Jeunes en politique : pourquoi s'engagent-ils ?



A l'heure où beaucoup de jeunes boudent les urnes, certains n'hésitent pas à s'investir dans des partis politiques français. Ils jonglent entre études ou premier job et un engagement souvent chronophage. Pourquoi et pour quoi ? Rencontre avec quatre jeunes militants bien décidés à faire entendre leur voix.



Jeunes dans la rue lors de la manifestation parisienne du 11 janvier 2015. Photo : reussirmavie.net
Chacun raconte ses "débuts" en politique, les raisons qui l'ont conduit à s'engager et celles qui le poussent aujourd'hui. Tous savent dire le sens des changements pour lesquels ils militent : une société plus libre, plus juste ou plus européenne... Et au-delà des différences de couleurs politiques, un point commun : cet engagement est pour eux un grand lieu d'apprentissage et même "une très belle école de la vie".

 - Hélène, 22 ans, (Les Républicains") : "La valeur liberté au coeur de mon engagement".

- Benjamin, 23 ans, (Les Jeunes Ecologistes) : "Je veux aider les citoyens à faire des choix éclairés".

- Pierre, 24 ans, (UDI Jeunes) : "Je crois en une Europe fédérale et transnationale".

- Romain, 20 ans, (Mouvement des Jeunes Socialistes) : "L'ordre établi ne me convient pas".

Hélène, 22 ans, Les Républicains, Villemomble (Seine-Saint-Denis)

Etudiante en affaires publiques et régulations sociales : "La valeur liberté au coeur de mon engagement"  


"Mes parents et mes grands-parents étaient très investis en politique. Enfant, j'assistais déjà au dépouillement les soirs d'élections. A 16 ans, j'ai adhéré à l'UMP de Seine-Saint-Denis. J'y suis devenue responsable adjointe des jeunes en 2015. J'exerce également le mandat de conseillère municipale de la commune de Villemomble (Seine-Saint-Denis).

J'ai conscience qu'il y a toute une socialisation familiale autour de mon engagement. Mais au cœur de cet investissement, il y a la valeur liberté. J'ai envie d'un État qui ne soit pas trop fort, qui permette à chacun d'entreprendre, de prendre des risques.
 
"Il y a quelque chose de grisant dans le militantisme"

Après mes deux années d’études à l'Institut d'études politiques de Toulouse, j'ai fait un stage d'un an en politique. J'ai d'abord été chargée de mission à la région Ile-de-France où j'ai suivi le travail de cinq commissions. Puis, je suis partie en campagne aux côtés de Valérie Pécresse (Les Républicains) pour les élections régionales. Je l'ai suivie dans ses déplacements, gérant les relations presse, rédigeant des éléments de discours. Pendant ce stage, j'étais heureuse de me lever le matin. Il y a quelque chose de grisant dans le militantisme. On est toujours sur le fil. Jusqu'au soir des élections à 23 heures, nous n'étions pas certains de gagner.
 
"C'est un exercice intellectuel permanent, on apprend à faire face à la critique"

Mon engagement politique m'a énormément appris. C'est un univers de codes tacites. Il y a tout un savoir-être, des choses invisibles que l'on assimile en observant. Militer, c'est aussi un exercice intellectuel permanent. Nous rencontrons des gens qui nous sont opposés, il faut sans cesse se forger un argumentaire. Quand on va, par exemple, sur un marché dans une ville qui n'est pas acquise à son parti, on apprend à faire face à la critique. Tout cela est très complémentaire avec mes études.
 
Aujourd'hui, je poursuis mon master à Dauphine, et je travaille en parallèle, toujours au cabinet de Valérie Pécresse, désormais à la présidence de la région. Je sais que j'aime cet univers, même s'il faut accepter l'idée d’être toujours en "CDD", avec souvent des mandats de cinq ans et beaucoup d'incertitudes. Je ne sais pas encore précisément ce qui m'intéresse le plus. Etre élue est passionnant, mais j'apprécie aussi de faire avancer des projets dans l'ombre. C'est donc un dilemme qui n'est pas encore résolu !"
 

