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La montée de l'enseignement à distance profite aux ingénieurs pédagogiques que les établissements d'enseignement supérieur recrutent à tour de bras. Un nouveau métier du e-learning en plein boom.


Rentrée virtuelle à Grenoble Ecole de management (GEM) en 2020. © Laval Virtual
Rentrée virtuelle à Grenoble Ecole de management (GEM) en 2020. © Laval Virtual
Si la crise du Covid frappe bien des secteurs et des métiers, elle en fait aussi émerger d'autres. Ainsi le brutal basculement de tous les enseignements en ligne, au printemps 2020 puis à nouveau à l'automne pour l'enseignement supérieur, est un formidable accélérateur pour le secteur du e-learning.

Dans les universités et les écoles recevant des étudiants, les enseignants ont dû, en quelques semaines à peine, dispenser tous leurs cours en vidéo, en live ou en différé, et organiser tout le travail des étudiants à distance. Or si certaines grandes écoles étaient déjà bien équipées et avancées dans ce domaine, la plupart ont en réalité dû faire au mieux avec les moyens du bord.

Du coup beaucoup d'établissements ont recruté des "ingénieurs pédagogiques", un métier hybride à vrai dire peu connu qui connaît, grâce à la crise sanitaire, son heure de gloire... et qui devrait offrir dans l'avenir des débouchés croissants.

 

Qu'est-ce qu'un ingénieur pédagogique ?

De niveau bac+5, il/elle maîtrise l'ingénierie des outils - plateforme digitale de e-learning, production multimédia - et sait les mettre au service de l'apprentissage et de l'enseignement.

Car l'enseignement à distance ne consiste pas uniquement à filmer le professeur en train de donner son cours. Il présente des difficultés propres - par exemple pour maintenir la concentration des étudiants, les faire travailler ensemble - qu'il convient d'éviter.

C'est la tâche de l'ingénieur pédagogique, qui aide les enseignants à revoir tous leurs formats de cours, et à les diversifier en utilisant à bon escient toutes les ressources multimédia à leur disposition ou les diverses options offertes par les outils numériques (quiz, outils de partage, de discussion, d'évaluation...).

C'est donc un mouton à cinq pattes qui maîtrise la tech mais aussi la pédagogie. Parfaitement à l'aise dans le maniement d'une plateforme digitale comme Moodle, mais également au fait des derniers résultats des sciences cognitives.


L'exemple de Grenoble Ecole de Management (GEM)

Cette grande école emploie 6 ingénieurs pédagogiques qui accompagnent les enseignants. Et voilà comment Emmanuelle Villiot-Leclercq, responsable Learning Design, définit leur rôle dans une note de blog de son école :

"A GEM, l'ingénieur pédagogique maîtrise toute la chaîne d’ingénierie de conception d’un cours jusqu’à la diffusion. Il est capable d’accompagner l’enseignant en écoutant ses besoins. À partir de ces éléments, il définit avec l’enseignant une scénarisation qui va lui permettre de transformer ou de créer un cours en ligne ou en blended.

Il va également identifier avec l’enseignant les ressources à produire et ce, en fonction des activités mises en place : ressources textuelles ou multimédia qui sont beaucoup plus complexes. Enfin, il va aider l’enseignant à identifier les modalités d’évaluation pertinentes et à intégrer l’ensemble (activités, ressources, activités d’évaluation, etc.)  dans une plateforme d’enseignement type Moodle, à diffuser sous forme de cours scénarisé."


Quelle formation pour ce métier ?

Le métier s'étant développé depuis les débuts des années 2000 avec les outils numériques d'enseignement (en commençant par les CD-Roms), beaucoup sont des enseignants qui se sont formés sur le tas et se sont spécialisés peu à peu.

Mais les besoins se sont intensifiés notamment avec l'apparition des Moocs, ces cours en ligne gratuits que produisent désormais les grandes institutions d'enseignement. Du coup, quelques universités ont ouvert des masters d'ingénierie pédagogique, comme l'université de Lille ou l'université de Lorraine. 

"Un ingénieur pédagogique peut avoir plusieurs profils, confirme Emmanuelle Villiot-Leclercq, de Grenoble Ecole de Management. Ceux qui sont très recherchés et recrutés, comme ceux que nous avons à Gem ont dans leurs bagages un master en ingénierie de formation et technologie".

La preuve que ces formations n'ont rien de fantaisistes mais ouvrent déjà d'excellents débouchés d'autant que le plan de relance de l'été 2020 a prévu 35 millions d'euros pour développer le numérique dans le supérieur et permettre aux universités de recruter davantage d'ingénieurs pédagogiques.


Quels profils pour ce métier ?

On imagine spontanément un informaticien, alors qu'en réalité, la plupart des masters recrutent des diplômés de niveau bac+3 ou bac+4 de tout profil sans se limiter à des diplômés du numérique.

Certains, en revanche, donnent priorité aux professionnels de l'éducation, de la formation ou des ressources humaines, tant la vocation pédagogique du métier reste première. La maîtrise des outils numériques de e-learning peut s'acquérir en formation et en stage, même si les futurs ingénieurs pédagogiques doivent bien sûr aimer et être à l'aise avec le digital.

En revanche, là encore, les divers témoignages mettent l'accent sur des soft-skills stratégiques : la capacité à travailler en équipe, notamment avec des enseignants parfois jaloux de leurs prérogatives, à écouter, à comprendre les besoins et à accompagner. Sans oublier, comme dans tous les métiers à forte dimension technique, la capacité à rester en veille pour suivre les nouveautés.


Bel exemple de "métier de demain"

C'est là un bel exemple de ces nouveaux métiers que pousse la vague digitale. Aux parents et aux jeunes qui m'interrogent souvent sur les "métiers d'avenir", j'explique que beaucoup d'entre eux vont naître de la rencontre entre une activité "classique" et les nouveaux usages induits par les outils numériques.

Ici, l'ingénieur numérique est au croisement entre l'activité classique d'enseignement et l'utilisation de nouveaux canaux de diffusion de la connaissance. Dans son livre publié en 2019 sur "Les métiers du futur", Isabelle Rouhan indique que l'enseignement devrait, dans l'avenir, donner naissance à trois catégories de métiers :
- Les enseignants spécialistes du contenu
- Les fournisseurs de plateformes et d'outils numériques
- Les spécialistes de la présentation, scénarisation, ou "mise en boite" du contenu, parmi lesquels se classent déjà les ingénieurs pédagogiques.

Avec la crise du COVID-19, nous voici donc un peu plus près de l'enseignement du futur.
 


Pour découvrir des formations :

-
le Master d'ingénierie pédagogique multimodale (IPM) de l'université de Lille
- le Master MEEF Pratiques et Ingénierie de la formation, de l'université de Lorraine
- le Parcours Médiation numérique et ingénierie pédagogique, de l'université Paul Valéry de Montpellier
- le Master Ingénierie pédagogique en formation d'adultes, de l'université Paris Nanterre
 

Rédigé le Jeudi 5 Novembre 2020 | Commentaires (0) | Permalien

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Michèle Longour
Michèle Longour




Certains traînent dans les bars, d'autres fréquentent les stades ou les cinémas... Moi, je hante les journées recrutement, je fouine dans les forums emploi et les salons dédiées à toutes les carrières. D'où l'idée de ce blog pour...



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