Etudes de santé : la PACES et son concours supprimés en 2020


Le président de la République a confirmé le 18 septembre 2018 la suppression du numerus clausus et du très sélectif concours de fin de Paces. Le cursus des études de médecine va donc être profondément transformé à la rentrée 2020.




Le big bang annoncé des études de santé aura bien lieu. Emmanuel Macron a confirmé le 18 septembre 2018 en présentant le plan santé une profonde et prochaine réforme des études médicales.

La fin du numerus clausus fait en effet partie des 54 mesures de ce plan : depuis 1971, l'Etat contingentait le nombre total de médecins que les universités françaises étaient en droit de former, notamment pour contenir les dépenses de santé.

Mais l'arrivée massive en France de médecins formés à l'étranger et ayant les mêmes droits que ceux issus du numerus clausus a eu raison de la mesure. "Le numerus clausus sera supprimé pour cesser d’entretenir une rareté superficielle", a déclaré Emmanuel Macron le 18 septembre.

Les études de médecine vont rester sélectives

Désormais, chaque université pourra déterminer elle-même le nombre d'étudiants formés dans les filières de médecine, mais aussi pharmacie, maïeutique et dentaire. Ce chiffre sera-t-il totalement libre ou régulé ? On sait déjà qu'il devra être supérieur à un plancher minimum, mais la question de savoir s'il y aura un plafond (chiffre maximum) n'est pas tranchée.

Dès l'annonce de la mesure, les représentants des doyens d'université mais aussi des étudiants en médecine ont fait remarquer que les universités seraient de toute façon obligées de limiter le nombre d'étudiants du fait de la difficulté à leur trouver des stages, notamment à l'hôpital où les encadrants sont déjà débordés.

Les études de santé, et notamment de médecine vont donc rester sélectives, même si l'on devrait dépasser légèrement le chiffre de 8200 - numerus clausus en 2018.

La PACES et son concours supprimés dès la rentrée 2020

En réalité, c'est le mode de sélection qui va profondément évoluer : le concours organisé en fin de PACES (Première année d'études de santé) va être supprimé, ainsi que le principe même de cette année concours qui regroupait tous les étudiants souhaitant devenir médecins, sage-femmes, pharmaciens ou dentistes. 
 
"Stopper ce gâchis incroyable de la 1ère année de médecine"

"C'est surtout pour stopper ce gâchis incroyable de la première année de médecine, où l'on voit d'excellents étudiants se voir fermer la porte des études de médecine avec un concours qui est inhumain et qui entraîne de la désespérance, a expliqué au Parisien Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.
Autre objectif du gouvernement : "faire en sorte qu'on diversifie le profil des personnes qui vont rentrer dans les études de médecine, qu'on ne les sélectionne pas uniquement sur les maths et la physique."


L'histoire de la PACES et de la sélection en 1ère année de médecine

Depuis l'introduction du numerus clausus en 1971, les universités sélectionnent les étudiants sur concours à l'issue d'une première année de médecine. Le taux d'échec étant très élevé (80%), la pratique du redoublement s'est généralisée.

- Jusqu'en 2010, les étudiants ayant échoué deux fois au concours de P1 (première année de médecine) n'ont aucune équivalence pour se réorienter et faire valoir leurs deux années d'études.

- En 2010, Valérie Pécresse alors ministre de l'Enseignement supérieur, regroupe tous les étudiants de 4 filières santé dans une année commune ou PACES. L'objectif est déjà de diminuer le "gâchis humain" en créant des passerelles entre les 4 filières, une réorientation plus rapide, de limiter les redoublements et d'offrir des équivalences à l'université aux "reçus-collés" (étudiants ayant la moyenne mais non admis au concours).

Mais l'augmentation continue du nombre de candidats en PACES (et au concours de médecine) maintient un fort taux d'échec. Seul un petit nombre d'étudiants se réorientent au bout du premier semestre de PACES, et le taux de redoublement reste élevé. 

- Au fil des ans, de plus en plus d'écoles d'ingénieurs mettent en place des "prépas rebond" pour permettre aux étudiants recalés en PACES de rejoindre une deuxième année.

- En 2015, plusieurs universités lancent des "alternatives à la PACES" à titre d'expérimentation : l'université d'Angers supprime carrément la PACES et la remplace par une licence universitaire en trois ans permettant un accès sur dossier à la deuxième année de médecine. D'autres universités ouvrent des passerelles ou "Alter PACES" permettant à des étudiants d'autres licences de rejoindre la deuxième année de médecine.
(Lire : Marie, étudiante en médecine : "J'ai accédé à la 2ème année grâce à l'Alter PACES)

- En 2017-2018, d'autres universités lancent leur Alter PACES. L'université de Grenoble innove quant à elle en remplaçant le concours de PACES par un contrôle continu intégral.

- En 2018-2019, trois universités parisiennes (Paris Descartes, Paris Diderot et Sorbonne Université) suppriment la possibilité de redoubler la PACES. En cas d'échec au concours, les étudiants peuvent continuer des études de sciences en deuxième année de licence. Objectif : limiter la perte de temps pour les candidats et de temps d'enseignement pour les universités.

Le 18 septembre 2018, le gouvernement annonce officiellement la suppression de la PACES et de son redoutable concours à partir de 2020.