Benjamin, 23 ans, Les Jeunes Ecologistes, Marseille (Bouches-du-Rhône)

Ingénieur: "Je veux aider les citoyens à faire des choix éclairés"

"J'ai décidé de m'engager en 2012 après les élections présidentielles et législatives qui ont porté à la tête de ma circonscription, dans le Vaucluse, un candidat d'extrême-droite. J’ai des idées opposées aux siennes, alors je me suis dit : ‘Pourquoi ne pas les faire entendre ?’.

J'ai donc contacté la fédération des Jeunes Ecologistes de Marseille, ville où je faisais mes études d'ingénieur. J'ai rapidement été invité à une réunion dans un café. C'est un petit parti, nous étions une dizaine, c'était très convivial. Nous avons surtout évoqué des problématiques locales, ça me correspondait bien et j'ai décidé de m'investir davantage dans le mouvement. J'ai d’abord été coordinateur local à Marseille, puis trésorier fédéral.
 
"Je souhaite une société écologiste, un projet global"

Ce qui me motive en premier lieu c'est de donner la possibilité aux gens de s'exprimer, de faire des choix éclairés. Je trouve important d’aller dans l’espace public afin d'y poser des questions, d’inviter les citoyens à réfléchir.

Dans un second temps, évidemment, je souhaite une société écologiste. J'adhère à un projet global qui défend, à la fois, la transition énergétique, les espaces verts, le bien-vivre ensemble, mais aussi une meilleure répartition du temps de travail ou encore l'égalité entre les sexes.
"L'engagement politique a gommé ma timidité"

Sur le plan personnel, cet engagement politique m'a permis de développer de nouvelles compétences, comme prendre la parole en public ou encore répondre à la presse. J'ai gagné en aisance, appris à défendre mes opinions, des choses que l'on n'enseigne pas assez à l'école. L'engagement politique a gommé ma timidité. Il faut aussi avoir du caractère, ne pas être trop effacé. On doit faire avec les "égos" souvent forts.

Et si on se lance dans les élections, il faut s'attendre à prendre des coups. Il y a beaucoup de candidats et peu d'élus. À plus long terme, je me vois bien être candidat aux élections et pourquoi pas assumer des mandats. Mais je n'ai que 23 ans, ce n'est pas d'actualité, en tout cas pas avant d’avoir au moins une trentaine d'années !"

 

Pierre, 24 ans, UDI Jeunes, Laval (Mayenne)

Etudiant en droit et sciences politiques : "Je crois en une Europe fédérale et transnationale"

"J'étais déjà candidat aux élections à l'école. J'ai été délégué au collège, puis au lycée. J'ai aussi été élu au sein du Conseil académique de la vie lycéenne (CAVL), on y représente son lycée et le département auprès du rectorat. C'était déjà important de faire entendre ma voix et celle de mes camarades afin de faire avancer nos conditions de vie de lycéens. Et cela même si j'avais parfois peur d’être marginalisé. D'ailleurs, quand j’ai commencé à prendre une orientation politique, certains m'ont catalogué comme le "facho" de service, sans même connaître mes idées. Mais j'ai vu qu'au final mon engagement n'éloignait pas mes amis et cela m'a rassuré.
 
"J'apprends ce qu'on ne trouve pas dans les livres"

 En 2007, lors de la confrontation entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal pour les élections présidentielles, j'ai découvert une manière renouvelée de faire campagne, avec de nouveaux supports comme, par exemple, les réseaux sociaux. J'avais une sensibilité plutôt de droite, j'ai donc adhéré à l'UMP.
Mais au fil du mandat de Nicolas Sarkozy, certains évènements - l'entrée au gouvernement de Brice Hortefeux ou de Claude Guéant, la circulaire sur les Roms - m'ont conduit à prendre mes distances. Je me suis davantage reconnu dans les valeurs du Nouveau Centre de l'époque, devenu l'UDI. J'ai pris la responsabilité du groupe des jeunes de Mayenne. J'apprends beaucoup, ce qu'on ne trouve pas dans les livres : s'adresser à des gens très divers, développer un argumentaire personnel et solide...
 
