Etats généraux de la sécurité à l'école : cinq pistes pour faire reculer la violence


Le ministre de l'Education Luc Chatel a clôturé les états généraux de la sécurité à l'école le 8 avril en annonçant cinq types de mesures contre la violence. Un point sera fait en octobre 2010.




C'est en évoquant la mort d'Hakim, ce lycéen du Kremlin-Bicêtre poignardé par un camarade le 8 janvier 2010 pour une simple histoire de coeur, que Luc Chatel a ouvert ces états généraux. Pourquoi tant de "barbarie", de "perte de sens moral" a demandé le ministre de l'Education, en soulignant la peur rampante qui envahit bien des élèves ou des enseignants ?

C'est pour répondre à cette question, et d'abord essayer de comprendre, que 600 personnes ont planché durant deux jours, le 7 et 8 avril, dans la mythique université parisienne de la Sorbonne à Paris : élus, experts, représentants des enseignants, des lycéens, des parents...
Leurs travaux avaient été préparés par un Conseil scientifique formé d'experts français et étrangers et présidé par Eric Debarbieux. C'est ce qui a sans doute permis au ministre de l'Education de sortir de sa manche, le jeudi 8 avril, une batterie de mesures qui allie répression et prévention. Car l'objectif est aussi d'agir pour prévenir.

Cinq orientations pour faire reculer la violence à l'école

Les mesures vont aller dans cinq directions : Mieux mesurer la violence et le climat dans les établissements. Bonne idée pour ne pas céder aux effets médiatiques et aussi pouvoir anticiper là où le faut vraiment. De nouveaux indicateurs seront donc publiés chaque trimestre par département. Et une "enquête nationale de victimation" (!) sera réalisée avec l'Observatoire national de la délinquance.
  La formation des enseignants va intégrer des modules sur la gestion des conflits, la "tenue de classe" et la prévention de la violence. Cela concernera les futurs enseignants (et autres personnels) durant leur année de stage, mais aussi les profs déjà en poste dans le cadre de la formation continue. Un effort louable dans une institution qui a toujours fait primer les connaissances académiques sur la formation pédagogique et la relation humaine ! Les établissements les plus exposés auront aussi des formations sur place, et les personnels victimes de violence bénéficieront d'un "accompagnement  systématique".
  Renforcer le plan de sécurisation des établissements scolaires. Le ministère avait déjà prévu de constituer des "équipes mobiles de sécurité" de 20 à 50 personnes dans chaque académie pour aller intervenir dans les établissements à problèmes. Il annonce que leur effectif va être doublé dans les académies exposées à la violence. Des liens privilégiés avec la Justice seront aussi noués avec la nomination de magistrats référents.

  Responsabiliser les élèves et redonner du sens aux sanctions scolaires.
Pas d'éducation sans rappel des limites, et pas de limites sans sanctions. Une "charte des bonnes pratiques" rappelant les règles élémentaires de civilité sera élaborée et devra être prise en compte dans les règlements intérieurs. Les "élèves perturbateurs pourront être sortis de la classe et placés dans des structures adaptées aussi longtemps que possible" indique Luc Chatel, mais on ignore quelles seraient exactement ces structures.
Côté sanctions, le ministre veut toutefois limiter les exclusions des établissements, qui renvoient les élèves dans la rue et inventer une "exclusion-inclusion". Et pour les familles qui ne jouent pas leur rôle, les allocations familiales seront supprimées, comme la loi l'autorise. Voilà pour la répression. Côté responsabilisation, le ministre veut améliorer le bien-être des élèves et annonce un futur plan santé, davantage de sport dans les établissements "violents" et une conférence nationale sur les rythmes scolaires.
  Engager des actions ciblées dans les établissements les plus exposés à la violence. On connaissait les ZEP, Luc Chatel va créer les CLAIR (collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite) : un nouveau réseau d'établissements particulièrement exposés à la violence sur lesquels le ministère veut mettre "le paquet". C'est-à-dire ? Des équipes d'enseignants plus stables, qui n'hésitent pas à mettre en oeuvre des expérimentations dans la pédagogie et la vie scolaire. Un préfet des études serait nommé à chaque niveau. Une centaine d'établissements expérimenteront le système en 2010-2011, avant de l'étendre en 2011.

Pour préparer, suivre et évaluer la mise en œuvre de ces orientations, Luc Chatel va constituer un comité de pilotage et a demandé à Éric Debarbieux et à Jean-Michel Blanquer, directeur général de l’enseignement scolaire, de le co-présider.

Le ministre a, par ailleurs, fixé un rendez-vous de suivi au mois d’octobre prochain.

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Rédigé par le Jeudi 8 Avril 2010
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