Le rapprochement entre les classes préparatoires et l'université se précise


Le projet de loi de réforme de l'université présenté au Premier ministre veut imposer le rattachement des classes préparatoires aux grandes écoles à l'université, notamment pour favoriser la recherche en prépa. Ces partenariats seront conclus au cas par cas.




Il est prêt. Le projet de loi qui doit à nouveau réformer l'enseignement supérieur suite aux Assises de l'automne 2012 a été déposé par le député Jean-Yves Le Déaut, rapporteur, sur le bureau du Premier ministre le 15 janvier 2013. Il devrait être discuté au Parlement en février-mars 2013.

Parmi ses nombreuses dispositions, l'une fait le buzz car elle concerne nos fameuses classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), louées par les uns, jalousées ou critiquées par les autres depuis nombre d'années notamment pour leur côté élitiste.

Le projet ne parle pourtant pas de les supprimer mais de rapprocher chacune de ces classes, gérées par les lycées, d'une université. "Ce rapprochement prendra la forme d'une convention de partenariat entre chaque lycée abritant des classes préparatoires et un ou plusieurs établissements d'enseignement supérieur de son choix", explique le communiqué publié par le ministère de l'Enseignement supérieur le 17 janvier.

Pour couper court aux incompréhensions, le ministère rappelle que de telles conventions existent déjà, notamment dans les classes préparatoires littéraires sur presque tous les sites. Mais il se limite souvent à l'attribution d'"équivalences universitaires". "L'objectif est donc de généraliser les conventions, en les inscrivant dans la loi et de leur donner un contenu élargi" qui serait "défini sur le terrain par les acteurs concernés" précise le communiqué.

Quels changements pour les étudiants ?

Difficile donc d'annoncer dès maintenant ce qui va changer pour les élèves (pardon, les étudiants) de prépas, mais aussi pour ceux de l'université partenaire, puisque toutes les CPGE ne noueront pas les mêmes accords avec l'université. Cependant, un certain nombre de points possibles sont listés par le gouvernement :

- Les élèves de prépas seraient aussi inscrits à l'université partenaire et donc "étudiants". Le paiement de droits d'inscription à l'université pour les classes préparatoires (180 euros en 1ère année de licence, gratuité pour les boursiers) "sera laissé à l'initiative des partenaires" indique le ministère, mais c'est un des points le plus souvent évoqué car il apparait anormal depuis longtemps que des élèves accèdent totalement gratuitement aux classes prépas publiques alors que celles-ci coûtent deux fois plus cher à l'Etat qu'un cursus en première année de fac soumis à des droits d'inscription (notamment parce que les prépas bénéficient d'excellents enseignants pour des classes d'une quarantaine d'élèves).

- Les élèves des classes préparatoires auraient davantage de possibilité de se réorienter vers l'université (en validant des ECTS et sans perdre de temps) et il pourrait y avoir des "possibilités pour les étudiants inscrits à l'université de rejoindre une classe préparatoire en cas de places vacantes", selon le partenariat noué.

- Les enseignants des classes prépas pourraient aller enseigner en université et réciproquement des enseignants universitaires pourraient venir enseigner en prépas, notamment les enseignants checheurs de façon à initier davantage les élèves de prépas à la recherche. L'idée est de créer des passerelles et d'échanger les bonnes pratiques "sans aucune remise en cause de leurs objectifs et de leurs spécificités, qui sont complémentaires", précise Geneviève Fioraso.

- En classes préparatoires, les élèves seraient davantage "sensibilisés à la recherche", notamment grâce au partenariat avec l'université.

Les profs de prépas se défendent

Sans s'opposer à l'idée de ces rapprochements, les enseignants des classes préparatoires scientifiques rassemblés dans le syndicat UPS ont fait remarquer que la "sensibilisation des élèves à la recherche" est déjà à l'oeuvre dans leurs classes.

 "Les professeurs de classes préparatoires scientifiques ont beaucoup fait évoluer leurs pratiques pédagogiques dans le sens d’une sensibilisation des élèves à la recherche avec l'introduction, en 1995, des TIPE (travaux d'initiative personnelle encadrés), développés en lien avec les écoles d’ingénieurs et les universités", expliquent-ils dans un communiqué.
 
"Dans les prépas scientifiques, 90 % des élèves vont actuellement dans des laboratoires de recherche industriels ou universitaires dans le cadre des TIPE. Ils font ainsi plus de recherche qu'un étudiant en L1 ou L2 scientifique. C'est d'autant plus naturel, que la majorité des professeurs des CPGE scientifiques possède un doctorat, quand ce n'est pas une habilitation à diriger les recherches", souligne Bruno Jeauffroy, président de l'UPS.
 
L'UPS rappelle aussi que les écoles d'ingénieurs offrent déjà aux enseignants de classes préparatoires scientifiques des stages thématiques qui leur permettent "d'échanger avec les enseignants-chercheurs des écoles, et donc d'enrichir leurs pratiques pédagogiques visant la recherche".

Mais s'ils se défendent, les profs scientifiques de prépas reconnaissent que l'on pourrait faire mieux. Dans leur contribution aux Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, ils avaient fait des propositions pour optimiser la coopération entre les CPGE et  l'université : l'UPS proposait ainsi de valoriser l'implication d' universitaires dans les TIPE en matérialisant les heures consacrées à l'encadrement des prépas dans un laboratoire universitaire, sous forme de stage par exemple.

Et également d'ouvrir les bibliothèques universitaires aux élèves de classes préparatoires, un point qui selon l'UPS devrait être systématique dans tous les partenariats !

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Rédigé par la rédaction le Vendredi 25 Janvier 2013
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