Les nouveaux métiers de l'intelligence artificielle : un univers fascinant


Après la vague du Big Data se lève celle de l'IA. L'intelligence artificielle va détruire des emplois, mais elle va aussi créer de nouveaux métiers très qualifiés car avant de remplacer l'homme, les machines doivent être conçues et programmées.




Coach de robots. C'est l'un des métiers qui devraient émerger dans les années qui viennent selon le célèbre MIT  (Massachusetts Institute of Technology). Tous les robots qui vont accomplir de plus en plus de tâches dans les usines, les bureaux, les maisons ou les hôpitaux auront en effet besoin d'être suivis et améliorés.

Timothée, lui, est chatbot master dans une startup spécialisée dans la création de chatbots pour des sociétés qui souhaitent automatiser la relation en ligne avec leurs clients. Les chatbots, ce sont ces personnages virtuels qui vous accueillent lorsque vous visitez certains sites marchands. "Bonjour, c'est Léa, comment puis-je vous aider ?".

Parfois ils s'appellent Kevin, Tom ou Edward. En général, ils savent répondre aux questions courantes et répétitives que nous leur posons : "Où acheter cet article ?" "Comment me faire rembourser ?". Miracle ? Non, programmation d'une intelligence artificielle !

Chatbot Master : un chef de projet web qui aime l'innovation

"Pour construire un chatbot, nous étudions toutes les données historiques des conversations avec les clients, explique Timothée. Nous regardons aussi le parcours du client sur le site et nous transformons cela en conversations".

Des développeurs informatiques programment ensuite le chatbot pour lui permettre de répondre aux questions de façon pertinente.

Le chatbot master, lui, coordonne tout le projet, depuis la conception jusqu'à la livraison : "Je commence par rencontrer les entreprises qui demandent un chatbot pour préciser leur objectif. On voit si le bot doit être un homme ou une femme, le ton à employer... Puis je fais le lien avec les équipes techniques."

Un travail varié pour lequel l'entreprise recrute des chefs de projet web aimant l'innovation. Et un des multiples métiers qui devraient émerger.

Des métiers très qualifiés dont beaucoup n'existent pas encore

Il est cependant impossible pour l'instant de lister ces nouveaux métiers de l'IA pour une raison simple : beaucoup n'existent pas encore ! Un rapport de la firme américaine Cognizant se plaît à en imaginer certains : "agent de la diversité génétique", "sherpa de magasin virtuel", "conservateur de la mémoire personnelle" "manager homme-machine"...

Le même rapport estime que l'intelligence artificielle pourrait créer 21 millions d'emplois. Des postes très qualifiés concentrant la valeur ajoutée de l'intelligence humaine tandis que l'intelligence artificielle permettra de remplacer les tâches peu qualifiées par des machines. 

Pour accéder à ces emplois, il faut donc viser un haut niveau de qualification, qu'on se le dise !
 

Qu'est-ce que l'intelligence artificielle (IA) ?

"L'IA consiste à faire faire à une machine ce que l'homme fait moyennant une certaine intelligence", indique Marvin Minsky, l’un des fondateurs de l'intelligence artificielle.

Aujourd'hui, on va encore plus loin en disant que l'IA consiste à faire faire aux machines, ce que l'homme fait actuellement mieux qu'elles, notamment s'adapter, apprendre, communiquer et interagir d'une manière riche et variée avec leur environnement.

La victoire du logiciel AlphaGo - développé par une filiale de Google -  contre le champion coréen du jeu le go le 15 mars 2016 illustre bien les progrès de l'intelligence artificielle et vient nourrir la crainte de voir l'humain dépassé par la machine. 

Mais n'oublions pas que ces intelligences artificielles sont conçues et construites par l'homme !
 

Ingénieur en IA ou Data Scientist : des voies royales

Même si ces débouchés sont donc en mutation constante, quelques voies de formation vous permettent cependant d'y accéder dès maintenant en acquérant une solide formation de base :

- Les écoles d'informatique et d'ingénieurs informatiques proposent toutes désormais des spécialisations en intelligence artificielle. Beaucoup ont même des laboratoires de recherche en IA et encouragent leurs étudiants à travailler sur des projets innovants. L'ingénieur en intelligence artificielle est un métier promis à un bel avenir, avec des débouchés chez les géants du numérique mais aussi les grands groupes ou les startups. 

