Cagnotte contre l'absentéisme : des élèves payés pour aller au lycée !


La nouvelle a scandalisé certains : trois lycées professionnels de l'académie de Créteil ont créé à partir du lundi 5 octobre une cagnotte pour lutter contre l'absentéisme. Pour la remplir, les élèves devront aller en cours, tout simplement ! Depuis, c'est la polémique entre les "pour" et les "contre".




En réalité, l'initiative lancée par les trois lycées professionnels (Lino-Ventura à Ozoir-la-Ferrière, Gabriel-Péri à Champigny-sur-Marne et Alfred-Costes à Bobigny) est tout ce qu'il y a de plus sérieux. C'est Martin Hirsch, le médiatique haut-commissaire à la Jeunesse qui l'a permise, en accord avec le rectorat de Créteil, dans le cadre du plan gouvernemental qui veut prévenir le décrochage scolaire des 16-18 ans .

En effet, les élèves des lycées professionnels sont des champions de l'absentéisme (20 à 30% dans certaines classes) et à force de manquer, ils finissent souvent par arrêter leurs études et par se retrouver sans diplôme. Alors, pour prévenir ce "décrochage" scolaire précoce et catastrophique pour l'avenir, le gouvernement a décidé de faire des expérimentations : il a donc affecté à chacun de ces trois lycées un fonds pour booster l'assiduité des élèves.

L'argent récolté par la classe doit financer un projet éducatif

Le projet a souvent été mal présenté : il ne s'agit pas de donner de l'argent à chaque élève individuellement quand il vient en cours. La cagnotte doit aller à la classe entière. Au début de l'année, elle est de 2000 euros et elle peut se remplir au fil de l'année, si les élèves sont réguliers. A eux d'ailleurs de fixer avec les professeurs les critères qui permettent de gonfler ou de vider la caisse. Au final, l'argent récolté doit permettre de réaliser quelque chose : un voyage, une sortie, ou le permis de conduire pour tout le monde, tout dépend du montant bien sûr.

Alors, est-ce si choquant ?

Faut-il monnayer l'assiduité ?

"L'argent ne doit pas rentrer dans l'école", se sont écriés bien des responsables politiques (de tous bords) ou syndicaux en rappelant que l'école est d'abord le "lieu du savoir" que l'on vient gratuitement recevoir.
Mauvaise note aussi des associations de parents d'élèves : "Drôle de conception d'une société où même les élèves seraient à vendre", dit la FCPE (de gauche). Le Peep (droite) doute de l'efficacité de la mesure. Les élèves "vont peut-être venir à l'école, mais vont-ils travailler?" Les parents d'élève font remarquer que l'absentéisme est souvent dû à des orientations par l'échec.
Du côté des enseignants, le syndicat Snalc-CSEN dénonce "une grave dérive démagogique". Et demande : "La carotte sans le bâton: prendrait-on les élèves pour des ânes? Ils ont besoin d'être instruits, pas d'être achetés."

Même la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, s'est dite "réservée" : "L'assiduité, dit-elle, c'est le premier devoir d'un élève. Est-ce qu'il faut monnayer l'assiduité, est-ce qu'il faut payer un jeune, pour faire ce qu'il doit faire?"

Un choc culturel

Pourtant, Martin Hirsch n'en démord pas : pour lui, l'expérience mérite d'être faite, même s'il reconnaît qu'il s'agit d'un "choc culturel". Il estime que c'est "un projet collectif tout à fait sain", et même qu'il pourrait être généralisé s'il prouvait sa forte efficacité.

Tout est là en effet : puisqu'il s'agit d'un test, donnons à l'expérience le temps d'être vécue, par les élèves eux-mêmes et cela jusqu'à la fin de l'année. Il ne s'agit d'autre part que d'une expérimentation parmi d'autres pour aider les 16-18 ans "décrocheurs" à trouver intérêt à venir à l'école.

Au fait, selon vous, quelles motivations peut-on trouver à être assidu en cours ?

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Rédigé par le Lundi 5 Octobre 2009
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