennent en effet le même diplôme que ceux qui ont étudié sur leur site. Concrètement, vous pouvez obtenir la licence de droit de Paris Assas en étudiant à Carcassonne, ou la licence de sciences de l'université Aix-Marseille en restant à Bar-le-Duc.

Et pour les examens ? "Ils sont organisés à distance ou en présentiel, dans l'université délivrant la formation, au sein de l'université de proximité qui a conclu un partenariat avec le campus connecté ou au sein même du campus." indique le ministère. Concrètement, les étudiants du campus connecté du Vigan dans le Gard pourraient par exemple aller passer leurs examens à l'université de Montpellier, examens pouvant être ceux de la Sorbonne ou de l'université de Lille. 

La révolution digitale de l'université est vraiment commencée.



Rédigé par le Lundi 6 Mai 2019
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