- Des écoles d'ingénieurs spécialisées dans divers domaines (énergie, industrie, robotique, automobile, BTP) forment aussi aux outils de l'IA car tous les secteurs de l'industrie ou des services veulent les intégrer. Une double compétence (métier et informatique) va donc être de plus en plus appréciée. On peut aussi compléter une formation de base en faisant une spécialisation (par exemple un mastère spécialisé) en IA.

- Les formations en Data Science et en statistique constituent aussi une bonne porte d'entrée car pour programmer une intelligence artificielle, il faut en général utiliser et manipuler de grandes quantités de données numériques (Big Data). Dans les grandes entreprises, les Data Scientists travaillent donc avec les développeurs informatiques et les chefs de projet.
(Lire : Métiers de la Big Data : l'avenir est dans les données)

Computational Linguist ou ingénieur en programmation linguistique

Mais certaines applications de l'IA ont dès maintenant ouvert de la voie à de nouvelles activités qui viennent brouiller notre classification des métiers.

Helena Blancafort est ingénieur en programmation linguistique ou computational linguist.  Traductrice de formation, elle a co-fondé une société qui propose de la rédaction automatique de textes. Certes, il ne s'agit pas de romans ou de textes à haute valeur littéraire. Mais de textes factuels, donnant des informations brutes dans un ordre bien précis toujours identique.

Des médias lui achètent ainsi des compte-rendus de matchs, de résultats d'élections ou des bulletins météo. Un groupe immobilier lui fait faire ses présentations de ville.

"Notre tâche principale consiste à paramétrer le robot qui rédige les textes, explique-t-elle. Pour cela, il faut analyser toutes les données fournies par le client, puis savoir programmer l'ordinateur rédacteur, et bien sûr aimer rédiger".

La filière TAL à l'université
En France, on peut se former à ce métier à l'université, dans les cursus de Sciences du langage, en faisant un master "traitement automatisé des langues" (TAL).

Avec la multiplication des outils numériques de traduction ou d'apprentissage des langues, la filière TAL va offrir de plus en plus de débouchés. Elle permet de cumuler les compétences linguistiques et informatiques, abattant les frontières traditionnelles entre scientifiques et littéraires.

Juriste augmenté : quand les robots lisent les contrats

Vous voulez encore être étonné ? Alexandre se présente comme un "juriste augmenté". Il a co-fondé une société - encore une startup - qui propose aux juristes une plateforme intelligente pouvant relire et vérifier leurs contrats.

"Les juristes passent beaucoup de temps à éplucher des milliers de pages de textes souvent identiques. Nous avons développé un logiciel capable d'analyser et de vérifier toutes les clauses d'un contrat", explique Alexandre.

Le client gagne ainsi un précieux temps qu'il peut consacrer aux travaux réclamant une réelle expertise juridique. Alexandre, lui, n'est pas juriste mais ingénieur et c'est un précédent travail pour des juristes qui lui a donné l'idée de proposer ce service.

Au paradis des chercheurs

De façon générale, de nombreux secteurs professionnels vont être impactés par des applications d'intelligence artificielle.

Dans les transports avec les véhicules autonomes, dans la santé avec des dispositifs d'assistance aux personnes âgées ou handicapées, dans le commerce en ligne, les relations avec la clientèle, et bien sûr dans l'accès à l'information, les relations avec les services publics, la production industrielle, la construction...

Pour développer toutes ces innovations et réfléchir aux bouleversements qu'elles vont induire, il faudra à coup sûr des bataillons de chercheurs qui viendront d'horizons très divers et croiseront leurs connaissances : déjà l'informatique puise dans les découvertes de la biologie, des neurosciences ; elle utilise les statistiques, les nanotechnologies et convoque même l'éthique et la philosophie...

Alors, si la recherche vous tente, pourquoi ne pas devenir chercheur ou chercheuse en intelligence artificielle ?
 

Les témoignages métiers présentés ici ont été recueillis le 15 mars 2018 au MeetUp de EdFab sur Les métiers de la Data et de l'intelligence artificielle (vidéos à venir). 



25 Avril 2018
Dans la même rubrique :