Quel cursus pour les études de santé en 2020 ?

Disons tout de suite que le nouveau cursus en études de santé n'est pas encore complètement dessiné. Une concertation est en cours avec les universités qui devrait aboutir à une loi en 2019.

Cependant, les diverses déclarations de la ministre ou de participants à cette concertation donnent déjà quelques indices. Surtout, le schéma de ce premier cycle d'études découlera beaucoup des expérimentations menées depuis 2015 par diverses universités :

- Une licence "Santé" en trois ans
Les étudiants intéressés par des études de santé s'inscriraient dans une licence universitaire en trois ans offrant divers débouchés. C'est le modèle de la licence Pluri-Pass testée depuis 2015 par l'université d'Angers. Pour ceux souhaitant devenir médecins, un accès sélectif à une deuxième année spécialisée serait possible en fin de L1, mais aussi sans doute de deuxième et de troisième année. 

- Une sélection mais plus de concours pour faire médecine
Quel type de sélection pour le cursus médecine ? C'est la nouveauté majeure visée par la réforme. Le concours actuel reposant beaucoup sur la mémorisation (et le bachotage) sera supprimé. L'admission pourrait se faire sur contrôle continu (en fonction des notes de partiels), mais aussi l'examen d'un dossier qui pourrait comporter une lettre de motivation et la mention d'activités particulières. Un oral où le candidat devrait exposer son projet professionnel est aussi une option.
Un accès pourrait être possible en fin de L1, de L2, et de L3. 

- Une poursuite d'études possible en master pour les recalés
Les étudiants n'ayant pu être admis en études de médecine ou de pharmacie pourraient poursuivre leur licence "santé" et accéder à des masters scientifiques ou à des concours de niveau bac+3.

- D'autres licences de sciences pourraient permettre de faire médecine
D'autres licences pourraient permettre de rejoindre les études de médecine (ou de pharmacie) : sans doute de nombreuses licences orientées vers les sciences, la biologie, la chimie, mais aussi les sciences de l'ingénieur, et peut-être certaines disciplines de sciences humaines. La volonté de diversifier les profils des futurs médecins a été réaffirmée sans cesse et pourrait passer par cette ouverture.
Concrètement, c'est le modèle des initiatives "Alter-PACES" lancées dans plusieurs universités.
L'expérience a toutefois montré que peu d'étudiants empruntaient ces voies.

Des cursus variés selon les universités

A partir d'un cadre national qui sera défini par la loi en 2019, les universités vont sans doute présenter des maquettes de licences différentes avec leur propre dispositif d'admission en deuxième année de médecine.

D'autre part les passerelles qui seront mises en place entre les différentes licences et le cursus médical va aussi dépendre de l'offre de formation et des spécialités de chaque université. Celles qui ont créé des "Alter-PACES" s'en serviront vraisemblablement de modèles.

La question du financement de ces réformes ne manquera pas non plus d'être posée.

Quid pour les étudiants en 2019-2020 ?

La PACES devant être supprimée en 2020, cela veut dire qu'elle vivra encore en 2019-2020. Les étudiants actuellement en PACES pourront donc encore redoubler (là où c'est autorisé) et retenter leur chance lors du dernier concours, en 2019. On ignore encore si les racalés auront le droit de s'inscrire dans la nouvelle licence et de retenter leur chance par la nouvelle procédure.

Mais qu'en sera-t-il pour ceux qui entreront en PACES en septembre 2019 ? Ceux qui réussiront le concours seront les derniers à suivre le premier cycle d'études médicales actuellement en place. Et ceux qui échoueront pourront sans doute rejoindre la nouvelle licence, en L1 ou L2 selon leurs notes au concours (et retenter leur chance selon la nouvelle procédure).

Tout ceci sera bien sûr précisé par chaque université courant 2019 après le vote de la loi, et on l'espère avant la fin de l'inscription des voeux sur Parcoursup le 20 mars 2019.


Etudes médicales : un cursus remanié du début à la fin

La formation des futurs médecins en France va donc connaître de profonds changements : à cette réforme de la première année d'études vient en effet s'ajouter celle du troisième cycle.

Le gouvernement a annoncé au printemps 2018 la fin du concours de l'internat que les étudiants passaient en 6ème année. Ces "ECN" ou épreuves classantes nationales décidaient de la spécialité et du lieu où chaque interne pouvait poursuivre ses études (et sa carrière). Encore basées sur un modèle très scolaire de grand concours, elles requéraient encore un bachotage intense et écartaient les motivations plus personnelles pour telle ou telle spécialité.

A partir de 2019, le choix des spécialités ne sera plus basé sur ce concours mais sur le résultat des classiques partiels de fin de 5ème et de 6ème années. Des épreuves de mise en situation seront intégrées et l'on prendra aussi en compte le parcours et les stages de chaque candidat. L'objectif est d'aboutir à une sélection moins académique, plus proche des aptitudes réelles des candidats, et plus progressive.

Plusieurs études ont en effet alerté sur la déprime de nombreux internes en médecine. A terme, on espère former en France des médecins tout aussi compétents mais peut-être plus humains, moins stressés, et réellement motivés par leur spécialité.




Rédigé par le Jeudi 20 Septembre 2018
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