Respecter l'environnement, un chemin vers Dieu ?



Quel lien y-a-t-il entre la protection de l'environnement et la spiritualité ? L’écologie étudie les relations qui harmonisent la nature et la rendent féconde. L'homme, lui, n'est pas exempt de cet écosystème où s'inscrit sa propre fécondité. Au plus près de cette harmonie, il a le privilège d'être "capable de connaître Dieu". Bienvenue dans l'écologie intégrale.





Respecter l'environnement, un chemin vers Dieu ?
Cinq planètes. C'est ce dont nous aurions besoin si les 7 milliards d'habitants que nous sommes consommaient comme un "occidental moyen".  Un chiffre impressionnant, symbolique certes, mais qui oriente nos regards sur notre mode de vie actuel : nous consommons trop de marchandises, nous exploitons trop de ressources naturelles, et cela depuis 50 ans.

C'est au point que chaque année, à la mi-août, les écologistes ont pris l'habitude de célébrer le "jour du dépassement", c'est-à-dire  le jour où nous avons consommé la totalité des ressources naturelles de la Terre. Cette date passée, nous vivons à crédit sur l'environnement.

Notre logique du "toujours plus" a engendré un déséquilibre environnemental sans précédent. Forêts, nappes phréatiques, sols, banquises polaires ont plus changé en un siècle et demi qu'en cent mille ans. Ces chiffres ne sont guère discutables, ils émanent des plus hautes instances scientifiques.

Alors que faire ?

Face à ce constat, les dirigeants de 195 pays du monde se sont rassemblés pour la 21ème conférence climat à Paris en décembre 2015. Leur objectif était simple : faire baisser les gaz à effet de serre en partie responsables de ces changements brutaux. Simple sur le papier, complexe dans les faits. Diminuer effectivement les émanations de gaz nocifs pour la planète a un prix exorbitant et implique des sacrifices lourds pour chacun des pays engagés dans ce changement.

A l'échelle des habitants de la planète, les choses sont plus simples (mais guère moins exigeantes). Changer son mode de vie, mobiliser les troupes pour influencer les grands décideurs est à la portée de tous. Les exemples fleurissent par milliers. Le travail de militants écologistes pour recenser toutes les actions n'en finit pas. Partout dans le monde, les initiatives  foisonnent. Toutes ont un point en commun : agir dans l'intérêt des générations futures.

L'appel du pape François

Respecter l'environnement, un chemin vers Dieu ?
Parmi les actes forts de ces derniers mois, le pape François a publié en juin 2015 un texte fondateur, intitulé "Laudato si" littéralement "Loué sois-tu". De ce texte, (une encyclique exactement), les écologistes du monde entier ont salué la pertinence, la beauté et la profondeur.

Est-ce à dire que l’écologie a quelque chose à voir avec la spiritualité ? A vrai dire,  l’écologie n’est pas à proprement parler un "chemin vers dieu", mais un sentier sinueux vers des réalités qu'on ne perçoit pas tout de suite. En effet, les principes ou les valeurs  propres à l'écologie nous guident vers une "sobriété heureuse" qui permet une rencontre avec son prochain, et une écoute attentive du rythme naturel des choses.
Pour les croyants, se mettre à l'écoute de la création, c'est aussi se mettre à l'écoute du créateur. Ainsi, nous entrons dans une "écologie intégrale".

De tous ces principes qui peuvent nous faire percevoir la transcendance des choses, j'en retiendrai trois : la limite, la patience, la proximité.

Accepter nos limites

Découvrir la limite d'une chose est une expérience assez fabuleuse. Chaque être vivant possède sa proportion unique, indépassable. Chaque espèce se déploie dans une forme précise, rigide et souple en même temps. Au-delà de la limite qui lui est propre, la chose se disloque, s'effondre, disparaît, ou peut devenir dangereuse.

