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Profils atypiques : comment intéresser les recruteurs ?

Vous avez étudié l'art, la géographie, la sociologie, vous n'avez pas de diplôme ou vous en avez un qui ne prépare pas à l'emploi. Comment passer à travers les mailles des recruteurs et convaincre les entreprises de votre potentiel ?



Profils atypiques : comment intéresser les recruteurs ?
Brigitte D, 22 ans, a arrêté ses études après sa licence d'anglais. Grégoire H, lui, a un master 1 d'histoire de l'art mais n'a pu être admis en master 2. Mélanie a raté son BTS de communication avant de partir travailler un an en Espagne, quant à Aziz, il a décroché son master recherche en histoire mais n'a pu faire de thèse. Leur point commun ? Une grande difficulté à trouver leur premier emploi. "Mon diplôme n'est recherché par aucun recruteur", disent-ils.

De fait, les entreprises ont tendance à rechercher toujours les mêmes profils : soit des cursus très professionnalisants (DUT industriels, BTS banque ou bâtiment) soit des diplômes d'école d'ingénieurs, de commerce  ou des masters de quelques universités triées sur le volet. Les littéraires, les diplômés généralistes de l'université sans expérience professionnelle sont les grands oubliés.
Heureusement, une nouvelle tendance se dessine : dans les secteurs qui peinent à recruter, les entreprises recherchent davantage des "potentiels" que des diplômes. D'autres veulent diversifier les profils et commencent à s'intéresser aux cursus "atypiques".

Des portes qui s'ouvrent pour les étudiants littéraires et universitaires

La preuve ? L'Association pour l'insertion des jeunes diplômés (AFIJ) lance avec le Médef une campagne pour inciter les entreprises à recruter dans "des viviers méconnus". En expliquant dans une brochure (Recruter dans des viviers méconnus) que certains profils atypiques peuvent être "une chance" pour l'entreprise.

Certaines entreprises montent aussi des programmes avec des universités comme le projet Phénix en Ile-de-France : 10 grands groupes (type Loréal ou Coca Cola) ont sélectionné des diplômés de masters recherche de disciplines littéraires ou de sciences humaines et leur ont proposé une formation et un poste à la clé !  Egalement le programme Elsa qui propose au même type d'étudiants un accompagnement, une formation professionnelle et un contrat de professionnalisation dans une entreprise.

Comment se préparer à postuler ?

Côté candidat, comment profiter de cette (petite) ouverture ?

1/ Commencez par vous intéresser aux secteurs qui peinent à recruter ou aux métiers "en tension". Ceci exige de votre part un minimum de réalisme et d'ouverture. Le job idéal dont vous aviez rêvé, très souvent, n'existe pas. Par contre des secteurs comme la banque et l'assurance, le BTP, la grande distribution, l'industrie, les métiers de la vente, de la mécanique, de la maintenance offrent des postes passionnants qui vous sont sans doute largement inconnus. Laissez tomber vos a priori ("ce n'est pas pour moi", "je n'ai pas la formation"), et ouvrez-vous un peu au monde de l'entreprise en scrutant les salons, la presse, en discutant avec vos proches, ou mieux, en faisant un stage. Il faut faire le deuil du projet initial dont vous rêviez, mais pas n'importe comment.

2/ Identifiez vos points forts, vos motivations et vos attentes dans la vie
"Il convient d'accomplir une relecture de sa trajectoire, pour comprendre ce qui passionne, ce qui met la personne en mouvement, explique Jean Motte, de l'association Entreprendre par Vocation, dans la brochure de l'Afij. Il s'agit de voir aujourd'hui, en examinant sa dynamique de compétences, vers où on a envie d'aller. Chaque personne a cette dynamique de croissance qui le pousse à avancer dans la vie. Il faut chercher le fil conducteur, identifier clairement ce qui donne poids et sens à son existence et ce vers quoi on aimerait inscrire son engagement professionnel. C’est cela le projet professionnel".
Si vous avez du mal à identifier votre "potentiel", réfléchissez aux situations de la vie dans laquelle vous vous êtes illustré, ou bien demandez à votre entourage ("oui, tu es doué pour ça...").

