Le prix Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo


Le prix Nobel de la paix 2010 a été décerné le 8 octobre à Oslo à l'opposant chinois Liu Xiaobo, actuellement emprisonné. Le gouvernement chinois a violemment réagi en disant que ce choix était une "obscénité".




Le comité Nobel réuni à Oslo en Norvège a voulu saluer "le long combat non violent" de Liu Xiaobo "en faveur des droits fondamentaux en Chine" et souligne "le lien étroit entre les droits de l'homme et la paix".

Liu Xiaobo, 53 ans, est un ancien professeur de littérature engagé depuis de longues années dans le combat démocratique en Chine. En 1989, déjà, il avait participé à une grève de la faim lors des manifestations d'étudiants de la place Tiananmen qui avaient été violemment réprimées, et avait été incarcéré durant vingt mois. Il a également passé trois ans, de 1996 à 1999, en "camp de rééducation par le travail". Mais cela ne l'a pas empêché de continuer à s'exprimer à découvert en faveur de réformes politiques en Chine, notamment à travers ses écrits. Liu Xiaobo a notamment participé à la rédaction de la Charte 08, un manifeste publié par des intellectuels et des militants chinois réclamant la liberté d'expression et des élections pluralistes.

Après avoir enseigné dans diverses universités étrangères (aux Etats-Unis notamment), il a finalement été à nouveau arrêté en décembre 2008 et été condamné à onze ans de prison pour "subversion du pouvoir de l'Etat".

Un hommage à un prisonnier politique

C'est donc à un détenu politique, emprisonné dans la province du Liaoning, que le jury d'Oslo a décerné son prix Nobel de la paix 2010, et l'épouse de Liu va être autorisée par les autorités chinoises à se rendre là-bas pour annoncer à son mari qu'il a été primé. Plusieurs pays, dont la  France et les Etats-Unis, ont aussitôt réagi en réclamant la libération de Liu.

La Chine, elle, a qualifié le choix du comité Nobel d'"obscénité". En visite en Turquie, le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, n'a pas voulu répondre aux journalistes sur ce sujet, mais le ministère chinois des Affaires étrangères a estimé dans un communiqué que la remise de la prestigieuse récompense à cet opposant allait à l'encontre des objectifs du Nobel. Il a également affirmé que cette distinction nuirait aux relations entre la Chine et la Norvège.

Le dalaï-lama prix Nobel en 1989

Le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, ne s'est pas laissé émouvoir : "Nous devons parler quand d'autres ne peuvent pas le faire", a-t-il dit à la presse. "Alors que la Chine gagne en puissance, nous devons avoir le droit de critiquer (...) Nous devons mettre en avant les forces qui veulent une Chine plus démocratique."

Pékin avait déjjà vivement critiqué la Norvège en 1989, lorsque le prix Nobel de la paix avait été attribué au dalaï-lama, le chef spirituel des Tibétains qui vit en exil en Inde.

Le prix Nobel de la paix récompense "la personnalité ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et aux efforts en faveur de la paix et que ce n'est pas un prix pour les droits de l'homme ou la liberté d'expression", selon les termes utilisés dans son testament par Alfred Nobel. Au fil des années, le champ d'attribution s'est élargi aux droits de l'homme et, depuis dix ans, à l'environnement.
En 2009, le prix Nobel de la paix avait été attribué à Barack Obama



Rédigé par le Vendredi 8 Octobre 2010
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