Six jeunes scientifiques en isolement total durant un an comme sur Mars


Tags : aventure, science

Le jeune astrobiologiste Cyprien Verseux vit depuis six mois en isolement complet sous un dôme à Hawaï avec cinq autres scientifiques. Une mission montée par la Nasa pour tester les conditions de vie qui seraient celles d'une expédition sur Mars. Son témoignage à mi-parcours.





Cyprien Verseux sous le dôme où il vit en isolement depuis août 2015. Photo : Christiane Heinicke
Cyprien Verseux sous le dôme où il vit en isolement depuis août 2015. Photo : Christiane Heinicke
Le 28 août 2015, six jeunes scientifiques, trois hommes et trois femmes, ont pénétré dans un dôme de 11 mètres de diamètre posé sur un volcan d'Hawaï. Leur mission : rester en ce lieu sans effectuer aucune sortie durant une année entière, en se nourrissant d'aliments déshydratés et en effectuant un programme précis d'observations scientifiques.

Cette mission - baptisée HI-SEAS IV - est financée par la Nasa qui souhaite ainsi étudier ce que pourraient être les conditions de vie d'équipages d'astronautes sur la planète Mars.

Parmi ces six scientifiques, un Français, Cyprien Verseux, diplômé de l'école Sup'Biotech en 2013. A mi-parcours de la mission, il livre un témoignage sans tabou sur son vécu. Six mois qu'il n'a pas été exposé à l'air libre, bu une bière fraiche, pris une douche ou vu quiconque en-dehors de ses équipiers.

L'équipe face au 'syndrome du troisième quart' de la mission

Car si l'équipe a passé les six mois de mission le 28 février 2016, il reste encore 5 mois et demi à tenir !

"La période la plus critique de la mission commence, explique Cyprien : dans les bases confinées et isolées, la santé mentale, les relations et les performances ont tendance à se dégrader brutalement juste après le milieu de la mission. Les symptômes possibles de ce phénomène, appelé «syndrome du troisième quart», incluent l'instabilité et l'hypersensibilité émotionnelles, l'irritabilité, la perte de motivation, la dépression et l'apathie. Les cas les plus extrêmes ont été rapportés par des explorateurs polaires pour qui les habitudes de leurs équipiers, de leur façon de parler à leur façon de mastiquer, sont soudainement devenues insupportables".
Les tensions entre les membres de l'équipe sont devenues plus fréquentes et plus intenses

Alors, l'orage a-t-il éclaté sous le dôme d'Hawaï ? Apparemment, l'éruption volcanique n'a pas (encore) eu lieu  "Les tensions entre les membres de l'équipe sont devenues plus fréquentes et plus intenses mais nous restons une équipe soudée.

Cela dit, il est jusque-là difficile de juger des difficultés psychologiques des autres parce que mes coéquipiers ne sont pas du genre à se plaindre ou à se laisser abattre. S'ils souffrent, ils le cachent. Je suis cependant sûr que l'équipage parviendra à surmonter cette période sans dégâts majeurs, grâce aux traits de personnalité pour lesquels nous avons été sélectionnés et à notre objectif commun : mettre Mars à la portée de l'Homme".

A chacun sa méthode pour décompresser

"Pour décompresser, nous avons différentes techniques ; pour moi, raconte le jeune astrobiologiste, c'est le sport (tapis de course, vélo stationnaire, musculation) et la musique. J'apprends l'ukulélé et l'une de mes coéquipières l'harmonica, des instruments dont la petite taille est idéale pour une mission spatiale.  

Au-delà de ces tensions, la plupart des participants créent des liens extrêmement forts : lorsque vous vivez en permanence avec vos équipiers et que vous ne voyez personne d'autre, il y a de grandes chances pour que vous deveniez très proches".

Ce qui manque le plus...

"On nous demande souvent ce qui nous manque le plus dans le dôme. Pour la plupart d'entre nous, ce sont nos proches avant tout : depuis six mois, nous ne leur parlons qu'à travers des emails retardés de 20 minutes dans les deux sens. D'ailleurs, la simple perspective d'entendre la voix de quelqu'un en-dehors du dôme, en temps réel, devient excitante.
 
"On rêve tous de sentir le vent, le soleil ou les odeurs de la nature"

Ensuite, c'est l'air libre : on rêve tous de sentir le vent, le soleil ou les odeurs de la nature. Nous avons accès à des technologies de réalité virtuelle qui nous font voyager dans des décors naturels, mais dès qu'on enlève le casque la réalité nous rattrape : on se souvient que nous ne sommes pas dans la forêt mais dans une pièce de 4 mètres carrés, que la chaleur ne provient pas du soleil mais d'une lampe et que la brise sort d'un ventilateur.

Les questions pour lesquelles la mission a été mise au point devraient bientôt trouver des réponses : est-ce que des équipiers peuvent rester compétents et sains d'esprit dans des conditions d'isolement et de confinement telles que celles d'une future mission sur Mars, même dans la période la plus difficile ?"...

Walking on Red Dust : un rêve devenu réalité

Si vous souhaitez le savoir et suivre la fin de la mission HI-SEAS IV, vous pouvez retrouver Cyprien Verseux sur son blog Walking on Red Dust.

Et pour comprendre comment ce jeune diplômé français peut avoir eu l'occasion de participer à une telle mission de la Nasa, vous pouvez lire son interview sur le site de son ancienne école Sup'Biotech : il y explique comment, passionné par l'espace et la biologie, il a eu l'idée de proposer lui-même à la Nasa un sujet de recherche de biologie synthétique et systémique. Un parcours impressionnant de nature à encourager les jeunes scientifiques.

Cyprien Verseux et ses coéquipiers termineront leur mission le 28 août 2016.


Mercredi 23 Mars 2016
la rédaction

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