Prévention du suicide : "Il y a un profond mal-être chez de nombreux jeunes"



Si le nombre de suicides de jeunes diminue depuis plusieurs années, le mal-être reste profond chez de nombreux adolescents et de plus en plus jeunes. L'association Phare aide les familles à les accompagner avec l'aide de nombreux spécialistes.




Prévention du suicide : "Il y a un profond mal-être chez de nombreux jeunes"
Près de la gare de Lyon à Paris, une boutique s'ouvre sur la rue... En vitrine, des visages de jeunes sont à l'affiche avec des slogans qui interpellent : "Où aller avant de penser au pire ?", ou bien : "Votre enfant vous inquiète ?".

Il suffit de pousser la porte pour découvrir un local chaleureux, celui de l'association Phare Enfants-Enfants. Au sous-sol, une grande salle aux murs couverts de livres accueille les "groupes de paroles" où les parents viennent se soutenir. Certains ont hélas connu le suicide d'un enfant, d'autres cherchent à comprendre d'où vient son malaise. Tous sont aussi orientés vers les professionnels (psychologues, thérapeutes familiaux...) aptes à les aider.

"Ce qu'on observe, c'est les jeunes ressentent des signes de mal-être de plus en plus tôt", souligne Thérèse Hannier, présidente de l'association qui nous a déjà accordé une interview sur la déprime des jeunes. Aujourd'hui, elle évoque plutôt la situation des parents confrontés à ces difficultés.

Harcèlement à l'école : un problème qui apparaît souvent dès la 6ème

Les jeunes sont donc fragilisés de plus en plus précocement : "Nous observons un virage très sensible à l'entrée en 6ème où certains entrent dans une relation de violence. Le problème du harcèlement est réel. Des parents nous appellent en nous disant par exemple que leur fils de 12-14 ans ne veut plus aller à l'école. Ou bien nous recevons des mails de collégiens qui disent qu'ils ont envie de mourir"...

Lorsqu'ils reçoivent ces messages, les bénévoles de Phare engagent le dialogue et encouragent le jeune à aller parler aux adultes. "Mais ils croient souvent pouvoir s'en sortir seuls alors nous ciblons surtout les parents. Quand leur adolescent est harcelé à l'école, c'est à eux de prendre des décisions : il faut aller voir le chef d'établissement, exiger que cela s'arrête, conseille Thérèse Hannier. Et s'il n'y a pas d'amélioration, il faut changer d'établissement ; parfois on peut essayer une scolarité par correspondance..."

"Le problème de fond, c'est que le jeune reprenne confiance en lui"

Surtout, il faut aider le jeune à se relever psychologiquement : "Il faut accompagner le jeune pour qu'il reprenne confiance en lui, c'est le problème de fond. S'il a été fragilisé, il doit être accompagné par un psychologue. J'accompagne une famille dont la fille s'est suicidée à 16 ans parce qu'elle était harcelée par des camarades. En fait elle avait déjà subi des agressions en 6ème et quand les blessures restent, cela crée des vulnérabilités pour la suite".

Comment mieux repérer qu'un adolescent va mal ?

L'association aide aussi les parents à mieux comprendre les signes de mal-être d'un adolescent. Fugue, boulimie, consommation de drogues, cyberdépendance... Elle a mis en ligne sur son site des fiches rédigées par des spécialistes sur chacune de ces situations. Des entretiens individuels ou familiaux sont accordés sur rendez-vous. "Le premier conseil à donner aux parents, c'est de se tourner vers une association comme Phare", rappelle la présidente de Phare.

Surtout, elle plaide pour que les parents soient mieux informés par les professionnels de santé : "Il faut que le corps médical donne des consignes claires aux parents, qu'ils prennent en compte l'entourage dans une alliance thérapeutique. Car les parents sont là au quotidien avec la responsabilité de leur ado et parfois, involontairement, ils peuvent aggraver la situation. Par exemple on ne dit pas à un dépressif "Bouge-toi, range ta chambre", il en est incapable !".

Vidéo : les conseils de Thérèse Hannier aux parents


Après la tentative de suicide, que faire ?

Pas facile de trouver la juste attitude au retour à la maison. "Il faut être vigilant, attentif, mais pas surprotecteur non plus, conseille-t-on à Phare. Savoir maintenir quelques règles, surtout, garder la ligne du dialogue ouverte... Rester parents en somme !

Le risque est grand de se laisser submerger par l'émotion : colère (on peut en vouloir au jeune), culpabilité... "Vous avez le droit de ressentir cela, mais attention à ne pas avoir de réactions inadaptées en étant agressif par exemple, dit Thérèse Hannier. L'important, c'est d'aider le jeune à avancer, à reprendre goût à la vie".

Pour les familles habitant Paris, Phare offre pour les jeunes un suivi psychologique gratuit en partenariat avec la CPAM. "Il est toujours recommandé de consulter et de se faire aider"...

Des efforts de prévention qui portent du fruit

Car ces suivis constituent une vraie prévention du suicide et des conduits à risque. La preuve : le nombre de suicides en France baisse régulièrement depuis 1999.

Alors, même si le sujet est grave et le mal-être de certains jeunes très profond, l'heure n'est pas au découragement. "Si vous êtes bien accompagnés, vous pouvez vous en sortir", assure Thérèse Hannier aux jeunes. Et les parents aussi.

Ce que propose l'association Phare Enfants-Parents

- Une ligne téléphonique d'écoute au 01 43 46 00 62 ouverte du lundi au vendredi de 10h à 17h aux parents comme aux jeunes.

- Une adresse de messagerie où vous pouvez poster vos questions ou vos appels : vivre@phare.org

- Un lieu à Paris (5 rue Guillaumot - 75012) où l'on peut être reçu sur rendez-vous, rencontrer un psychologue, être conseillé ou participer à un groupe de parole avec d'autres parents.

- Un site internet https://phare.pads.fr avec de nombreux renseignements sur la prévention du suicide des jeunes et les signes de mal-être.

Mercredi 6 Avril 2016

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