"La solidarité doit être replacée au coeur de la société"

Il est important pour moi de travailler à une société plus juste, de garder le bien commun comme valeur fondamentale. La solidarité doit être replacée au coeur de la société et des relations individuelles. Je crois également énormément en la construction européenne, je voudrais une Europe fédérale et transnationale. D’un point de vue plus politique, j’aimerais voir évoluer les partis, que l’on sorte de la «politique à la papa», laisser plus de place aux jeunes et à de nouvelles formes de militantisme.
 
Sur le long terme, je souhaite conserver des engagements politiques. J’ai d’ailleurs déjà été candidat aux élections départementales de 2014. Mais j’aspire avant tout à finir mes études de droit et de sciences politiques. Mon objectif est d’exercer une profession libérale, peut-être devenir avocat. Si je continue à faire de la politique, je veux absolument avoir un métier à côté. Je ne me vois pas du tout être un élu accroché à son siège, toujours dans la peur de la prochaine échéance électorale. J’aurai toujours une autre casquette, c’est le seul moyen de ne pas perdre pied et de garder sa liberté."
 
 

Romain, 20 ans, Mouvement des Jeunes Socialistes, Asnières (Hauts-de-Seine)

Etudiant en double licence de droit et économie : "L'ordre établi ne me convient pas"
 
"Grâce à mon père, je me suis toujours intéressé à l'histoire, la philosophie, la politique... Le 21 avril 2002, j'avais 7 ans lorsque Jean-Marie Le Pen est arrivé au second tour de l'élection présidentielle. J'ai senti que quelque chose n'allait pas. Entre 2010 et 2011, il y a également eu les grandes manifestations pour les retraites. Tout cela m'a sensibilisé. Je me suis d'ailleurs toujours investi dans la vie de ma classe ou de mon école.
 
"Il y a beaucoup trop d'injustices"

Au début de 2013, je me suis dit que ça faisait longtemps que tout cela m'intéressait, j'ai décidé de prendre ma carte au PS et au Mouvement des Jeunes Socialistes. Je me suis aussi beaucoup engagé dans ma ville, Asnières (Hauts-de-Seine), où j'ai notamment été co-listier aux municipales de 2014. Je suis également devenu secrétaire national en charge de l'économie, des nouveaux modèles et de l'économie sociale et solidaire au sein du mouvement des jeunes.
 
L'ordre établi ne me convient pas. Il y a beaucoup trop d'injustices, un système qui s'essouffle, un discours ambiant raciste et xénophobe qui se banalise... Et puis, rien n'est acquis, il faut se battre pour conserver nos droits et en obtenir de nouveaux. Je suis particulièrement intéressé par les questions juridiques. Je suis par exemple avec beaucoup d'attention tout ce qui touche à l'état d’urgence et à la réforme du Code pénal.
 
"Faire de la politique, c'est une très belle école de la vie"

Faire de la politique quand on est jeune, c'est une très belle école de la vie. On rencontre des garçons, des filles qui ont envie de changer la société. On apprend à défendre ses propres idées,mais aussi à rester à l'écoute de celles des autres. Il est aussi important d'être percutant et de comprendre le monde dans lequel on vit. A l'université, je constate que c'est un bagage supplémentaire notamment lors des exposés.
 
Il y a aussi tout un cheminement. Quand on va à un meeting la première fois, on est intimidé. Puis, on prend peu à peu la parole, et on finit par aller s'exprimer au pupitre qui est un peu l'archétype d'une certaine ascension.
 
A l'avenir, je souhaite devenir avocat ou créer une entreprise dans l'économie sociale et solidaire afin de mettre en adéquation mes compétences et les valeurs que je défends. Je voudrais continuer à m'engager politiquement, mais par mon métier je souhaite aussi proposer une activité économique respectueuse des individus et de la planète. Dans l'idéal, je pense qu'il est souhaitable et possible de créer des synergies entre mes engagements, mes valeurs et mon activité professionnelle. (ALS)"

31 Mars 2016
Propos recueillis par A.-L. S.
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