3/ Faites votre CV en fonction de votre projet
Vous avez découvert un secteur, un type de poste qui vous plairait et pourrait vous convenir, même si vous n'avez pas tout à fait pour l'instant les compétences demandées : vous tenez votre projet  professionnel. Il faut maintenant, et seulement maintenant, adapter un CV à cet objectif : "Les jeunes qui ont un profil atypique doivent d'abord avoir mûri et formulé leur projet professionnel, et en faire le titre de leur CV, insiste Jean Motte. Dans un second temps, ils doivent faire figurer dans le CV  toute les expériences professionnelles et extra-professionnelles qui viennent crédibiliser ce projet, le soutenir. J’insiste sur cet aspect extra professionnel qu’on néglige trop souvent et qui est pourtant révélateur de beaucoup de traits de personnalité." Autrement dit, mettez en valeur votre potentiel en fonction du poste visé : par exemple vos qualités relationnelles si vous visez un poste de contact avec une clientèle.

4/ Faites-vous aider par un réseau
Vous arrivez à la  phase délicate : il vous faut entrer en contact  avec les recruteurs. Ne comptez pas trop sur les banques de CV gérées automatiquement qui risquent justement de vous écarter parce que vous n'avez pas le profil type. Faites jouer d'abord les connaissances de vos proches et  procurez-vous un maximum de contacts. Profitez de journées recrutement pour rencontrer directement des responsables RH et discuter avec eux. Si le contact est bon et que vous savez convaincre, le CV (et ses faiblesses) passera au second plan. Pour élargir votre réseau, profitez des réseaux de parrainage proposés par plusieurs associations (l'Afij, Nos Quartiers ont des talents, etc.) : un cadre d'entreprise vous aide dans votre recherche et vous ouvre son propre réseau.
Enfin, ne vous limitez pas aux grandes entreprises, mais pensez aux PME où l'on regarde moins aux diplômes qu'aux capacités et à la personnalité. Si en plus vous frappez à la porte de secteurs qui peinent à recruter, vos chances sont encore plus grandes !

5/ N'oubliez pas l'alternance
Si vous ne trouvez rien, envisagez une formation en alternance qui vous donne en quelques mois la formation professionnelle qui vous manque pour votre projet et vous permet de mettre un pied en entreprise. C'est une excellente transition, qui vous évite d'être "chercheur d'emploi" durant des mois. Et de nombreux contrats d'alternance se transforment en CDI.

L'exemple d'Antoine : des études de langues à un poste de conseiller en patrimoine à la BNP

La brochure de l'Afij donne entre autres l'exemple d'Antoine, diplômé en 2006 d'une licence de langues étrangères appliquées (LEA). Durant ses études, il a été serveur dans des restaurants, et intervenant d'anglais dans des écoles. Cherchant son premier emploi, il se décide à postuler pour une formation en alternance qui lui permet d'obtenir un BTS banque et de devenir "conseiller en patrimoine" à la BNP.

"Bien que le poste ne m’était pas à priori destiné du fait de mon parcours scolaire, il correspondait à certains traits de ma personnalité, explique-t-il. Je voulais un métier basé sur les relations humaines, le contact avec les gens et la formation. Son contenu semblait vraiment intéressant. Je savais que je ne cadrais pas tout à fait aux attentes des recruteurs. Mais on nous avait dit que BNP Paribas cherchait des "potentiels" issus de domaines divers, j’y suis donc allé en étant moi même." Une bonne intuition puisque suite à son alternance, Antoine a été recruté fin 2007 en CDI, sur le poste de conseiller en patrimoine financierau sein de l’agence BNP Paribas d’Orsay.



Lundi 25 Janvier 2010


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