Mastérisation et nouveaux concours d'enseignants repoussés à 2010-2011


Fortement contestée, la réforme de la formation des enseignants ou "mastérisation" qui devait entrer en vigueur à la rentrée 2009 pour de nouveaux concours en 2010 est quasiment repoussée d'un an. Xavier Darcos a finalement cédé à la demande de la Conférence des présidents d'universités (CPU) qui estimaient les délais trop précipités notamment pour mettre en oeuvre les nouveaux concours de recrutement : ceux-ci sont tous repoussés à 2011.




Fortement chahutés depuis des semaines, tant par les étudiants que les enseignants et les universitaires, les ministres de l'Education et de l'Enseignement supérieur ont finalement accepté de ralentir la mise en application de la "mastérisation" des maîtres. Cette réforme consiste à former les professeurs des écoles, comme ceux du secondaire, non plus dans des IUFM mais à l'université. Et alors que le concours pour rentrer en IUFM était accessible avec une licence (à bac + 3), il faudra désormais un master (bac + 5) pour pouvoir présenter tout concours : celui de professeur des écoles, de même que le CAPES, le CAPEPS, le CAPET, le CAPLP, et l'agrégation. Comme l'indique un communiqué du ministère de l'Education du 13 mars, "l'enjeu de cette réforme est qualitatif : une meilleure qualité de la formation des futurs enseignants, une meilleure qualité de l’enseignement délivré à nos élèves et la meilleure utilisation du potentiel de formation des universités."

Les grandes critiques faites à la mastérisation

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Mais cette réforme a soulevé une volée de critiques sur plusieurs plans : - Premièrement, l'aspect financier : les enseignants qui réussissaient le concours de professeurs des écoles (CPE) étaient considérés comme fonctionnaires et payés dès leur première année de stage, soit durant la 5ème année de leurs études. Or au départ, les étudiants devaient certes suivre des stages en étant à l'université, mais sans rémunération. Xavier Darcos a finalement accepté que les stages faits durant la deuxième année de master (M2) soient rémunérés : "En M1, les étudiants se destinant à devenir enseignants pourront ainsi bénéficier de stages d’observation et de pratique accompagnée d’une durée de 108 heures, indique le communiqué du 13 mars. De même, des stages en responsabilité d’une durée également de 108 heures seront proposés aux étudiants de M2. Ces stages en responsabilité seront rémunérés (3000 euros)." Et dans une lettre adressée aux syndicats le 20 mars, il précise que ces stages ne serviront pas à remplacer des maîtres absents mais à permettre à des jeunes enseignants de partir en formation. Les syndicats ont cependant toujours une objection : dans le système actuel, les élèves passaient 1/3 de leur temps dans une classe, et 2/3 en formation. Dans le nouveau schéma, ce sera l'inverse : 2/3 de temps en responsabilité sur le terrain et 1/3 de temps en formation.

- Deuxième critique, l'aspect social : en allongeant la durée des études de 3 à 5 ans pour devenir instituteur, la réforme risquait de mettre hors jeu les étudiants les moins favorisés. Le gouvernement a finalement accepté de mettre en place de nouvelles aides financières : 12 000 bourses, pouvant atteindre 2500 euros et calculées en fonction du revenu fiscal, attribuées pour l’année de M2 aux meilleurs étudiants de M1, une bourse complémentaire de 1 449 euros annuels pour ceux qui sont déjà boursiers sur critères sociaux d'échelon 0, et 5 000 postes d’assistants d’éducation réservés aux étudiants de M2 inscrits aux concours de recrutement et 4.000 postes réservés aux étudiants de M1. Bonne nouvelle : ces aides seront attribuées dès la rentrée 2009.

Les nouveaux concours de recrutement sont repoussés à 2011

Restait donc la troisième critique, celle du calendrier : les nouveaux concours de recrutement devaient, d'après les projets du gouvernement, débuter à la session de mai-juin 2010 : cela voulait dire que les programmes des nouveaux masters, élaborées par les universités pour la première fois, devaient être prêts pour la rentrée 2009. Impossible ont clamé unanimement les présidents d'université ! "La réforme ne peut aujourd’hui être mise en place qu’à partir de la rentrée 2010-2011 et les concours en 2011 ont-ils déclaré solennellement dans un communiqué le 17 mars. Les désaccords exprimés et les contradictions entre acteurs, en particulier pour le second degré, sont en effet trop nombreux pour que l’on fasse l’économie d’une réflexion avant le lancement de la réforme." Dont acte. Xavier Darcos, qui ne voulait d'abord rien entendre, a encore une fois fini par céder. Il avait d'abord affirmé que les concours 2010 aurait un "caractère transitoire", ce qui n'avait pas manqué d'inquiéter par le flou de l'annonce. Le 20 mars, dans une lettre aux syndicats, il indique finalement que "les concours seront maintenus dans leur état actuel pour la session 2010". D'autre part, il indique dans un communiqué que "outre les étudiants inscrits en M2, ou déjà titulaires d’un M2, pourront se présenter et être admis à la session 2010 sans condition nouvelle de diplôme, tous les candidats présents aux épreuves de concours de la session 2009. Cela veut dire qu'un diplômé de licence (bac +3) qui aurait raté le concours de professeur des écoles en 2009, pourrait le repasser en 2010 sans avoir de master... Dernier essai possible à ce niveau. Xavier Darcos finit donc par céder pas à pas du terrain dans le bras de fer qui l'opposent à ses détracteurs depuis des mois. Aveu de faiblesse disent certains. Ou signe d'un dialogue finalement fructueux ? Sur le même sujet : Les nouveaux concours d'enseignants : la réforme présentée en octobre 2008



Rédigé par le Vendredi 20 Mars 2009
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