Thierry Bizot : le christianisme pour les nuls ?


Thierry Bizot a créé avec Emmanuel Chain "Éléphant et Cie", une société de production télé à l'origine du magazine Sept à Huit et de la série "Fais pas ci, fais pas ça" sur France 2. Il a publié trois romans et, en 2008, "Catholique anonyme", l'histoire de sa "rencontre avec Jésus". Plutôt original pour celui qui n'avait a priori pas besoin de plus pour être heureux. Portrait d’un homme qui pensait qu'il avait tout, et qui s'est rendu compte qu'il n'avait rien…




Comment, des plateaux de tournage en plateaux télé, de l'école de commerce à L'Oréal, Thierry Bizot a-t-il pu changer à ce point ?

C'est qu'il faut se l’imaginer : un "quinqua" parisien ordinaire, c'est-à-dire comblé par son métier, assorti d'une femme merveilleuse et de trois enfants, courant d'un projet à un autre, accumulant les réussites et provoquant les opportunités.
Ses confrères ? Pas moins qu'Emmanuel Chain. Ses rencontres ? Des producteurs d'émissions, des acteurs et des romanciers. Bref, ce qu’il est convenu d’appeler le succès.

Au fond, Thierry Bizot avait tout pour être aimé, alors pourquoi, par un automne plutôt moche, s'est-il posé cette question radicale et dont sa femme a tiré un film : Qui a envie d'être aimé ? (2011)


L'homme qui voulait être aimé, c'est lui

L'histoire dont s'inspire le film Qui a envie d’être aimé ? c'est donc celle de Thierry Bizot. Homme taillé comme un judoka poids moyen, producteur télé de son état et romancier.

Un jour, alors que le professeur de son fils l'invite à assister à une soirée de catéchisme, la vie de l’homme qui avait tout pour être aimé se met à changer étonnamment. Le voici prisonnier d'une invitation ringarde à souhait, d'une soirée qui offre la perspective de l'ennui total. Et d’ailleurs, c'est à peu près pire : l’endroit ? "Une salle polyvalente de Meudon, misérable, et qui sentait le renfermé". L’auditoire ? "Neuf catéchistes, quatre types pour les écouter. Plus moi, ça faisait cinq".

Pour l'ambiance, difficile d'imaginer plus gênant et moins efficace du point de vue de la réalisation : "le premier type qui s’est mis a causé ce soir-là a commencé par un terrible «Jésus m’a sauvé»". Et pour le producteur, rien de plus certain : "les gens qui sont venus ce soir pour écouter cela n'ont forcément rien dans leur vie. Ni amis, ni famille, ni rien. Alors que moi, qui suis un homme formidable comme chacun sait, je dois être un type super pour me rendre à une soirée comme ça."

Il est comme attrapé par quelque chose qu'il ne contrôle pas.

Au fond, la remarque de Thierry Bizot n'est pas si méprisante et si fausse qu'on le croit. Car de fait, lui qui était présent à cette soirée "minable" et pleine de "pauvres types" se rend compte quelques jours plus tard qu'il est aussi de la partie. Un "pauvre type" parmi d'autres. Il y retourne chaque semaine, par curiosité, comme attrapé par quelque chose qu’il ne contrôle pas.

Quelques mois plus tard, alors qu'il déjeune avec l'un de ses anciens collègues de L'Oréal, il se met à évoquer son histoire de catéchisme et de local miteux. D'abord pour se moquer. Lorsque tous deux éclatent en sanglot, comme des enfants.

Il vit un spectacle intérieur

C'est peut-être ce que nous apprend son histoire : que nous sommes tous, sans exception, des handicapés du cœur, "des bras cassés" comme il le dit. Les stars aussi bien que le quidam du coin de la rue, les PDG autant que l'ouvrier carreleur. Et ce que Thierry Bizot nous transmet le mieux est encore cela : les gens seuls, ce sont surtout ceux qui ignorent leur solitude. Notre seul mérite est de le reconnaître.
Nous sommes tous des handicapés du cœur
Chrétien, il l'avait toujours été. Mais voilà qu'il se remet à prier, à aller à la messe, et qu’il raconte partout autour de lui sa "rencontre avec Jésus", cet homme qui était le fils de Dieu et qui se livre ici dans l’intime des cœurs. Ce qui dans la vie du producteur a changé ? Pas grand-chose. David Bowie, son idole incontestée, est toujours là. Paul Newman, son acteur préféré reste un modèle.

Rien ne vient bousculer ses habitudes mais pour une fois, le producteur vit un spectacle intérieur. Une chose : Jésus l’accompagne, répète-t-il. Il en a fait son "amoureux".


Dans un monde de puissants, il montre sa propre faiblesse

Dans son dernier livre Sauf miracle, bien sûr (Seuil,2013), la suite de Catholique anonyme, les anecdotes décalées ne manquent pas. Il est le producteur de télé devenu chrétien, le "catholique de service" dans un milieu plutôt hostile à la question du sens et de la foi.

Un jour, alors qu’il était invité à Roland Garros pour "l’un de ces déjeuner mondains", le dirigeant de presse Bruno Patino le présente comme l’auteur d’un livre sur Jésus, et voilà que le cercle de VIP est happé par cet homme nouveau qu'est devenu Thierry Bizot, qui parle de sa foi à tout rompre et que les invités écoutent attentivement.
"Tout le monde a une spiritualité, mais c'est un sujet tabou"

Étonnant ? Pas tant que ça : "tout le monde a une spiritualité, explique-t-il, mais c'est un sujet tabou. Dieu est un sujet qui fait peur. Les gens parlent de prêtres pédophiles et de viande Hallal, c'est-à-dire qu'ils ne font que discuter politique. Jamais de Dieu… Pourtant, lorsqu’ils sentent qu’ils peuvent en converser librement sans qu’on les alpague, alors ils le font, mais alors on entre dans l’intime".

C'est ainsi que dans un monde de puissants, Thierry Bizot vient montrer sa propre faiblesse, et pourquoi pas, peut-être, sortir la question du sens et de Dieu de leur anonymat…

20 Octobre 2013
Paul Piccarreta

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