Un exemple : un être humain ne peut grandir au-delà d'une certaine taille. Pourquoi ? Que lui arriverait-il s'il mesurait 3 mètres 50 ? Les scientifiques sont formels : il se briserait les genoux. De même qu'une araignée ne peut mesurer cinq fois sa taille, car elle s'étoufferait (pour des raisons biologique assez complexes).
 
La limite du monde matériel est belle et bonne en soi

Ces règles qui régissent le vivant sont valables dans les autres domaines de la vie. En politique, une démocratie s'enraye au-delà d'un certain nombre de citoyens. Quand la taille est démesurée, tout s'écroule. Voilà pourquoi, en écologie, on tente aussi d'agir localement, à petite échelle, plutôt que de s'enrôler dans des grandes causes qui en appellent à des solutions technocratiques pour des problèmes technocratiques.

Qu'est-ce que cela nous aide à comprendre ? Que la limite du monde matériel est belle et bonne en soi. Que la proportion des choses est un absolu indépassable. En conséquence, plutôt que de contraindre le vivant à des formes qu'il ne peut supporter, tâchons de comprendre en profondeur ce qui le constitue et parachève sa beauté.

Prendre le temps de…

L'écologie possède un principe salvateur pour notre époque : le respect du temps. Pour faire pousser des betteraves ou des courgettes, il faut être patient, soigner la terre qui les accueille.

A ce titre, les professeurs Claude et Lydia Bourguignon préconisent un respect tout particulier des sols si l'on ne veut pas se retrouver avec des plantations contrariées. Laisser du temps au renouvellement des ressources naturelles est primordial !


Mais il n’y a pas que la nature qui ait besoin de temps. L’homme aussi doit accueillir en lui-même un rythme particulier. Son corps ne peut se distendre à l’infini ou se caler sur l’efficacité des machines. A ce jeu-là, c’est l’humain qui recule et la machine qui progresse.
 
Nous allons souvent trop vite et oublions les priorités
qui nous rendent véritablement heureux

Nous devons donc nous demander ce qui, dans notre vie, nous oblige à des performances et des cabrioles dont nous ne sommes pas capables.  Avec le recul, les réponses sont nombreuses. Nous allons bien souvent trop vite, dans tous les domaines, et nous oublions les priorités qui nous rendent véritablement heureux.

Alors quelle leçon spirituelle retenir de ça ? Ralentir, vivre plus lentement. Tel devrait être le mot d’ordre pour aujourd’hui. Décélérer, redécouvrir que le monde vivant a son autonomie et que, trop souvent, on lui inflige une cadence qu'il ne supporte pas. 

Privilégier ce qui est proche, petit, local

Respecter l'environnement, un chemin vers Dieu ?
Vous l'avez peut-être déjà relevé, en écologie, on privilégie la rencontre et le contact sur la médiation. On peut désormais se nourrir, s'habiller, circuler de façon écologique. S'alimenter en se fournissant auprès des Amap (associations pour le maintien d'une culture paysanne), s'habiller en rachetant des vêtements déjà utilisés (mais qui ne vous donnent pas une allure misérable, rassurez-vous), ou circuler à vélo. 

Le petit, pour ne pas entrer dans une logique de démesure qui produit de la frustration et du gaspillage. Le local, pour permettre à n'importe qui de vivre sans avoir à courir à l'autre bout du département pour trouver des chaussures, des légumes frais, une ampoule. Le direct, pour lutter contre la transformation d'un produit en marchandise (et éviter les emballages inutiles et les fabrications à bat coût au Bangladesh ou en Thaïlande).

Œuvrer pour une économie saine, c'est respecter sans en avoir forcément conscience l'intégrité des personnes qui travaillent, à commencer par nous-mêmes. A quoi cela mène-t-il ? A l’incarnation. Ce mot, un peu oublié, renvoie au mystère chrétien du même nom. Dieu s’est "incarné", cela signifie pour les chrétiens que Dieu s'est fait homme, un mystère que l'on célèbre à Noël, et que l'on vénère notamment dans la tradition de la crèche. Encore du tout-petit pour cacher la vraie grandeur.

8 Janvier 2016
Paul Piccarreta

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